La zoologie. C’est la science qui traite des animaux
Ces trois sciences réunies forment avec leurs dépendances l’histoire naturelle médicale.
13. L’hygiène publique. C’est la science qui fait connaître les con-
ditions générales de la santé publique.
lk. La médecine légale. C’est la science des généralités physiques, .chimiques, médicales et chirurgicales, indispensables à connaître pour éclairer la justice.
15 . La police médicale. C’est la science des règles et de la discipline indispensables à la conservation de la santé publique. Ces trois sciences et leurs dépendances constituent la médecine politique.
MüTHODOLOGIK.
16. L'anatomie. C'est la science de l'organisation ; c’est la science
du mécanisme anima! à l’état sain.
17 . L anatomie pathologique. C’est la science du mécanisme ani-
mal à letat d’altération.
18. La physiologie. C’est la science de l’organisme en action ou à
l’état d’activité normale ; c’est la science des lois physiologiques ; c’est l’histoire naturelle de l'homme sain; c’est le dynamisme expliqué.
19. La pathologie proprement dite. C’est la science de l’organisme
à l’état d’activité anormale; c’est la physiologiede l’état morbide ; c’est la science des lois pathologiques ; c’est l’histoire naturelle de l’homme malade; c’est l’action médicatrice consommant son œuvre.
2 0. L'étiologie. C’est la science des causes morbifiques et de leurs lois ; c’est l’histoire des modificateursproduisant leurs effets.
21. La patliogénésie. C’est la science des elfets produits par les
causes morbifiques ; c’est la science des lois qui conduisent et qui règlent ses effets ; c’est l’histoire de la génération et de l’évolution des maladies.
22. I.a symptomatologie. C’est la science que fait connaître le lan-
gage ou le cri de la nature malade.
23. La séméiologie physiologique. C’est la science qui traite des
signes de la santé.
2în La séméiologie pathologigue. C’est la science qui traite des signes de l’affection ou de l’état morbide.
25. La nosologie générale. C'est la science qui "traite des affections
en général (affections organiques ou dynamiques).
26. La nosologie externe. C’est la science des affections externes.
27. La nosologie interne. C’est la science des affections internes.
28. La thérapeutique générale. C'est la science des généralités, des
indications et des moyens de l'art de guérir.
29. La matière médicale. Cette branche de la médecine, que M. le
professeur Goifin a nommée la pharmacodynamie , est la science qui traite de lu puissance de l’action médicatrice des drogues et des préparations pharmaceutiques magistrales ou officinales.
Deuxième faisceau, ou faisceau des branches de l'art médical.
Il est bien moins nombreux que le premier; il comprend :
1. La thérapeutique proprement dite, ou l’art de diriger les forces
de la nature et d’employer les agents pharmaceutiques.
2. La pharmacie. C’est l’art de récolter, de choisir, de préparer et
de conserver les médicaments.
3. La chimie pharmaceutique et médicale. C’est l'art de combiner
les diverses substances médicamenteuses.
h. La posologie. C’est l’art de doser les médicaments.
5. La pharmacologie. C’est l’art d’administrer les médicaments.
6. La chirurgie. C’est l’art d’appliquer les bandages et les appa-
reils, et de pratiquer les opérations.
7. L'art des accouchements. C’est l’art d’aider, de soutenir et de
régler la nature dans l’acte de la parturition; c’est l’art de la ramènera son état normal, quand, par des causes quelconques, elle semble s’être écartée des lois qui lui sont propres; c’est l’art de lui suppléer quand elle fait défaut ou qu'elle est impuissanie.
On peut classer les branches de la médecine par catégories du premier, du second ou du troisième enseignement. Ces branches se complètent les unes par les autres et elles forment par leur ensemble l’enseignement médical proprement dit.
Les sciences qui font partie de l’enseignement préparatoire, ou du premier enseignement, sont , selon nous , la méthodologie, la bibliographie, la physique et la chimie médicales , l’histoire naturelle, la minéralogie, la botanique , la zoologie , l'anatomie , la physiologie, l’hygiène générale, la pharmacie et la matière médicale.
Nous rangeons parmi les sciences du second enseignement : 1° la pathologie générale, qui comprend l’étiologie, la pathogénésie, la symptomatologie, la séméiologie physiologique et pathologique, la nosologie générale, la nosologie interne et externe, l’anatomie pathologique ; 2° la thérapeutique générale; 3° la thérapeutique. proprement dite, qui comprend la chimie pharmaceutique, la posologie, la pharmacologie, la chirurgie, l’art des accouchements, l’hygiène publique, la médecine légale et la police médicale.
Enfin , la philosophie médicale , l'histoire de la médecine, et la biographie constituent les matières du troisième ou du haut enseignement qui embrassent les études complémentaires ou de perfectionnement.
METHODOLOGIE.
La méthodologie a pour objet : 1° <Je faire connaître les diverses parties de la médecine; 2° d’initier les élèves aux vastes rapports des sciences médicales ; 3“ de les orienter dans les voies pleines d’encombres et d’obstacles cj u’ils ont à parcourir pour arriver au terme de leurs efforts, et de leur indiquer les sources à consulter et les méthodes à suivre pour employer leur temps avec économie et avec fruit.
La bibliographie est la partie de la médecine qui a pour objet la connaissance des livres (thèses, mémoires , journaux et ouvrages originaux), c’est-à-dire la connaissance de toutes les idées médicales, imprimées ou écrites, qui composent la littérature médicale. Tout ce qui a été écrit dans les sciences médicales fait partie de son ressort, el l’on peut la comparer avec raison aux registres de l’état civil qui enregistrent toutes les naissances et tous les décès; comme eux, en effet, elle s’ouvre pour tous les noms et elle inscrit tous les litres obscurs ou brillants.
Néanmoins, après une première inspection, après une admission en masse, la bibliographie, commençant, à proprement parler, son œuvre spéciale, revient avec soin sur ces monceaux de livres. Elle les classe, elle épure l’esprit de chacun d eux ; puis elle fait deux parts : une pour les productions utiles, remarquables, originales ou précieuses; l’autre pour les livres incomplets, bizarres, indigestes, ridicules ou dangereux. Elle guide ensuite le médecin dans le choix qu’il doit faire parmi tant de livres ; elle lui indique les ouvrages considérables, les éditions de prix et les bonnes traductions. En un mot, elle le met à même de distinguer les œuvres importantes des œuvres vulgaires en lui rappelant-sans cesse qu’on fait des livres comme on fait des gens: il y a la bonne et la mauvaise compagnie.
L’utilité de la bibliographie ressort parfaitement d une pensée très juste émise par Descaries au sujet de la lecture: « La lecture, dit-il, est une conversation soutenue avec les grands hommes des siècles passés, dans laquelle ils ne nous découvrent que leurs meilleures pensées. » Eli bien, puisqu’il en est ainsi , efforçonsnous de choisir les bonnes conversations parmi tant de conversations écrites, et reconnaissons Futilité et l'importance de la science qui nous guide à ce sujet.
DF.S DtFFÉftF.NTF.S BRANCHES DE LA MÉDECINE. t\ 5
La pathologie générale est la science qui traite des maladies et des généralités delà médecine. Sous ce dernier rapport, elle est en quelque sorte la clef de la science médicale : c’est elle qui définit les mots et les termes, qui établit les divisions et les subdivisions des diverses matières de la médecine, qui fait connaître les différentes classifications et qui en donne l'explication et la raison; enfin, au point de vue le plus élevé, la pathologie générale est, à proprement parler, la philosophie médicale elle-même. Mais laissons parler le professeur Risueno d’Amedor, de Montpellier, car personne n’a donné une idée plus grande et plus philosophique de la pathologie générale.
« La pathologie générale, dit-il, est la science critique et dogmatique de la médecine; c’est la logique appliquée aux grands faits de la médecine ; c’est la science de tous les rapports de la maladie, et cela dans sa formation primitive originelle, dans son développement successif, continu ou périodique; dans sa marche lente ou rapide, saccadée ou suivie; dans sa durée longue, courte, instantanée ou indéfinie; dans ses mutations, ses substitutions, ses métamorphoses, ses entrelacements simples et complexes; dans ses terminaisons variées et nombreuses ; dans la multiplicité des éléments qui la composent; dans les mille et une combinaisons qu’elle affecte comme dans les transformations organiques ou non qui la constituent. »
On entend par physique médicale , la physique de l’organisation. Elle a pour objet de nous faire connaître ce qu’il y a de physique dans l’économie animale, c’est-à-dire la mécanique des corps organisés qui, matériels sous quelques rapports, participent nécessairement à ce titre aux lois imposées à la matière. Toutefois la physique médicale fait abstraction de la composition des corps pour ne s’occuper que de leurs propriétés les plus générales. Elle se borne à faire connaître l’action mécanique ou physique que chacune des parties du mécanisme animal exerce sur les autres, ainsi que les lois physiques qui président aux divers mouvements de l’organisme. Ainsi donc, comme nous l’avons déjà dit, il y a dans le corps vivant une mécanique très savante et très compliquée. Il y a des voûtes, des bassins, des leviers, des axes, des poulies et toutes sortes d’instruments de diverses espèces. Eh bien, la physique médicale s’occupe de toute celte mécanique; elle en examine les détails avec le plus grand soin, et elle cherche à en expliquer les effets.
Mais olle n’en reste? pas là: elle fixe les rapports qui existent fiUre les divers mouvements; elle constate leur dépendance mutuelle; elle /poupe tous le.i phénomènes qui en résultent, et elle cherche en dernier ressort à assigner la cause expérimentale de tous ces mouvements et de tous ces phénomènes. Or, c’est par une méthode exactement semblable que dans l'élude des phénomènes matériels astronomiques l'esprit humain est arrivé à la découverte de la gravitation universelle et à la connaissance du fait, principe de l’attraction sur lequel repose toute la physique générale.
En résumé, la physique médicale a pour objet de faire connaître les phénomènes physico-vitaux de l’organisme et le mécanisme indispensable à la conservation de la sauté et la guérison des maladies. C’est elle qui nous éclaire sur le mouvement de la lumière à travers les différentes chambres de l'œil , sur la formation de la voix dans le larynx, sur l’état des vibrations sonores de l’oreille, sur le jeu des leviers, sur le ressort et l’élasticité des organes, sur la circulation de mille liquides divers dans les mille canaux vibraux de l’économie; en un mot, sur tout ce qu il y a de physique, de mécanique, d’hydraulique et d’hydrostatique dans l’économie et dans la constitution des corps organisés.
On peut sans doute contester certaines applications de la physique à la médecine, on doit même se tenir en garde contre certaines applications outrées ou hyperboliques données par des médecins mécaniciens; mais cependant, à moins d’être très ignorant ou de mauvaise foi, on lie saurait nier les services nombreux ([ue cette science, tout accessoire qu elle est et qu elle doit être, a cependant rendus à la médecine. Et, d’ailleurs, quand elle ne présenterait d’autre avantage que celui de nous mettre à même d’apprécier la différence majeure qui, malgré quelque analogie, existe réellement entre les phénomènes physiques des corps organisés et ceux des corps inorganisés, on devrait encore en profiter. Mais, lîâtons-nous de le dire, les services que rend la physique médicale ont incontestablement une plus haute importance.
La chimie est la science qui a pour objet la recherche des principes constituants des corps et la connaissance de l’action intime et réciproque qu’ils exercent les uns sur les autres. Elle indique les combinaisons qu’ils peuvent former entre eux et l’action de ces combinaisons sur d’autres combinaisons. En un mot, elle
DES DIFFÉRENTES BRANCHÉS DE LA MÉDECINE. à 7
constitue en quelque sorte la physiologie des corps inorganisés. On la divise en chimie minérale, végétale ou animale, selon qu’elle a pour objet les minéraux, les végétaux ou les animaux.
On nomme chimie médicale la chimie appliquée à l’étude de l’organisation animale; on la divise en chimie organique et inorganique. La chimie médicale a pour objet d'indiquer la composition des éléments organiques du corps humain , c’est-à-dire les principes élémentaires des solides, des liquides et des gaz qui entrent dans sa composition. Llle nous fait connaître l’action intime et réciproque de tous ces éléments les uns sur les autres , et elle nous initie aux secrets de l’hématose, aux phénomènes non moins curieux de la chaleur animale et à toutes les métamorphoses qui s’opèrent au sein de l’économie; c’est par elle que nous arrivons à la détermination des parties constituantes des tissus organisés. C’est elle qui nous met entre les mains le microscope, à l’aide duquel nous saisissons les formes élémentaires de nos organes et des liquides qui en sont la source. Enfin, elle rend les plus grands services à la thérapeutique, an perfectionnement de laquelle aboutissent tous les efforts du médecin.
L 'histoire naturelle a pour objet la connaissance de tous les êtres et de tous les corps de la nature, dont elle étudie les formes, le caractère extérieur et la structure intime, soit que ces êtres ou que ces corps existent dans l’air ou dans Jean, à la surface du globe ou dans la profondeur de ses entrailles. Les corps organisés et les corps privés d’organisation font partie de son lot : elle étudie l’organisation et les fondions de l’organisation, et, quand elle a tout vu, tout examiné, tout apprécié, elle établit des classifications destinées à faciliter l'étude de ces corps en les montrant tous rangés dans un cadre méthodique et dans un ordre essentiellement conforme à leurs analogies.
L’histoire naturelle a été partagée en trois parties principales qui constituent chacune une branche distincte, savoir : la minéralogie, la botanique et la zoologie.
La minéralogie a pour objet la description et la classification des corps inorganisés; l’histoire géologique et géographique des diverses substances minérales, ainsi que la connaissance de l’ancienneté relative des diverses couches du globe et des modifications qui ont été imprimées à sa surface par les volcans et par les eaux.
La bolaniijue a pour objet l'histoire, la description et la classi-
fication des espèces végétales. Elle comprend : 1° la géographie botanique, qui traite de la disposition des végétaux en groupes particuliers, suivant les diverses parties delà sui l'ace de la terre; 2° l’anatomie et la physiologie végétales, qui font connaître la structure et l’organisation des végétaux, les fonctions exécutées par leurs organes et tous les phénomènes de la végétation.
La zoologie est la science qui traite des animaux. Elle les décrit et les classe ; elle embrasse d’une part la géographie zoologique, qui fait connaître Indisposition des diverses races d animaux suivant les différents degrés de longitude et de latitude; et de l’autre, l’anatomie et la physiologie comparées, qui traitent de l’organisation des animaux et des phénomènes de la vie animale.
Que d’enseignements dans toutes ces sciences qui nous offrent la vérité par tant de courants ! Que de lumières versées par la sublime étude de l’histoire naturelle! Que de leçons enfin jusque dans le plus simple examen des dernières dépouilles de tous les règnes et de tous les climats ! C’est d’abord la minéralogie... Elle nous montre la nature partout impatiente d’agir et jalouse de cre'er ; elle nous la présente à l’œuvre, variant au gré de ses admirables caprices, tantôt le nombre ou l’étendue des faces, tantôt l’infini des angles, ou l’élégance des formes, ou l éclat des couleurs, ou la richesse des nuances. Puis, au milieu de ce laboratoire vivant où tout se résout en merveilles, quel spectacle pour un vrai philosophe ! Quoi de plus ravissant à examiner que la combinaison de mille molécules élémentaires qui s’attirent, se repoussent, se recherchent, s’évitent, s’appellent encore et s’invitent aux prodiges de l’agrégation matérielle, donnant ainsi aux matériaux quelles coordonnent les apparences de l’organisation et jusqu'aux attitudes de la vie... Et pour le médecin quelle source dVnseignements! Elle lui apprend à distinguer les espèces médicinales dont les vertus salutaires à l’économie de notre santé pourvoient aussi à la guérison de nos maux, et elle lui dévoile en mémo temps le charlatanisme et le mensonge de ces fossiles de luxe et d’ostentation parfaitement inutiles à la médecine, et dont cependant l’ignorance ou l’enthousiasme des premiers observateurs avaient fait des panacées qui n’ont eu en définitive d autre résultat que d’appauvrir notre thérapeutique toujours si tourmentée!
La géologie n’est pas moins instructive. Elle nous apprend combien les révolutions et les catastrophes de la terre ont influé
et influeront encore sur notre constitution, sur notre organisation si impressionnable et si mobile.
La botanique est aussi d’un grand secours à la médecine par les comparaisons qu’elle met à même d établir et par les inductions fertiles qu’on peut tirer de tous les faits physiologiques et pathologiques quelle apporte. Elle est utile encore en ce qu’elle fait connaître l’action salutaire ou nuisible de quelques végétaux, et surtout en cequ’elle signale les maladies auxquelles les végétaux sont sujets ainsi que les causes qui produisent ordinairement ces maladies, dontquelques unes ont leur source véritable dans l’espèce de domesticité, de luxe ou de débauche à laquelle nous les assujettissons pour nos besoins, pour nos plaisirs ou pour nos caprices ! La zoologie nous initie à lanatomie et à la physiologie des animaux dont l’organisation se rapproche à tant de degrés de l’économie si compliquée du système humain, ce sublime chef d’œuvre de la création. En effet, asservis comme nous à des besoins impérieux, sollicités par des désirs ardents, agités ou tourmentés par des impressions de mille espèces, les animaux ont, comme nous, aussi de la prévoyance, une grande industrie, et nous dirions volontiers unecertaine raison; or,ilest presque impossible qu’il ne rejaillisse pas quel que lumière de la comparaison discrète et intelligente qu’un esprit droit et éclairé peut établir entre leur nature et la nôtre: car c’est réellement en opposant les faits d’un certain ordre à ceux d’un ordre différent et en les rapprochant méthodiquement, qu’on finit par faire sortir de leur choc réciproque l’étincelle de quelque vérité ou de quelque application nouvelle. C’est ce qui a fait dire à Fontenelle, à propos de la question qui nous occupe : :< Que la mécanique cachée dans une espèce ou daus une structure commune se développait si bien dans une autre espèce, ou dans une structure extraordinaire, qu’on serait tenté de dire, et non sans raison, que la nature, à force de multiplier et de varier ses ouvrages, finit presque toujours par trahir elle-même ses secrets. » Ne perdons pas de vue cette leçon importante, et rappelonsnous qu’il est du devoir du physiologiste de connaître tous les instruments et tous les rouages de l’organisation partout où il les rencontre, et par conséquent d’examiner avec une attention égale tous les mouvements qui commencent la vie, qui la (ont circuler et (pii l’entretiennent dans l’économie de tant d’êtres divers : sachons bien surtout que c’est parce que toutes les vérités se commandent, s’enchaînent, se lient, s’appellent, se correspondent et
50 méthodologie.
conduisent inévitablement les unes aux autres, qu'on ne saurait jamais désespérer de la portée et des Jutni 'tes de la raison humaine tant qu’il restera sur lu terre quelques traces ou seulement quelques germes des bonnes et saines traditions.
L 'anatomie a pour objet l’étude des parties solides et liquides, dont l’assemblage plastique constitue les différents êtres organisés, à savoir : l’homme, les animaux et les végétaux. C est la science de l’organisation considérée dans son état matériel. Elle indique le nombre, la forme, la consistance, la texture, la structure, la situation, la direction, les connexions et les rapports de toutes ses parties! Sa sphère est immense; elie embrasse tout ce qui possède l’organisation, et elle n’a d’autres limites que celles de la vie. Certains auteurs ont cependant voulu l’agrandir encore: ainsi, par exemple , Glisson et Darneus ont pensé que toute décomposition d’un corps même inorganique rentrait nécessairement dans l’anatomie, et partant de cette idée, ils ont voulu donner à la chimie les noms d'anatomie spagirique. Mais, hâtons-nous de le dire, ces acceptions forcées n’ont jamais été reçues même provisoirement, et aujourd’hui elles sont complètement oubliées.
L’anatomie a reçu les différents noms de phytotomie, zootomie elanthropotomie , selon qu’elle a pour objet les plantes, les animaux ou l’homme. On la divise eu anatomie générale et spéciale; on donne aussi à cette dernière le nom d 'organologie ou simplement de morphologie. L’anatomie générale a pour objet la connaissance des tissus et des propriétés générales des solides et des liquides. L’anatomie spéciale s'occupe de la structure et des rapports de chaque organe en particulier.
L’anatomie humaine a pour objet spécial de nous faire connaître l'état d’organisation et la configuration des parties de toute espèce qui composent le corps humain, ainsi que la manière dont toutes ces parties se réunissent, se coordonnent et s entendent pour entrer en action et accomplir les fonctions qui leur sont dévolues par les lois générales, et qui ont pour but d’assurer la fin â laquelle elles aspirent, fin solennelle et suprême qui n’est, en dernier ressort, que la consommation même de la vie.
L’anatomie ne marche pas seule ou isolée ; mais, pour assurer le succès de ses efforts, elle s’éclaire des dépositions utiles de l’anatomie comparée, de la zootomie avec laquelle elle a des rapports si étroits, que l’on peut dire de ces deux sciences que l’une n’est réellement que le complément de l’autre.
Mais ce n’est point assez de connaître les parties constituantes du corps humain, de savoir ses rouages admirables, ses organes et toutes ses humeurs. Il faut savoir animer cette mécanique sublime: il faut la voir à l’œuvre; il faut l’étudier surtout alors qu elle exécute les merveilleuses fonctions qui se rattachent à l'usage de toutes ces pièces vivantes. En un mot, il faut avec de l’anatomie savoir faire de la physiologie.
La physiologie est la science de l’organisation à l’état d’activité et exerçant normalement les mouvements de la vie; c’est la science des phénomènes et des actes qui sont l’expression et la conséquence des lois vitales; c’est la science des organes en action , c’est l’histoire de la vie en action. Elle embrasse un horizon si vaste et si étendu, que nous sommes obligés de la diviser en plusieurs catégories qui , comme autant de sciences , nous permettent de saisir plus librement le secret de ses jeux. Ces catégories comprennent la physiologie végétale, la jdiysiologie humaine et la physiologie comparée, qui traitent des phénomènes de la vie, considérés chez les plantes, chez l’homme et chez les animaux.
Mais la physiologie générale, qu’on peut définir ajuste titre la science de la vie, n’a pas seulement pour objet de nous faire connaître les phénomènes de la santé; elle doit nous indiquer aussi les phénomènes de la maladie, qui, avec ceux de la santé, constituent deux modes généraux d’expression d’un même principe, du principe actif de la vie. La physiologie prend alors le nom de physiologie pathologique, ou pour mieux dire elle constitue la pathologie, qui est la science de l'homme souffrant et réagissant en vertu de ses forces vitales conservatrices cl médicatrices.
Il y a loin sans doute de cette définition de la pathologie à celle que l’on donne dans la plupart des écoles, mais nous la maintenons, et vous-méme vous l’adopterez plus tard, parce que la vérité est plus forte que 1 habitude, quand l’habitude est en défaut ; et que, pour peu que vous vouliez vous donner la peine d’y réfléchir, vous reconnaîtrez aisément que la physiologie et la pathologie ne sont vraiment que deux manières d’étre d’une seule force fondamentale, qui a pour objet de conduire et de régler les mouvements normaux et anormaux de la vie, mouvements dont la connaissance est le propre de l’histoire naturelle de 1 homme sain et malade, c'est-à-dire de la physiologie et de la pathologie.
METHODOLOGIE.
L'hygiène est la science qui a pour objeL de faire connaître les règles 5 suivre pour conserver la santé et prévenir les maladies. Elle indique les conditions générales de la santé, qui varient selon les différents états de la vie, selon les divers climats et les degrés de longitude et de latitude, et en raison de toutes les modifications qu’apportent nécessairement luge, le sexe, le tempérament, les habitudes, la constitution, les occupations ou les professions. Elle nous apprend à vivre longuement au sein même des ennemis de notre organisation, en nous expliquant: 1° comment le défaut, l’excès ou le mauvais usage des choses indispensables à l’entretien de la vie peuvent faire éclater mille affections qui ruinent notre santé ou qui nous tuent; 2° comment, au contraire, l’emploi sagement ordonné de ces mêmes agents de tous les règnes peut conserver, affermir ou rétablir notre santé, et la faire durer longtemps. En d'autres termes, 1 hygiène est le code des lois de la santé : c’est le vade mecuni de celui qui veut sentir,' agir et jouir prudemment, c’est-à-dire dans la mesure convenable à sa constitution et à son tempérament. On peut dire de l’hygiène quelle est la sentinelle delà santé; m iis malheureusement elle n’est trop souvent qu’une sentinelle perdue, ce qui est très regrettable, car elle pourrait arrêter au passage une foule de maux qui viennent nous assaillir, et qui nous conduisent avant le temps au terme où tout aboutit.
L’utilité de l'hygiène a été si bien comprise dans tous les temps, cpie les anciens, qui personnifiaient et souvent déifiaient tout ce qui était utile et bon, ont eux-mêmes donné à cette science le nom d'hygie, qui est celui de la déesse qui présidait chez eux à la santé. C’est aussi parce qu’ils étaient profondément convaincus de l’utilité de 1 hygiène qu’ils ont eu recours à l’autorité sacrée de la religion pour inculquer aux premiers peuples les préceptes de cette science, comme il est facile de s’en convaincre en consultant certains règlements qui étaient prescrits el observés autrefois comme des ordres de Dieu.
Mais l’hygiène ne s’occupe pas seulement de l’homme isolément, elle s’occupe de tous les hommes considérés en masse. On est parti de là pour la diviser en hygiène privée et en hygiène publique.
L’hygiène publique a pour objet : 1° d’indiquer l'influence salutaire ou nuisible que l’homme reçoit de l’état social, du mode de gouvernement, de l’état de liberté ou desclavage; 2° de diri-
ger les mœurs , les coutumes et les pratiques religieuses; 3° de présider à tout ce qui concerne les lois sanitaires , la construction des villes , des promenades , des monuments publics; h° de surveiller la pratique des arts et des métiers, le mouvement des armées , les opérations de l’agriculture et du commerce.
La pharmacie est l’aft qui a pour objet le choix, la préparation et la conservation des substances médicamenteuses. Elle fait l’application des sciences physiques , chimiques et naturelles à la préparation des médicaments et des prescriptions officinales ou magistrales.
Autrefois, alors que tout médecin n’employait, pour le plus grand bien de I humanité, que des remèdes simples et faciles, la pharmacie était exercée par le médecin lui-même, qui préparait ou faisait préparer sous ses yeux les médicaments qu’il jugeait convenables. C était l’âge d’or de la pharmacie, mais il ne devait pas durer : les abus se déclarèrent de toutes parts, et une polypharmacie aussi absurde que dégoûtante succéda bientôt à la pharmacie de famille, jusqu’au temps où la chimie ouvrit les yeux aux médecins et aux malades , et parvint enfin à mettre un peu d’ordre dans tout ce désordre.
Aujourd’hui les pharmaciens seuls exercent la pharmacie, et c’est justice , car elle a fait tant de progrès, et les préparations médicamenteuses sont devenues si nombreuses, qu’il serait impossible qu’un seul individu pût remplir avec honneur et habileté les doubles fonctions de médecin et de pharmacien, en supposant même, ce qui n'est pas, que les médecins eussent assez de connaissances pour se livrer à l’exercice délicat d’une branche de la médecine qui constitue un art véritable. Toutefois, si le médecin ne peut pas et ne doit pas exercer la pharmacie, il doit du moins être initié aux connaissances qu’elle embrasse; et, sous ce rapport, nous répéterons, avec M. le docteur Requin , « que la connaissance de la pharmacie est une introduction indispensable à l’étude et à l’application de la thérapeutique; que celle-ci sans celle-là marche en aveugle, et court risque de tomber dans 1 abandon, et que ce cumul de connaissances pharmaceutiques est indispensable aux médecins jaloux de conserver , dans la réalité , la prééminence que la considération idéale de ce qu’ils doivent être préjuge en leur faveur. » Malheur donc à ceux qui se livrent à la pratique de la médecine sans être préalablement au courant des sciences pharmaceutiques : mille revers les ntten-
*>/, MrtTÜOnOf.OGÏK.
dont; ils plieront lot ou lard sous le faix de leur ignorance, s'ils ne succombent au ridicule, cette autre plaie toujours si vive qui dévore et qui lue!
La matière médicale a pour objet de faire connaître la puissance et les propriétés des médicaments et des préparations pharmaceutiques. C’est la science qui traite de l’activité et de l’efficacité des remèdes simples ou composés. Pour juge)' de son importance il suffit de réfléchir que dans une infinité de cas on ne saurait guérir l’affection même la plus simple avec le concours isolé de ces fières auxiliaires qu’on pourrait appeler les sciences académiques de la médecine , à savoir : la physique , la chimie , 1 anatomie et la microscopie ; tandis qu’on réussit dans les cas les plus graves quand on connaît les ressources de la nature et la vertu des remèdes préparés, choisis et appliqués suivant les indications et les lois de l’opportunité.
Les minéraux, les végétaux et quelques matières animales, voilà les substances qui prennent ordinairement entre nos mains les noms de médicaments, quand elles ont subi des apprêts et les opérations de la pharmacie. Ce sont là par conséquent les trois sources principales de nos richesses médicales. Cependant nous devons faire observer que la «thérapeutique trouve encore une mine féconde et également utile à exploiter dans l’action même des aliments et des boissons qui, indépendamment de leurs qualités alibiles ou nutritives, jouissent encore de vertus médicamenteuses importantes, quand on connaît bien l’art d’en diriger et d’en régler l’emploi; art difficile, peu répandu, et cependant entrevu par Celse, par Pline et Yideüus, qui ont dit : Un aliment convenable et bien choisi est le meilleur de tous les remèdes. Il v
a plus de remèdes dans la cuisine que dans la pharmacie.
Que dirons-nous maintenant de cette expression consacrée , la matière médicale, et de ses synonymes, la pharmaceutique et la pharmacologie? Nous dirons, avec M. Requin, qu’elles sont pleines de confusion; mais laissons parler le professeur dont nous ne saurions trop recommander l’excelleut livre de pathologie médicale. Suivant M. Requin, il v a, par la force même des choses , deux sciences distinctes concernant les médicaments , par la raison qu’il y a deux ordres distincts de savants qui s’en partagent l’étude. Jl y a la science des pharmaciens et ensuite la science des médecins. La première a pour objet l’histoire naturelle des médicaments, de leurs propriétés physiques et chimiques, de leurs
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diverses préparations et compositions ; la seconde est plus étendue, plus délicate, plus complète. Elle réunit au domaine du pharmacien un autre domaine , et non contente de connaître les médicaments en eux-mêmes, elle étudie leur action sur l’économie et elle cherche à approfondir leur emploi thérapeutique. Eh bien, pour obvier à toute espèce de confusion, AI. le docteur Requin voudrait qu’on adoptât deux mots pour distinguer ces deux sciences : il propose de nommer pharmacologie l’histoire des médicaments considérés en eux-mêmes, telle que les pharmaciens doivent la savoir, et de conserver le mot de pharmaceutique au système entier, universel des connaissances relatives aux médicaments. Cette distinction nous paraît aussi judicieuse qu’importante, et nous pensons que les élèves et les maîtres feraient bien de l’adopter.
Ea pathologie proprement dite nous révèle l’action médicatrice de la nature, c'est-à-dire les réactions simples, composées ou compliquées que la nature oppose aux causes morbifiques ou aux désordres occasionnés par elles; réactions synergiques ou sympathiques qui résultent des mouvements conservateurs et médicateurs que la force vitale déploie chez tous les êtres qui jouissent d’un certain degré d’organisation. Ainsi conçue, la pathologie constitue la science des lois pathologiques, l’histoire naturelle de l’homme malade, c’est-à-dire de l'homme réagissant contre le mal ou contre la cause du mal : voilà la définition philosophique de la pathologie. Ce n'est point ainsi qu’on la définit dans la plupart des auteurs ; on la présente comme étant simplement la science des maladies , mais c’est à tort, car on confond ainsi la pathologie avec la nosologie; et cette confusion est déplorable en ce qu elle est l’expression irrécusable d’une déviation profonde en théorie , déviation dont les funestes effets se révèlent à chaque instant dans la pratique.
Que nous apprend à ce sujet la saine philosophie basée sur l’observation et éclairée par l’expérience? Elle nous démontre que dans l’exercice de la médecine nous avons plutôt ou plus souvent affaire à des malades qu’à des maladies, attendu que les lésions organiques ou matérielles primitives sont infiniment plus rares qu’on ne le dit , et que les dérangements fonctionnels ne se lient pas toujours à désaffections organiques , à des altérations absolues ou arrêtées, mais qu’ils constituent très souvent des modes particuliers de l’existence organique dont la théorie
appartient à une branche de la médecine, qu’on pourrait appeler la physiologie pathologique, si le nom de pathologie ne lu iconvenait davantage.
Ainsi donc, pour les vitalistes, la science de la médecine est dans la connaissance expérimentalement acquise de l'action des causes morbifiques sur l’économie et de la réaction des forces médiatrices contre les effets de cette action. Or, en parlant de là, nous disons qu’un homme est malade, quand, après avoir éprouvé une impression, une modification quelconque de la part d’une cause morbifique, il réagit contre cette cause ou contre l'impression et la modification produite par elle. En d’autres termes, nous voyons dans toute la maladie un combat entre une cause morbifique produisant primitivement une affection, et la nature médicatrice produisant consécutivement une réaction ; ce qui nous conduit à admettre autant d’affections et de réactions différentes qu’il y a de manières de sentir et de réagir dévolues aux êtres doués de la vie.
Maintenant il nous est facile d’assigner le but que la pathologie se propose : elle tend à nous faire distinguer ce qui est utile de ce qui est nuisible entre tant de phénomènes qui constituent le travail morbide ou le combat de la vie contre les forces destructives de l’organisation. Elle aspire à nous dévoiler ce qui est accidentel, nécessaire, inévitable ou contingent parmi tant de mouvements ou d’états que l’on confond en bloc sous le nom de maladies, et qui ne sont en réalité que l’expression des puissances sentantesetréagissantes del’économie ; puissances qui constiluentpar l’ensemble de leur activité la vie tout entière, et partant la santé et la maladie, qui ne sont que des modes particuliers de la vie.
La nosologie est la science de l’homme souffrant ou affecté passivement. Elle est, si l’on peut s’exprimer ainsi, l’opposé de la pathologie, que nous venons de définir : La science de 1 homme affecté activement. Dans les écoles, on confond, en général, la nosologie et la pathologie; ou du moins pour beaucoup de professeurs, ces deux sciences sont toute une ; mais on reviendra de cette erreur dès qu’on aura adopté la définition exacte, positive et philosophique que nous avons donnée de la pathologie.
La nosologie a pourobjet : 1° la connaissance de 1 action simple on composée que les puissances morbifiques exercent sur léconomie de nos organes et de nos humeurs ou sur 1 état de nos fonctions ; 2° la connaissance des lois suivant lesquelles se développent les
MiS DIFFÉRENTES BRANCHES DE LA MÉDECINE. 57
phénomènes et les étals morbides; 3° la connaissance des dérangements dynamiques et fonctionnels, des altérations matérielles, primitives ou consécutives que les organes ou les humeurs subissent pendant 1 état morbide.
C’est encore à la nosologie ou à la science qui traite des affections qu’il appartient de faire connaître la nature ou l'essence des affections. Elle s’efforce du moins d’y parvenir, et dans ce but elle examine successivement les organes ou les humeurs affectés. Elleéludie la structure, la composition, la situation et les rapports des organes, l’économie des humeurs , l’état dynamique et fonctionnel, et enfin l’action directe ou indirecte de toutes les parties de l’organisation les unes sur les autres.
On divise la nosologie en nosologie externe et nosologie interne : la première constitue la science qui a pour objet la connaissance des dérangements externes perceptibles aux sens externes; la seconde embrasse les dérangements internes, ceux qui ne sont guère perceptibles qu’aux yeux de l’analogie, de l’induction et du raisonnement.
Pour quelques auteurs, les mots nosologie et nosographie sont synonymes ; nous pensons qu’il faut employer le mot nosographie dans le sens de son étymologie, c’est à-dire pour désigner la branche de la médecine qui a pour objet la description et la classification des maladies, et qu i! est convenable de réserver le mot nosologie , qui a un sens beaucoup plus étendu, pour désigner la science qui traite des affections et de leur histoire: Nosologia seu morborum doctrina, comme disaient les anciens. A ce titre, l’étiologie, la symptomatologie, la séméiotique physiologique et pathologique feront nécessairement partie des cadres de la nosologie générale, et ce sera avec raison, car on ne saurait établir rigoureusement l’histoire d’une maladie sans décrire successivement sa cause, ses symptômes et les signes qu’on peut tirer de ces symptômes.
L 'étiologie est la science qui traite à la fois , et des causes qui produisent les effets morbides, c’est-à-dire les faits nosologiques, et des lois qui règlent les mouvements, la succession et les rapports des phénomènes qui en résultent. Or c’est une grande science que celle-là; car, en médecine, qui connaît la» cause connaît l’effet; qui connaît l’effet connaît la loi, et par conséquent le but et le moyen. On peut donc, sous ce rapport, avancer hardiment que l’étiologie est la racine de la nosologie. Et, en effet, c’est
M K l FIOÜOI.OGIE.
par elle que la nosologie (d'autres diront la pathologie) est ce qu’elle est, et c’est par elle encore qu’on arrive à la raison thérapeutique; d’où nous tirons cette conclusion : que le médecin qui néglige l’étude des causes et qui agit sans cette connaissance préalable est positivement dans la position d’un aveugle qui procède dans les ténèbres et par tâtonnements.
La symptomatologie a pour objet la connaissance et l’étude des diverses expressions ou manifestations de 1 économie souffrante ou affectée passivement; elle nous fait connaître le langage de la nature malade; elle nous initie au tempérament de ses habitudes, au secret de ses cris; enfin , elle nous apprend à saisir ses moindres indexions alors qu’elic exprime ses besoins et qu’elle raconte elle-même son histoire.
La séméiologie physiologique et la séméiologie pathologique se dégagent toutes les deux de la symptomatologie générale, ou, pour mieux dire, c’est la symptomatologie elle-même expliquée et interprétée. La première fait connaître les signes de la santé ou des mouvements normaux; la seconde indique les signes de l’affection ou des mouvements anormaux; enfin, toutes les deux éclairent le médecin sur ce qu’il doit craindre du côté de l’affection, et espérer des ressources de l’art ou des efforts de la nature. Sur elles il établit son pronostic, et à la faveur de ce pronostic il affermit son propre courage, et il se met à l’abri des déceptions et des mortifications qui atteignent celui qui ne sait rien voir ni rien prévoir. .
Ce n’est pas que le pronostic soit toujours irrécusable, mais du moins il détermine le médecin à agir même quelquefois avec beaucoup d’énergie; et le malade y trouve son compte, car il est d’autant mieux traité que le médecin est mieux éclairé sur la gravité et l’issue probable de l’affection.
La thérapeutique générale ( therapeutice mcthodus medendi), est la science qui fait connaître les méthodes , les indications et les règles de traitements applicables aux maladies, ainsi que les principes abstraits de l’opportunité ou de l’occasion. C’est l’art médical en précepte, le flambeau de la pratique, l’esprit de ses lois et la science complémentaire de la médecine. Elle est d’une si grande importance, que sans elle la thérapeutique d’action, ou l’art de traiter les malades, serait impuissante ou dangereuse.
La thérapeutique proprement dite ( thernpia pars medicinœ curaloria ) est la partie de la médecine qui a pour objet le traitement
des maladies. C/est la thérapeutique générale appliquée. Elle repose sur l’observation cl l’expérience; cependant on ne saurait la dépouiller d’un certain raisonnement, car sans cela elle tomberait dans l’empirisme et la routine.
Au point de vue absolu, nous devons définir la thérapeutique : L’art de diriger les forces de la nature, d’administrer les médica • ments et de pratiquer les opérations. En un mot, c’est l’art d’employer les moyens à l’aide desquels, la nature aidant, on parvient à guérir les maladies, d’ou il résulte que la thérapeutique est diététique, pharmaceutique ou chirurgicale, selon que l’on a recours aux aliments, aux médicaments ou à la main armée du fer ou du feu, pour atteindre de concert avec la nature le but solennel qu’on se propose, c’est-à-dire la guérison des maladies.
La thérapeutique doit chercher ses bases principales dans la connaissance de la sensibilité et de l’irritabilité, considérées dans les diverses parties et dans l’ensemble de l’économie vivante. Mais elle doit chercher aussi à distinguer les aspirations du moral aussi bien que les besoins du physique. Or, pour atteindre ce but, il faut qu’elle descende dans le cœur humain pour écouter ses désirs, ses fantaisies, ses espérances et ses craintes , parce qu’alors elle peut agiravec succès suriessensationsetsurles idées, et tirer un grand parti des mouvements salutaires qui impriment à l’économie de l’être souffrant toutes les consolations tendres, les doux épanchements et les émotions bienfaisantes du sentiment et' de la pensée. Nous insistons sur ce noble et puissant attribut de la thérapeutique, parce qu’il donne réellement à la médecine pratique un caractère de grandeur et de supériorité. Enfin, la thérapeutique est la connaissance médicale vers laquelle convergent toutes les autres connaissances, attendu qu elles tendent toutes au même but et à la même fin, à la guérison des maladies.
Nous devons dire ici en passant, que la thérapeutique manuelle, jointe à la connaissance des lésions externes ou mécaniques, constitue essentiellement le domaine de la chirurgie dont nous aurons bientôt à nous entretenir.
La posologie est la branche de la médecine qui traite des quantités médicamenteuses et de la manière de les combiner ; c’est l’art de formuler ou de prescrire l’emploi des médicaments. C’est la partie de la thérapeutique qui considère les médicaments sous le rapport des doses auxquelles on doit les administrer. C’est aussi l’application à la thérapeutique de toutes les notions acquises
Gû MÉTHODOLOGIE.
en physique, en chimie, en botanique, en matière médicale et en pharmacie. Sans la posologie, sans cet art auquel, de nos jours, on exerce si peu les élèves, il n'y a aucun résultat pratique, ni aucun succès à espérer au lit du malade, bien plus, sans la posologie, toutes les sciences médicales avortent au terme, et le médecin le plus instruit fait naufrage au port, parce qu il ne sait ni manier ni administrer les remèdes.
La posologie n’est pas aussi facile à connaître que quelques esprits veulent bien le supposer. Pour s’en convaincre, il suffit de songer que, pour prescrire convenablement les remèdes mêmes les plus simples, il faut : 1° connaître les ingrédients appelés à faire partie de leur composition; 2° savoir commentées ingrédients doivent être traités, préparés et combinés pour jouir de toutes leurs propriétés médicamenteuses sans en acquérir de nuisibles; 3° pouvoir indiquer quand, comment, combien de fois, à quelles doses et à quelles époques du jour ou de la nuit, les divers médicaments doivent être administrés aux malades.
Définie d’après le sens rigoureux de son étymologie (xctP, main, tpyov , œuvre), la chirurgie est, à proprement parler, 1 œuvre de la main. C’est l’art qui instruit la main et qui la dirige dans l’emploi des moyens mécaniques que réclame le traitement de certaines affections. C’est ainsi, du moins, que l’ont compris les pères de la médecine, et c’est en partant de ce principe que Celse a défini la chirurgie : « L’art d’appliquer méthodiquement la main seule ou armée d’instruments sur le corps de l’homme, afin de prévenir, de soulager ou de guérir les affections dont il est frappé. » La chirurgie a donc pour objet l’art de pratiquer les opérations et d’appliquer les appareils et les bandages suivant certaines règles. C’est la partie manuelle du traitement des maladies, c’est un des moyens de la thérapeutique, c’est ce qu elle contient de mécanique , guod in tlierapia mecanicum.
Telle est l’acception rigoureuse du mot chirurgie et la définition exacte de l’art que ce mot représente. Toutefois, nous sommes loin de cette dénomination historique et classique, et le mot chirurgie est plein aujourd’hui d’acceptions autrement pompeuses que celles que nous venons de donner. La chirurgie a fait ses preuves comme elle l’annonce elle-même, et elle consomme, au sein de ses révolutions , le grand acte de son émancipation. Ainsi, elle se prélasse sous le nom de médecine opératoire qu’elle s’est donné, et si elle consent à prendre rang parmi les arts, elle
ne se targue pas moins Je constituer une science, attendu, ditelle, que la théorie qui préside à ses actes a une base scientifique solidement établie sur des principes généraux déduits de faits constants et nombreux qui assurent ses progrès et légitiment ses prétentions. Nous examinerons plus tard la valeur des titres que la chirurgie s’efforce d’apporter en faveur de sa constitution et de la fusion complète qu elle voudrait voir établir entre elle et la médecine. Nous contentant de dire aujourd’hui qu’en supposant même que la médecine et la chirurgie pussent à la rigueur constituer une seule et même science, comme le prétendent quelques esprits faciles, elles formeraient du moins des professions distinctes et diamétralement opposées, attendu que chacune d’elles exige des qualités spéciales et différentes de la part de ceux qui se livrent à leur exercice.
Ajoutons qu’il est fort peu rationnel de dire que les affections internes appartiennent à la médecine et les maladies externes à la chirurgie. En effet, nous croyons que trois notions importantes doivent entrer comme éléments dans la distinction à établir entre les affections du ressort de la médecine et celles du ressort de la chirurgie. Ce sont d’abord la connaissance de la cause du mal; en second lieu la connaissance de la nature soit organique, soit vitale du mal. Troisièmement, la connaissance de la nature du traitement que ce mal et sa cause réclament. Ainsi, par exemple, si le mal , ou pour mieux dire si l’affection a été produite par une cause mécanique , par une violence extérieure; si elle est matérielle ou organique, si elle exige une opération, elle appartient nécessairement au domaine chirurgical. Si, au contraire, l’affection a été produite par des causes morbifiques ou pathogénésiques proprement dites, telles que des agents toxiques, ou par des causes humorales ou autres également étrangères aux agents physiques; si elle est de sa nature fonctionnelle ou vitale, si elle réclame surtout un traitement diététique, pharmaceutique ou médical, elle est, au contraire, essentiellement médicale. Enfin, elle est mixte si elle participe à la fois des éléments constitutifs , des affections médicales et des affections chirurgicales.
Cela une fois établi, nous rangeons, parmi les affections chirurgicales, les blessures, les plaies, les brûlures, les dilatations, les compressions, les luxations, les fractures, tous les vices matériels de la substance organique, vices de conformation accidentels ou acquis, qui exigent, pour être traités, l’usage de la main. Puis, par
62 méthodologie.
opposition, nous mettons dans le cadre désaffections médicales toutes les affections vitales ou fonctionnelles déterminées par des agents toxiques, morbifiques ou pathogénésiques ; tous les départs, les troubles ou les irrégularités de la sensibilité et de 1 irritabilité qui se lient ù d’autres causes que les causes physiques, mécaniques ou chimiques; en un mot, toutes les affections qui ue demandent ni replacement, ni opération, ni pansement : car, en définitive, c’est surtout le mode de traitement uni à la cause du mal qui différencie l’affection médicale de l’affection chirurgicale. De telle sorte que tout ce qui réclame une opération manuelle est du ressort dé la chirurgie , et que tout ce qui réclame la pharmaceutique est du domaine de la médecine.
Ces réserves une fois établies, nous reconnaissons que la médecine et la chirurgie se touchent de fort près, et que les affections chirurgicales entraînent aussi souvent des affections médicales que les affections médicales entraînent elles-mêmes des affections chirurgicales. Mais ce n’est point un motif pour conclure qu’elles sont absolument identiques; au contraire, il résulte de l’analyse que nous venons de faire que ces deux sciences sont essentiellement distinctes dans leurs applications, par cela même qu’elles changent d’objet continuellement et qu elles tendent sans cesse à se confondre, sans jamais pouvoir y parvenir. Mais en tout état de cause, nous avouons que la médecine a tiré un grand parti des vives lumières de la chirurgie, et que les travaux admirables des célèbres chirurgiens du dix-huitième siècle, que l’on pourrait appeler le siècle de la chirurgie, ont puissamment contribué à ses progrès. Nous ajouterons qu elle a trouvé de grands enseignements, tantôt dans les mémoires de la docte compagnie de chirurgie, instituée par Louis XV sous le nom d’Académie de chirurgie, et au sein de laquelle on a compté J.-L. Petit, Louis, Lecnt, Ledran, Pibrac, Fabre et Pouteau; tantôt dans les travaux non moins remarquables qui ont été publiés par la Société de chirurgie créée par Desault.
If hygiène publique et la médecine légale sont moins des sciences autonomes que des résultantes heureuses de sciences savamment appliquées. Néanmoins leur portée et leur utilité sont incontestables, et il suffit de dire qu’elles sont le produit de la fusion habilement ménagée des sciences physiques, chimiques et naturelles, grossies encore de toutes les autres sciences
médicales, pour indiquer tout le parti que l’on peut tirer de leur enseignement.
La police médicale offre aussi sa part de lumières; elle fait connaître les règlements et les lois hygiéniques dont l'exécution est indispensable à la conservation de la santé publique. Elle spécialise, au point de vue de l’ordre, la pratique des chirurgiens, des médecins et des pharmaciens; elle devient, sous ce rapport, la règle de leur discipline et le mobile de leur action. Elle est digne, à ce titre, de figurer dans les archives de la médecine et d’étre classée parmi les sciences d’application et de perfectionnement.
L'anatomie pathologique constate les altérations matérielles, les aberrations ou les destructions organiques dont l’économie animale peut être atteinte, telles que les variétés de forme, de situation et de nombre que l'œil peut saisir pendant la vie dans les parties externes, ou qui ne sont accessibles qu’après la mort, telles que les modifications organiques produites par l'état morbide, par les progrès de l’âge ou par le fuit même de la mort, car la mort a aussi ses effets.
L'anatomie pathologique nous éclaire sur le défaut de développement ou sur les vices de conformation des organes, sur leur état morbide, et leur destruction [dus ou moins complète pouvant enrayer à divers degrés les mouvements de la vie et changer leur équilibre. De plus, elle fait de celui qui la possède complètement un homme si habile, que, semblable au physionomiste qui lit sur les traits du visage les passions qui agitent celui qu’il examine, il peut, en plongeant par la réflexion au sein de l’économie, reconnaître dans la profondeur des organes des altérations que d’autres ne sauraient saisir. Mais sachons-le bien, les avantages de l’anatomie pathologique sont compensés par de grands dangers. Elle devient suspecte du moment qu elle veut nous montrer d’une manière absolue la raison et la cause de toutes les maladies dans des altérations primitives des organes; car toutes ces altérations dont on a lait tant de bruit sont plus souvent le produit inévitable du travail morbide que la cause même de ce travail, comme on se plaît à le répéter.
La philosophie médicale est la science des méthodes, des principes et desdogmesde la médecine considérée comme science et comme art. C’est la science critique et dogmatique de la méde-
GZ| METHODOLOGIE.
cine. Elle est à l’art médical ceque les fondationssont aux édifices, à savoir la base et le soutien. Sans ses lumières et son contrôle, toute doctrine médicale n’est qu’une utopie. Avec elle, au contraire, le médecin philosophe marche hardiment de principe en principe, et finiten dernière analyse parformerde toutes ses connaissances une série d'idées générales et précises qui sont promptement reconnues et accueillies parles plus grands esprits, aussi bien que parles hommes du plus simple bon sens. En un mot, la philosophie médicale est, en dernière analyse, la sagesse même de la médecine.
La philosophie médicale a pour objet la connaissance de toutes les méthodes d instruction , de toutes les doctrines , de tous les faits vitaux et de leurs rapports. Elle nous fait connaître et juger les méthodes et les moyens d investigation ; puis elle enseigne les dogmes ou les vérités conquises à la faveur de ces méthodes; enfin son but principal est d’indiquer la manière rigoureuse de philosopher en médecine, c’est-à-dire de chercher la raison des faits médicaux et de les expliquer en les unissant; elle y parvient en rattachant aux faits premiers et derniers les faits intermédiaires à l’aide d’une méthode qui, procédant tour à tour par I analyse et par la synthèse, remonte successivement des faits simples aux composés, des composés aux compliqués, et redescend ensuite des faits compli qués aux faits composés, et de ceux-ci aux plus simples, c’est-à-dire aux faits élémentaires.
Puis, quand la philosophie médicale nous a fait connaître les méthodes de raisonnement, elle nous indique le principe fondamental de la médecine; elle nous explique les lois qui découlent de ce principe, et elle termine en nous exposant les vérités fondamentales acquises à la faveur de la vraie méthode philosophique. C’est donc avec raison que nous avons dit qu elle ouvre et ferme le haut enseignement , et qu elle est le premier et le dernier mot de la médecine, puisque, d’une part, elle indique les règles auxquelles on doit ramener toutes les théories pour les juger, et que, de l’autre, elle complète l’enseignement médical en nous mettant à même de comprendre les divers systèmes, d’apprécier leur importance et leur influence, et partant de féconder l’œuvre solitaire de la pensée par ce courant d’idées qui naît du rapprochement des opinions.
La philosophie médicale s’étend à tout , et l’on peut dire qu elle n’est pas exclusivement telle ou telle science, mais l ensemble de toutes les connaissances et le foyer vivifiant vers lequel elles
DES DIFFÉRENTES BRANCHES DF. LA MÉDECINE. f>5
aboutissent pour être absorbées et systématisées dans une suprême et dernière généralisation. On peut juger de l’utilité de la philosophie médicale par la fin qu elle se propose; or, cette fin est immense : elle a en vue l’émancipation et le perfectionnement de la science de l'homme, et elle y tend par quatre moyens : par l’observation, l’induction , la déduction et la généralisation. Par l’observation, qui donne la connaissance du phénomène; par l’induction, qui donne la connaissance de la loi ; par la déduction, qui sert de contre-épreuve à l’induction; et enfin par la généralisation, qui vivifie tous les faits et les condense dans une vaste unité, dont elle donne logiquement la formule.
L histoire de la médecine bien comprise n’est autre chose que l’histoire chronologique et critique des divers systèmes qui ont régné en médecine. Elle a pour objet l’étude des doctrines en général et des rapports que ces diverses doctrines ont entre elles, ainsi que la connaissance de leur source , de leur esprit, de leurs tendances et de leur but. Elle est la lumière des temps de la médecine, la source de toute instruction solide, et la règle de toute pratique. Elle nous ouvre, en quelque sorte, tous les siècles et tous les pays, et avec elle nous acquérons promptement une expérience anticipée, que nous chercherions en vain au même degré dans les traditions individuelles des maîtres les plus habiles, souvent trop orgueilleux de leur pratique personnelle tout éphémère !
A la faveur de l’histoire, un bon esprit se surcompose de tous les bons esprits du siècle précédent; il renoue le présent au passé , et il entr ouvre en quelque sorte l’avenir. C’est l’histoire de la médecine qui nous met à même de nous faire une opinion en médecine , et d’adopter franchement une doctrine avec connaissance de cause. Elle nous montre combien il faut de force , de courage et de persévérance pour faire triompher les vérités nouvelles, et elle nous prouve à chaque instant que les dissentiments des médecins, en fait de doctrine, ne portent guère que sur la partie conjecturale de la médecine, tandis que les bases de la science sont, au contraire, reconnues par la grande majorité des médecins. D’autre part, elle nous apprend à résister aux réformes générales , qui compromettraient les vérités de la science, et elle se montre ainsi essentiellement conservatrice des lois et des principes établis. Elle nous éclaire encore par les erreurs qu elle nous fait éviter. Elle assure la pureté du langage en conservant et en
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épurant les expressions reçues; enfin elle épargnerait à bien des gens la peine d’inventer des choses déjà inventées, s’ils savaient l’interroger et l’écouter à temps.
C'est seulement en consultant l'histoire de la médecine qu’on peut retrouver les principes et les germes des vérités établies, principes qui ne sont, en dernière analyse, que les diverses expressions de la nature universelle, dont les manifestations innombrables autant que variées se résolvent toujours dans l’unité. Toutefois, pour arriver à ce résultat, il faut s’attacher à découvrir en quoi tel système est conforme à la vérité, et tend au contraire à s’en éloigner; or, en suivant cette voie, on n’inventera pas la science, parce qu’elle existe toute créée dans le livre de la nature, mais on la trouvera dans les opinions éparses des législateurs de
la médecine. Alors on rattachera toutes les vérités de tel svstème
à celles de tel autre et de tous les autres, et l’on approchera d’une solution qu’on aura définitivement obtenue dès qu’on sera parvenu à unir entre eux ou à concilier les divers systèmes, comme les faits qu’ils représentent et dont ils sont l’expression coordonnée s’unissent entre eux eL se concilient dans le magnifique svstème de la nature, qu’on doit se représenter comme une immense unité pleine d’accidents et de variétés.
La biographie a pour objet de peindre au vif les hommes arrivés à unecélébritéquelconque parleurs vertus ou leurs vices, patleurs talents ou par leurs erreurs, leurs travaux utiles ou dangereux. On peut dire qu’elle est l’histoire en miniature; en efiet, rien de ce qui tient aux actions ou aux passions des hommes ne lui échappe. Elle retrace les scènes de la vie intime, et elle peint ainsi l’humanité, qui n’a de valeur que par ses actes.
Le but spécial de la biographie est de nous mettre en rapport avec les hommes qui nous ont précédés, de nous associera leur existence et de nous initier à leur bonne ou mauvaise fortune en nous montrant le chemin qu’ils ont parcouru, les écueils qu’ils ont rencontrés, les injustices ou les calomnies qu’ils ont essuyées, les succès qu’ils ont obtenus, les causes de leur élévation ou de leur chute.
Tant d’enseignements attesteraient l’utilité de la biographie si elle ne ressortait encore de plusieurs autres avantages que tout le monde saisit; ainsi elle éclaire notre prudence en nous montrant les écueils à côté des triomphes ! Elle exaltenotre émulation et soutient notre ardeur en étalant aux yeux de notre amour-
propre tous les avantages et les honneurs dont jouissent les hommes qui ont su acquérir une valeur personnelle.
Du reste, les anciens, nos maîtres en toute chose, savaient déjà combien les exemples sont plus féconds que les préceptes; nous en trouvons la preuve dans le soin religieux avec lequel ils recueillaient les moindres particularités de la vie de leurs grands hommes, dans le ton de sublime orgueil avec lequel ils en parlaient, dans le culte presque religieux qu’ils professaient pour eux.
Mais en dehors de ces grands modèles, l’exemple de quelques existences moins brillantes ne doit pas être perdu pour l'instruction des masses; en effet, il y a à récolter partout pour celui qui sait glaner, et la vie des hommes modestes qui ont répandu les lumières de la science est pleine aussi de leçons admirables et précieuses.
Toutes les branches de la médecine sont étroitement liées entre elles ; toutes aussi concourent à former une science qui absorbe toutes les autres. Or cette science, c’est la science de l’homme, c’est la médecine proprement dite, qui a désormais conquis les sciences accessoires et qui les dirige en souveraine. La connaissance des dépendances des diverses parties de la médecine est très utile. Elle a surtout cela de très avantageux, qu elle démontre d’une manière irrécusable que les sciences en apparence les plus opposées se touchent en dernière analyse par quelque endroit, se prêtent un mutuel appui, se redressent souvent et s’affermissent toujours les unes par les autres.
On peut grouper toutes les sciences médicales en cinq faisceaux distincts qui forment comme autant de nœuds vitaux qui s’épanouissent pour donner naissance aux produits de l’arbre de la science médicale.
Le premier faisceau comprend l’anatomie et la physiologie, qui se tiennent de si près, que l’une sans l’autre ne donne rien ou presque rien. En effet, qu’est-ce que l’anatomie, et à quoi aboutit donc 1 énumération minutieuse des diverses parties dont l’économie animale est composée, si la physiologie ne vient animer ces parties et ces rouages et nous indiquer leur usage en nous initiant en quelque sorte au secret de leur ouvrage, de leurs tendances ou de leur lin? Et réciproquement, quel crédit aurait la physiologie, si nous ne savions déjà cet organisme vivant qui est 1 objet île ses savantes discussions, et en quelque sorte le point d’appui.
(iS
la base fondamentale de ses démonstrations? Sans la j>liy siologie l’anatomie ne dit mot, et sans l’anatomie la physiologie bégaye à peine quelques propositions qui tiennent du roman ; mais du moment (pièces deux sciences entrent de concert en action, la lumière circule avec elles, et l’intelligence saisit rapidement le mécanisme et le mouvement de cet édifice vivant de la nature, qu’on appelle l’économie. L’esprit examine d’abord les éléments qui composent les différentes parties du corps; il cherche à se rendre compte de la conformation, de la structure et de la destination de chaque pièce organique concourant;! la formation du mécanisme animal; il étudie la nature et les propriétés physiques et chimiques des diverses humeurs qui, avec les tissus et les solides, constituent l’appareil biotique; et, en dernière analyse, il passe à l’observation des forces radicales (pii mettent en mouvement tous ces matériaux, autrement dit, tous ces instruments de la vie. G est alors qu’il reconnaît que le jeu de tous ces rouages, quoique entretenu ou provoqué par les agents physiques et chimiques, est loin cependant d’être le simple résultat de leur action, et par conséquent qu’en dehors des effets qui proviennent des forces physiques et chimiques, il y a beaucoup d'autres effets qui ne sont pas leur ouvrage et qui sont déterminés par une cause spéciale, qui est la nature ou la vie agissant et réagissant sur elle-même par des lois qui lui sont propres.
Ainsi donc, l’anatomie et la physiologie normales commencent ce que nous appelons le premier faisceau des branches médicales; toutefois ce faisceau doit être complété par l’anatomie et la physiologie pathologiques , et par l’anatomie et la physiologie comparées, normales et pathologiques, qui forment toutes ensemble le premier nœud de la médecine , celui qu’on doit livrer tout d’abord à la curiosité et au courage des débutants.
Le deuxième faisceau , ou le deuxième nœud de la médecine, est formé par la pathologie et la nosologie générales , d’où parient comme d’une souche commune l’étiologie , la pathogénésie, la symptomatologie, la séméiologie physiologique et pathologique, la nosologie externe et interne, et enfin la pathologie proprement dite ou la science des réactions ; toutes ces branches diverses s’appellent, se correspondent, s’unissent et se complètent ; toutes remontent l’une vers l’autre pour se confondre définitivement dans un ensemble parfait, dans un tout absolu et indissoluble.
La thérapeutique générale et spéciale, la pharmacologie , la
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pharmaceutique, la posologie, la matière médicale, la pharmacie, la chirurgie et 1 art des accouchements, se tiennent également par d étroites dépendances, et constituent par leurs apports réciproques le troisième faisceau des branches médicales.
Le quatrième faisceau est formé par la physique et par la chimie, qui sont l’une par rapport à l’autre dans des conditions exactement semblables à celles qui unissent si étroitement l’anatomie et la physiologie; par l’histoire naturelle et ses congénères la minéralogie, la botanique et la zoologie ; par la médecine légale, enfin par l’hygiène générale et publique, d'où procèdent l’hygiène publique et la police médicale.
Le cinquième faisceau se compose des sciences qui embrassent le haut enseignement ou l’enseignement complémentaire. Ce sont : la philosophie médicale, Lhistoire de la médecine, la bibliographie et la biographie dont les vives lumières se correspondent et se confondent pour éclairer et vivifier toutes ces parties, nous dirions volontiers tous ces affluents qui forment par leurs apports la science de l’homme ou le code philosophique de la nature humaine.
Il résulte de ces diverses considérations que la médecine n’est tout entière ni dans l’anatomie, ni dans la physiologie, ni dans les sciences physiques et chimiques , ni même dans la chirurgie, mais qu’elle résulte de l’ensemble de toutes ces sciences et de leurs dépendances. Voilà la seule idée qu’on doit se faire de la médecine et la seule aussi qu’on puisse professer. Ainsi donc, il est bien établi que la médecine profite des tributs de toutes les antres sciences, mais que c’est toujours sans jamais se laisser absorber ou dominer par elles, attendu qu’elle est autocrate et autonome, et qu’elle existerait par ses propres forces, alors même que ces auxiliaires n’existeraient pas.
La médecine a végété pendant longtemps, puis elle a progressé et, comme tout ce qui existe, elle a subi certaines révolutions qui ont successivement ouvert et consommé les différentes phases de son perfectionnement. On peut réduire à quatre le chiffre de ses révolutions.
La médecine a commencé du moment que l’on a reconnu qu’il y avait des choses nuisibles et des choses utiles à l’économie de notre organisation. Voilà son début, son premier mouvement, kl le a fait le second quand, à l’aide de lobservation minutieuse et de 1 attention réfléchie, elle est parvenue à saisir la marche nain-
relie des maladies et à constater l’existence et les efforts de la nature médicatrice. Le troisième a eu lieu quand, par l’analysé et par la synthèse, elle a reconnu dans l’état morbide deux ordres dé phénomènes essentiellement distincts qui naissent souvent à l'occasion d’une seule et même cause, mais qui ne sont pas pour cela produits par cette seule et même cause ; l’expérience démontrant au contraire que, parmi ces phénomènes que l’on confond trop souvent, les uns sont simplement le résultat de faction modificatrice que la cause morbifique exerce sur nos solides et sur nos humeurs, tandis que les autres sont organisés et entretenus par la force vitale, par la nature elle-même veillant à sa propre défense ou réparant ses pertes. A dater de cette époque, la science médicale a été expérimentalement formulée, et la saine pratique a été réellement reconnue. Enfin, la médecine a été fixée et réglée comme art, aussitôt qu’on a pu réunir assez de moyens parmi tous ceux que l’expérience indique pour en former une espèce de code qui traite des procédés de la nature et des ressources du médecin.
Telle est la vraie médecine philosophique. Elle consiste dans la fusion intelligente et méthodique de ces deux sources principales, la science et l’art : la science, qui appartient au savant et qui repose sur la généralisation de certains faits qui découlent d’un seul principe qui les domine; l’art, qui est le partage du praticien et qui s’appuie sur des règles qui ne sont que les principes appliqués île la science établie sur ses véritables bases.
Ces idées déplairont sans doute à ceux qui ont trouvé bon de définir la médecine une science muette : ars mata, comme Virgile disait déjà de son temps. Elles déplairont surtout à ces faiseurs de galimatias ou de phébus qui nous la représentent comme une lettre morte; mais, en définitive, que nous importe tant de mauvaise foi ou d’ignorance? Nous n’avons ni l’intention ni l'ambition de redresser les incurables, et nous nous contenterons de soumettre nos idées à ceux qui aiment la vérité et qui la recherchent, parce qu’ils l estiment.
Il semble au premier abord que rien n’est plus facile à saisir que l’ordre à adopter dans l’étude des différentes parties de la médecine, et qu’il suffit, pour se tracer une règle à cet égard, de consulter le programme des cours professés à la Faculté, ou de Suivre la table des matières composées parle règlement universitaire à la succession ordinaire des examens. Eh bien, c'est une
DKS DIFFÉRENTES BRANCHES UK LA MÉDECINE. 7 l
erreur; il faut au contraire qu’une raison éclairée préside à cette distribution des études, et c’est tellement vrai, qu’il y a toute une branche de 1a médecine consacrée à ce genre délicat d’initiation. Telle est la méthodologie qui traite spécialement des connaissances médicales, de leurs connexions et de l’ordre à suivre dans l’élude des différentes sciences qui font partie de l’encyclopédie médicale. Il est de fait que cette branche de la médecine est peu cultivée chez nous, mais c’est à tort, et nous ferions mieux d’imiter les Allemands qui ont créé une chaire spéciale pour cette première instruction de l’élève. De plus, il y a dans les universités allemandes des moniteurs qui sont chargés d’aplanir aux élèves les difficultés du début, de leur indiquer l’ordre et la méthode à suivre pour étudier avec fruit les sciences médicales; de leur faire connaître leurs devoirs, de les guider dans le choix des livres; de leur apprendre l’art de recueillir les observations, de les classer et de les généraliser; et enfin, de les orienter dans le dédale de toutes les voies qu’ils ont à parcourir pour arriver au but qu’ils se proposent et qui consiste à acquérir une vaste et solide instruction médicale.
En France, on ne prend pas tant de soins des élèves, on les abandonne à l’aventure, et il n’existe à la Faculté ni chaire de méthodologie, ni chaire de philosophie et d’histoire de la médecine, ni chaire de bibliographie. Tout cela est trop futile et trop vague!... C’est tout au plus si quelques maîtres ont osé aborder par écrit de pareilles questions ! Qu’en résulte-t-il?Que l’enseignement languit et dépérit, et qu’au lieu de former de vrais travailleurs, on perd officiellement quatre ou cinq années à faire entrer dans la carrière médicale des hommes qui ne sauront jamais les méthodes. Telle est du moins la règle ordinaire. Il n’y a guère d’exceptions que pour quelques esprits d’élite qui viennent* en quelque sorte, au monde tout armés, et chez qui les heureuses dispositions, la capacité, la volonté, le courage et la persévérance viennent à bout de tous les obstacles.
Jugez de l’embarras du jeune homme qui, animé du désir d’embrasser la plus difficile de toutes les professions, arrive à Paris sans mentor, sans tuteur et sans guide! Les livres, les cours, les hommes, tout est nouveau pour lui; il ne sait choisir entre mille richesses, et Tantale d’un autre genre, il n’ose, bien entendu, touchera rien. Il se trouve tout d’abord en lace d’une affiche qui lui annonce tout simplement une cinquantaine de
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cours à lu lois, tant publics que particuliers : il hésite, il ne sait par où commencer, et naturellement il se présente à tous afin de n’en négliger aucun ; mais il perd ainsi un temps précieux et quelquefois même il passe ainsi plusieurs années dans une pénible et décourageante incertitude. Entre-t-il dans une bibliothèque, son embarras s’accroît encore, et il n’ose choisir un livre parmi tant de productions si diverses ; il sort de la bibliothèque comme il y était entré, et il ne sait de tant d’ouvrages que la reliure et le dos. Veut-il s’abonner à un journal, et c’est une grosse affaire que celle-là, d’autres difficultés se dressent : ce sont mille séductions et mille réclames, et il est bien difficile qu’il ne succombe pas aux charmes de quelque sirène du feuilleton. En un mot, notre nouveau venu fait cent faux pas et mille écoles dans un jour, et au terme des années qui lui sont accordées par sa famille pour obtenir son diplôme, il a dépensé son budget sans avoir complètement profité de toutes les richesses de l école.
Ce n’est pas qu’on ne puisse trouver quelques bonnes leçons, car nous avons sur ce sujet de précieux documents épars dans des Mémoires et dans des livres que nous devons à Cabanis, à Moreau de la Sarthe, à Platner, à Vordoni, à Vaidy et à M. Prunelle. Ce n’est pas non plus qu’on ne professe nulle part l’histoire de la médecine; on la professe toujours un peu, et il y a particulièrement à Montpellier un cours sur cette matière, parfaitement fait par M. le professeur agrégé Kuhnholtz. Mais tous ces cours n’ont pas de caractère officiel ; ils n’émanent pas directement de l’autorité; ils ne sont pas jiayés, et il en résulte qu ils ne sont en général ni goûtés, ni écoutés, ni fréquentés, parce qu’eu France nous ne trouvons de respect et de dévotion que pour ce qui porte 1 empreinte de l’autorité, que pour ce qui vient ou remonte au pouvoir.
Ainsi donc, tant que les chaires dont nous venons de parler ne seront pas légalement instituées et matériellement rétribuées, ce genre d’instruction languira et sera délaissé, et pourtant ces matières ont été professées autrefois avec éclat à Paris même par Lassus, Mahon, Thouret, H. Sue et Moreau de la Sarthe.
En attendant qu’on revienne sur ces lacunes, faisons l'inventaire des sciences médicales, et indiquons l'ordre qui doit présider à l’étude des diverses matières.
Il n’y a point de connaissance humaine qui ne puisse contribuer, soit de près, soit de loin, à éclairer l'horizon de la médecine.
Parmi ces connaissances, les unes appartiennent spécialement a la médecine et assurent définitivement la marche de ses progrès ; les autres sont ce que l’on nomme les sciences accessoires ou auxiliaires. Parmi ces sciences, les unes sont simplement préparatoires, les autres sont définitives ou absolues; les sciences préparatoires sont ou littéraires ou scientifiques. Les sciences définitives sont exclusivement scientifiques, elles constituent les sciences médicales proprement dites. Les sciences préparatoires sont, pour la partie littéraire, l’histoire générale et l'histoire politique; et, pour la partie scientifique, l’archéologie et l’histoire naturelle.
Sous le rapport de leur utilité, on peut diviser les sciences médicales en trois catégories, savoir : les sciences indispensables, les sciences nécessaires et les sciences accessoires; mais il faut reconnaître que ces divisions ou coupures sont assez arbitraires et que nous ne les indiquons que pour reposer l’attention et soulager l’esprit.
Nous rangeons parmi les sciences indispensables celles qui servent de bases à toutes les autres et qui sont comme la racine de la science médicale. Ce sont : la philosophie médicale, la pathologie générale, la nosologie générale, la nosologie interne et externe, l’anatomie générale, l’anatomie normale, l’anatomie pathologique; la thérapeutique générale, la thérapeutique spéciale, la pharmacologie, la pharmaceutique, la posologie, la chirurgie et l’art des accouchements. Nous rangeons parmi les sciences nécessaires l’hygiène générale, l’anatomie et la physiologie comparées; l’histoire delà médecine, la bibliographie et la biographie; enfin nous classons parmi les sciences accessoires la physique et la chimie médicales, la pharmacie et la botanique, auxquelles il faut ajouter l’hygiène publique, la médecine légale et la police médicale qui sont moins des sciences autonomes que des résultantes, que des constitutions scientifiques établies par des sciences appliquées.
Si nous cherchons maintenant à faire une appréciation raisonnée de ces trois catégories de sciences, nous verrons que les sciencesquenous appelons indispensables constituent réellement la substance de la science médicale, à tel point que sans elles il n’y a point de médecine, et que celui qui les ignorerait ne devrait jamais être investi du droit d exercer un art auquel il serait par le fait complètement étranger. Nous venons que les sciences dites nécessaires complètent l’instruction du médecin, mais
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quelles ne la constituent pas essentieUcinent ; ce qui n empêche pas que le praticien qui ne serait pas au courant de ces connaissances sentirait lui-même une grande lacune dans son instruction, quelle que soit d’ailleurs sa capacité, et verrait nécessairement et toujours son enseignement rester au-dessous de ses efforts et de son but. Nous reconnaîtrons enfin que les sciences accessoires doivent être considérées comme autant de lumières qui viennent jeter un nouveau jour sur les connaissances médicales proprement dites ; mais qu’il faut cependant savoir résister aux charmes de quelques unes et se défendre surtout de toute espèce d’engouement pour elles, car autrement on perdrait promptement de vue la science des maladies et l’art de les traiter, qui doivent toujours être l’objet principal et le but de tous les efforts du médecin.
Il y a du reste, sur ce point, un fait qui mérite encore d'étre signalé : c’estque les médecins quise livrentaux sciences accessoires inspirent en général dans le monde moins de conhance que les praticiens, et que certains confrères peu charitables manquent rarement dégrossir les inconvénients qui résultentdecette espèce de pléthore scientifique, afin d’ajouter encore à la méfiance et à l’éloignement du public pour les hommes modestes qui cultivent avec succès les sciences accessoires.
Telles sont les sciences qu’on doit étudier dans les livres ou apprendre dans les écoles de la parole même du maître. Elles sont toutes dune importance capitale; néanmoins elles resteraient au-dessous de leur enseignement , si elles n étaient en quelque sorte reprises, recommencées et vivifiées par l’exemple; c’est-à-dire, si d’autres maîtres ne venaient au ht du malade faire l’application de leur enseignement en nous montrant la nature aux prises avec le mal, en nous indiquant son langage, en nous parlant de ses souffrances, de ses écarts, de ses erreurs, et aussi de ses admirables effets médicateurs. C’est dire que toutes les sciences médicales resteraient évidemment au-dessous de leur but, sans l’instruction clinique qui les explique. Ainsi donc, sans la clinique, pas de médecine pratique, et par conséquent pas de médecine; caria médecine, en tant que science utile, n’existe réellement que par l’exercice de l'art, c’est-à-dire que par cette pratique réglée et intelligente qu’on ne peut acquérir qu au ht des malades, sous les yeux et sous la direction d’un bon professeur de clinique.
DES DIFFÉBENTES BHANCHES DE LA MÉDEC1KE.
Un donne le nom de clinique (xXcv»j, lit) à l’enseignement de la médecine fait au lit même du malade par un praticien. C’est à l’e'cole et aux cours théoriques que les élèves apprennent les généralités de la médecine et la science des maladies ; c’est à la clinique, c’est au lit des malades qu’ils apprennent à faire l’application de ces généralités et à traiter les maladies. On peut donc considérer la clinique comme la partie technique de la médecine. En effet, elle consiste plus en exercices qu’en préceptes, son véritable objet étant de faire connaître les procédés et les règles de l’art, et d’enseigner cet art sur le malade lui-même, ce qui fait que c’est grâce à son secours qu’en définitive l’élève acquiert ce que l’on nomme l’instruction pratique.
L’enseignement clinique a évidemment précédé l’enseignement théorique. En elfet, c’est d’abord au lit du malade que les remèdes ont été essayés; et l’on s’accorde à dire que les Grecs ont été nos premiers maîtres sous ce rapport : ils exposaient leurs malades dans les rues, dans les temples ou sur les places publiques, et chacun était appelé à donner son avis et à traiter les malades comme il l’entendait. Les Asclépiades firent longtemps cette médecine empirique et publique; et Hippocrate lui-même conduisait ses élèves chez les malades pour leur montrer la nature en action, et pour compléter et perfectionner leur éducation en confirmant au lit des malades les idées et les notions qu’il leur avait données dans ses leçons théoriques. Quoi qu’il en soit , l’enseignement clinique magistral ne date guère que du xvne siècle. Ce fut du moins à cette époque qu’il constitua l’art pragmatique; jusque-là il avait été* plutôt empirique que dogmatique.
L enseignement clinique passe généralement pour avoir été professé d abord à Leyde, en 1601, par Othon Heurnius: et peu de temps après, si ce n’est dans le même temps, à Utrecht, par Guillaume Slraton. Quoi qu’il en soit, nous devons reconnaître que ce fut François de Leboé Sylvius qui lui imprima, à Leyde, un caractère élevé, et que Sylvius mérite, sous ce rapport, d’être regardé comme le véritable fondateur de la clinique.
Après Sylvius, les médecins qui cultivèrent avec le plus d’éclat cette branche importante de l’enseignement furent d’abord Boerhaave, qui lui succéda à Leyde; puis Van-Swieten, de Haën, Storck, Sloll et Hildenbrand, à Vienne; Cullen, à Edimbourg; bouquet, à Montpellier; Desbois, de llochefort; Corvisart et
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Pinel, à Paris. Enfin, à la même époque, Desault créa à Paris la clinique chirurgicale.
Mais ne confondons pas l'enseignement clinique dans lequel la nature vivante donne elle-même ses leçons par la bouche d’un maître éclairé qui anime les résultats de l’expérience et qui les rattache à des principes élevés; ne confondons pas, disons-nous, cet enseignement pratique et vraiment philosophique avec ce froid et stérile enseignement que tant de médicastres bégayent d’un air capable, alors qu’ils ne savent ni les premiers mots delà science, ni la nomenclature des branches importantes qu’elle embrasse !
C’est à la clinique qu’on voit s'élever, du sein même de toutes les sciences médicales, la médecine, qui n’est pas, comme on l’a dit trop souvent, l’ensemble de toutes les autres sciences, mais qui constitue par elle-même une science absolue. C’est là que l’élève, guidé par Je maître, apprend à connaître tous les accidents de notre organisation, si frêle en apparence, et pourtant si puissante. C’est là qu’il la voit tour à tour calme ou furieuse, vagabonde ou réglée, et que, semblable à ces intrépides marins qui apprennent leur métier au milieu des tempêtes, il trouve, lui aussi, ses meilleures leçons dans la [tourmente des fonctions humaines. Enfin c’est à la clinique que l’élève saisit ces sublimes vérités de notre art, qui conduisirent Hippocrate à des conclusions admirables auxquelles les travaux de vingt générations n’ont presque rien ajouté.
C’est à la clinique aussi qu’on apprend l’art d’interroger les malades, de les examiner, de recueillir des notes, et avec ces notes de rédiger des observations. Dans ce but, le professeur de clinique appelle successivement leur attention et leur méditation sur la cause du mal ou de l'affection, sur les forces du malade, sur son tempérament et ses ressources vitales, sur les symptômes des maladies, la valeur de ces symptômes et la manière de les convertir en signes ; sur la puissance de la nature et ses ressources innombrables; sur l’influence des constitutions atmosphériques et médicales ; sur la pathogénésie, la valeur des indications et le choix à faire entre les différentes méthodes de traitement, méthodes naturelle, analytique ou empirique (divisions adoptéeset suivies par l’école de Montpellier); sur l’opportunité, le choix des remèdes et les règles diététiques ; et enfin sur l’anatomie pathologique, qui doit nous apprendre, non seulement comment on
nieurl à la suite de telle ou telle lésion, mais aussi, mais encore, et surtout comment, la nature aidant, on parvient à guérir, à soulager et à rendre plus supportables les affections même les plus graves.
Ainsi donc c’est à la clinique, au lit de la douleur, que l’on apprend à interroger et à examiner les malades, à reconnaître les symptômes, à les grouper suivant leurs rapports, leurs différences et leurs tendances; à les convertir en signes, à pronostiquer les événements heureux ou malheureux; à saisir l’opportunité et les indications thérapeutiques et à juger les méthodes thérapeutiques par leurs effets. Mais ce n’est point seulement à la clinique des pauvres ou des hôpitaux qu’on apprend toutes ces choses, c’est à la grande clinique de l'humanité tout entière, nous voulons dire à la clinique de tous, de toutes les classes et de toutes les professions : car on ne sait bien l’économie souffrante qu’autant qu’on l’a étudiée chez tous les individus qui la composent, c’est-à-dire chez l’artisan et chez le marin, chez l’homme de guerre et le citadin, chez le riche et chez le pauvre; en un mot, chez tout ce qui vit et souffre.
Du reste, pour profiter de toutes les leçons de la clinique , il faut être doué de certaines qualités , sans lesquelles il est complètement inutile de songer à devenir jamais médecin praticien. Il faut avoir d’abord l’amour de son art, un esprit droit, un jugement sain, une volonté constante, une mémoire heureuse et une grande patience. De plus, il faut avoir la faculté de fixer et d’appliquer longtemps son attention sur les sujets les plus abstraits. Enfin , il faut posséder le génie de l’observation, l'esprit de la réflexion et de la généralisation, et, avec eux, un tact fin et pénétrant qui, i comme un génie particulier, découvre tout, saisit tout et unit tout.
Le génie de l’observation est une faculté à l’aide de laquelle on parvient à suivre le cours accidentel des choses et l’enchaînement naturel ou heurté des événements qui constituent les grandes scènes de la vie.
L’esprit de réflexion est cette activité patiente de l’esprit , cette faculté de concentration et d’analyse intime qui nous fait descendre au fond des choses pour en creuser les difficultés et les détails, en saisir les rapports, les analogies et les différences, et tirer, au besoin, d’une seule idée, les autres idées qu’elle renferme et qui sont en quelque sorte cachées en elles.
C’est à la faveur de l’esprit de réflexion qu’on devient rnrlisun
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de sa propre fortune intellectuelle, le véritable auteur de ses pensées, et qu’on se distingue du vulgaire qui s'attache pur indolence ou par faiblesse aux idées qu’on lui jette sans se préoccuper de leur valeur et de leur portée.
Par l’esprit de généralisation, on entend la faculté de coordonner les faits, de les systématiser et d’en former des généralités ou des dogmes qui sont en dernière analyse les principes de nos principes. Celui qui possède cet esprit, jouit du privilège d'animer à sa volonté les résultats de l’observation, de vivifier tous les germes de la science, et, ce qui est encore plus rare, de penser en grand avec cette hauteur de vue et cette sage indépendance qui constituent le véritable apanage de l’esprit philosophique.
Le tact médical est une sorte d’instinct moral inné, un véritable don de la nature que ne peuvent produire ni la réflexion, ni l’expérience, ni l’étude. C’est une seconde vue très délicate qui aperçoit des choses qu’elle seule peut saisir, et qui trouve sans raisonnement et sans méthode des ressources qu'on ne saurait atteindre avec le raisonnement ou la méthode seulement. Enfin, c’est l’art de frapper juste et de réussir par inspiration.
Aiosi donc, génie de l’observation, esprit de réflexion et de généralisation, tact médical, voilà les facultés et les dons indispensables à celui qui aspire à l’honneur difficile d'ouvrir et de fermer à volonté le livre savant de la nature vivante et de comprendre son langage. Et c’est en vain qu’on posséderait mille autres facultés. On ne serait encore qu’un artiste médiocre si I on était déshérité des facultés précieuses que nous venons d énumérer, car il ne suffit pas de commenter des lieux communs au lit du malade et de tourmenter par l’analyse numérique quelques symptômes violents sur lesquels on secoue de grosses vérités passées à l’état chronique de notoriété. Mais il faut faire table rase de toute cette logomachie de théorie muette et cadavéreuse, et s’élever par la pensée jusqu’à la raison des choses, jusqu’à la connaissance de leurs principes et de leur but.
DE L’ORDRE A SUIVRE DANS l’ÉTUDE DES SCIENCES MÉDICALES (1).
Les premiers livres que l’étudiant en médecine doit méditer
(i) Il est bien entendu qu’on modifiera ce plan d’étude en raison de l’ordre de succession imposé par 1 université aux examens des élèves.
sont d’abord les ouvrages de méthodologie, de bibliographie et de pathologie générale. Ils lui donneront la première teinture de ses obligations et de ses devoirs, et ils lui feront connaître le sujet, l’objet et le but de la médecine, son esprit, ses principes, ses dogmes, l’immensité de son horizon, la nature des rapports nombreux autant que variés qu’elle entretient avec toutes les autres sciences; les difficultés quelle présente, les sacrifices qu’elle impose, la compensation quelle réserve, et enfin l’instruction, les talents et les qualités qu elle exige de la paî t de ceux qui se dévouent à son culte. En un mot, c’est avec les notions qu’il puisera dans ces premiers volumes qu’il se fera en quelque sorte un régime pour le travail.
L’élève fera marcher de front l’étude de l’histoire naturelle, de la physique et de la chimie, et pendant qu’il s’instruira dans chacune de ces matières en suivant des cours et en lisant de bons ouvrages, il s’exercera souvent dans une pharmacie aux manipulations du laboratoire et de l’officine. Il échappera de la sorte à l’écueil trop fréquent de formuler plus tard des ordonnances inexécutables, ce qui lui vaudrait les sarcasmes des pharmaciens auxquels trop de médecins donnent chaque jour le droit de rire à leurs dépens , et de plaisanter à propos sur le compte de leur débile instruction.
Enfin, pendant cette première année l’élève suivra attentivement les cours d’anatomie et de physiologie. Il fréquentera assidûment les amphithéâtres et les salles de dissection, où il s’exercera à tous les genres de dissection, puis il doublera ses connaissances en consultant ses livres et en revoyant sur des planches, et mieux encore sur des pièces sèches naturelles ou artificielles, les parties qu’il aura déjà touchées ou disséquées dans les amphithéâtres. Il ne saurait mieux faire, dans ce but, que de recommencer en quelque sorte son anatomie sur les mannequins vivants du docteur Auzoux.
La seconde année appartient à l’étude approfondie de l’anatomie et de la physiologie normales et pathologiques, mais l’élève aura grand soin de se tenir au courant des connaissances acquises pendant la première année. Ce sera moins dans les livres, sur les planches, sur les pièces sèches ou sur les mannequins, que sur le vivant et sur le cadavre qu’il devra étudier le mécanisme et le jeu de l’organisation. Il fera de l’anatomie et de la physiologie comparée, il étudiera fart d’appliquer les bandages et les appa-
refis, c;t de pratiquer les peiites opérations; en un mot il fera ce qu’on appelle de la petite chirurgie.
Pendant la troisième année, l’élève s’appliquera spécialement à l’étude de la nosologie interne et externe. Jl préparera des pièces anatomiques, il s’exercera sur le cadavre à la pratique des grandes opérations chirurgicales, et il se livrera à l’art des accouchements. C’est aussi durant cette année qu’il étudiera l'hvgiène, la médecine légale, la police médicale, la thérapeutique générale, la pharmacie, la pharmacologie, la pharmaceutique et la posologie.
La quatrième année appartient particulièrement aux cliniques et aux matières qui constituent le haut enseignement, à savoir : à l’élude de la philosophie médicale, de l’histoire de la médecine et de la biographie. Pendant cette dernière année, hélas! trop courte de plusieurs autres années, l’élève analysera et méditera les ouvrages originaux de nos grands maîtres, nos modèles éternels. Il reviendra en quelque sorte sur le passé de ses études, et, à la veille d’entamer pour son compte l’exercice si difficile de la pratique libre, il rectifiera et fortifiera sous les yeux du maître les notions qu’il aura puisées dans l’enseignement oral et dans les livres des meilleurs auteurs. Il fera en quelque sorte l’essai de ses forces, il pensera tout haut, il agira devant ses condisciples et devant ses maîtres. Il exposera et défendra au besoin ses théories, ses principes et ses méthodes. Il rendra compte des motifs qui l’entraînent, de ceux qui l’arrêtent et des obstacles qui l’embarrassent. En un mot, il mettra sa science et son art au grand jour, en les faisant réellement passer dans les faits et descendre dans les événements. Il répétera ses manipulations, ses exercices et ses opérations, et insistera surtout sur celles qui sont moins familières ou qui lui paraissent moins faciles. Enfin, il revisera, pour ainsi dire, toute son éducation médicale et chirurgicale ; il donnera à ses professeurs l’inventaire de ses connaissances acquises, et il organisera pour lui-même sa conscience et sa religion médicale.
Tel est l’emploi le plus méthodique que l’élève en médecine puisse faire du temps si précieux et si fugitif des quatre premières années consacrées par le règlement universitaire à l’étude si vaste et si difficile de la médecine. Mais pendant tout le cours de ses travaux, depuis le premier jour jusqu'au dernier, il ira chaque matin chercher une sorte d’expérience anticipée aux sources
• si fécondés, abondamment ouvertes aux cliniques de toute esipèce, aux cliniques médicales et chirurgicales, aux cliniques des
• enfants, des femmes, des vieillards et à toutes celles qui ont pour i objet ce qu’on appelle les spécialités, savoir: les maladies des yeux,
les maladies de la peau, les affections vénériennes, etc., etc.
. L'élève s’attachera d'abord aux cliniques chirurgicales, attendu que celui qui a une notion exacte des affections externes possède i déjà une bonne teinture des affections internes. On nous objec- I tera peut-être, et non sans quelque raison, que l’élève de prej mière année ne saurait comprendre tout d’abord la parole pro- ! fonde du professeur de clinique, parce qu’il manque de certaines notions théoriques indispensables pour saisir tout ce qu’il y a d’élevé dans cet enseignement! A cela nous répondrons que ces difficultés s’usent d’elles-mémes par la fréquentation assidue des hôpitaux; et, d’autre part, que l’élève peut trouver auprès de ceux qui l’ont précédé dans la carrière des renseignements suffi : sants pour obvier à cet embarras, qui se dissipera naturellement dès que l’étudiant en médecine, après s’être un peu dégrossi en feuilletant de bons dictionnaires des termes de médecine, aura senti la nécessité de s’associer à ses condisciples et d’organiser avec eux des conférences, c’est-à-dire un véritable enseignement mutuel.
D’ailleurs , il y a un moyen bien simple de rendre cette première initiation très facile aux élèves : c’est de les classer par divisions, et d’imprimer à l’enseignement général une direction uniforme progressive et méthodique. On pourrait, dans ce but, former trois classes d’élèves destinés à suivre les cliniques? Ceux de la première classe seraient exercés simplement à observer les phénomènes les plus apparents des maladies , ceux dont le mode de succession et de terminaison offrent la marche la plus régulière et la plus constante; ils s’appliqueraient en même temps à se faire une idée exacte de l’état morbide, et pour cela ils chercheraient cà distinguer les véritables principes de cet état, et à reconnaître comment ces divers éléments finissent par donner lieu à des affections de plus en plus composées.
Les élèves de seconde année s’attacheraient à étudier à fond l’état des causes morbifiques sur l’économie, et à distinguer entre tous les phénomènes auxquels ces causes donnent lieu ceux qui expriment l’état de l’économie affectée passivement, et ceux qui dénotent, au contraire, l’effort de la nature réagissant aclive-
nient et utilement contre la cause morbifique ou contre le mal occasionné par elle. Ils s’appliqueraient surtout à mettre en pratique l’analyse philosophique, avec le secours de laquelle ils apprendront promptement à faire la part des véritables états morbifiques élémentaires, et celle des formes symptomatiques (iui les masquent, et des complications variées qui les enveloppent, ce qui les conduirait au point essentiel, au but final de toute recherche, à l’indication thérapeutique. Du reste, pour atteindre ce but, ils devraient s’attacher moins à saisir tel ou tel symptôme isolé qu’à découvrir la raison ou le but de tel ou tel groupé de symptômes; et, pour y parvenir, ils feraient beaucoup moins attention à la prédominance ou à l’extravagance des svinptômes, si l’on peut s’exprimer ainsi, qu’à leur durée ou à leur persistance; beaucoup moins à leur simultanéité d’action qu'à leur succession progressive; beaucoup moins enfin à leur forme extérieure ou à leur physionomie qu’à leur nature propre, spéciale ou spécifique, qui est, en définitive, la source de leur véritable indication thérapeutique.
Enfin les élèves de troisième année passeraient de lobservation muette des maladies à l’interprétation théorique des faits nombreux qui la composent, c’est-à-dire à la svstématisation logique et philosophique, qui consiste dans l’art très délicat de réduire les faits en principes, de formuler ces principes, et d’établir sur eux et avec eux la véritable théorie, qui n’est, en définitive, que la généralisation des observations expérimentalement coordonnées à la faveur du principe qui les explique.
Pour atteindre ce but, ils étudieront les désordres de l’action vitale ou organique, et les modifications que les movens thérapeutiques impriment à ces états morbides des liquides ou des solides. Et, comme chacun de ces désordres peut encore en provoquer un autre ou plusieurs autres plus dangereux que les premiers, ils s’appliqueront à suivre la chaîne de ces désordres, afin de porter successivement remède à chacun d’eux , suivant les règles de l’occasion ou de l’opportunité. Ils compléteront leur oeuvre en remontant méthodiquement, par une analyse sévère, des phénomènes les plus simples aux phénomènes composés; des phénomènes composés aux phénomènes compliqués; de ceux-ci à la détermination et à la collection des symptômes; de la détermination et de la collection des symptômes à leur interprétation , c’est-à-dire à l’établissement synthétique des signes; de l’établis-
BIBLIOTHÈQUE DE l’ÉTUDIANT EN MÉDECINE. 83
sement des signes à la connaissance de la modification organique, vitale, fonctionnelle ou pathologique qu’ils indiquent; de cette modification à la cause spéciale ou spécifique qui l’a déterminée; de cette notion de la cause à la notion de la puissance vitale médicatrice particulière à l’individu malade; et enfin de toutes ces connaissances réunies , les unes relatives à la cause morbifique et à ses effets , les autres relatives à l’organisme réagissant et à ses efforts, à la détermination clinique et expérimentale des moyens thérapeutiques généraux ou locaux qu’il faut employer.