BIBLIOTHÈQUE DE L’ÉTUDIANT EN MÉDECINE ET DU MÉDECIN PRATICIEN
Le me'deciu le plus occupé est un médecin dangereux, s’il ne lit pas. (Zimmermann.)
Il nous a paru convenable de donner ici la liste des mémoires, des journaux et des livres qui doivent composer la bibliothèque de l’étudiant et du jeune médecin ; mais notre programme ne sera pas long, d’abord parce qu'il y a peu de bons livres, et ensuite parce que nous croyons qu’il 11e faut pas surcharger l’esprit, et qu’en fait d’aliments, ceux de la pensée, comme ceux du corps, demandent à être choisis. Puis, ajoutons, sans être cependant bien médisant, que vouloir parler des ouvrages de certains médecins, très fameux à leurs propres yeux, ce serait tout simplement vouloir traiter de la postérité des eunuques. Et pourtant il est con-s stant que celui qui se targue d’étre un homme de science sans jamais avoir écrit sur la science, n’a encore rien fait à cet égard de péremptoire et de décisif pour sa propre réputation, le savoir et le mérite véritable ne se révélant que par la portée de la conception et par la puissance de l’exécution littéraire. Quelle différence, en effet, entre le savoir dire et le savoir écrire! Cherchez, et vous reconnaîtrez que sur mille individus, tous à peu près savent causer ou deviser, tandis que vous n’en trouverez peut-être pas un qui sache écrire correctement et savamment. C’est que pour peindre un certain ordre d’idées, même les plus simples, pour le faire jaillir et le développer par écrit, il faut, en quelque sorte, le savoir dix fois; tandis que pour en causer, pour en niaiser tout haut ou tout bas, même avec esprit, il suffit de le savoir à peine ou de le sentir un peu. Jugez donc des difficultés qui surgissent, et îles conditions qu’il faut remplir pour coordonner des séries d’idées, pour les systématiser et les généraliser en res-
MI.THODOLOGIK.
pectant et la lettre, et l’esprit, et la loi philosophique, lit le public le sait bien, car il classe l’auteur du plus mince opuscule audessus de l’homme, quel qu’il soit, qui n’a rien produit. Et le public a raison; il est sûr du moins qu’un auteur sait quelque chose et qu’il est susceptible d’application, tandis qu’il n’a sur la valeur de celui qui n’a rien écrit que des données fugitives et sans consistance. Voyez encore avec quel souci, quel embarras, et souvent avec quelle pesante et stérile lenteur, des hommes, d’ailleurs d’un esprit aimable et prompt, parviennent à rédiger quelques lignes d’avis, combien ils suent pour faire un simple rapport, pour coudre ensemble ou pourajuster littéraireinentquelques phrases tremblantes et souvent inintelligibles, qui avortent en un chétif mémoire de deux ou trois cents pages. Yovez combien d’autres sont impuissants ou maladroits alors qu’il ne s’agit que de jeter quelque animation dans un simple billet, dans une de ces choses du moment qui portent les cris du cœur ou ses confidences. Cherchez, et vous verrez s'il est donc si facile de mettre h volonté du noir sur du blanc, comme le disent et le répètent naïvement tant, de gens qui ne sont ni blancs, ni noirs, ni transparents! Néanmoins abstenez-vous prudemment de produire ou trop tôt, ou trop vite. Et attachez-vous toujours à ne laisser paraître sous voire nom que îles choses utiles ou bonnes. Sachez lire surtout avant de produire, et avant de lire, sachez choisir, car vous serez jugés bien des fois sur le simple inventaire de votre bibliothèque, et l’on dira de vous: — Je sais ce que vous êtes et ce que vous valez, car je sais ce que vous lisez et ce que vous goûtez. — Maintenant, après vous avoir exhortés à vous défier des gens qui écrivent mal ou pas du tout, nous devons également vous prémunir contre l’intempérance de ceux qui ont la démangeaison d’écrire trop vite et à tout propos, car il n’y a pas moins d’écueils à éviter de ce côté que de l’autre. Puis, à la foule qui observe tout, et qui s’étonne de rencontrer tant de mauvais ouvrages, nous lui répéterons avec notre savant confrère et ami, le docteur Munaret : « Savez-vous pourquoi le catalogue de tel libraire est comme la liste nécrologique de tant de progénitures acéphales, malingres, avortées? C’est que leurs parents se sont trop pressés de jouir et de procréer; c’est qu’il faut la virilité de l’expérience pour se faire imprimer. »
Ce qui ressort de tout ce que nous venons de dire, c’est qu’il faut s’attacher à faire un petit choix et un bon choix de livres