‹ Traité de la science médicaleChapitre 34 sur 106 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

DR LA PHILOSOPHIE EN GÉNÉRAL. — DE LA MÉTHODE QUI DOIT PRÉSIDER A LA RECHERCHE, A LA VÉRIFICATION ET A LA DÉMONSTRATION DE LA VÉ- RITÉ.— APPLICATION DE CETTE MÉTHODE A LA MÉDECINE. — DÉFINITION ET OBJET DE I.A PHILOSOPI1IE MÉDICALE.

L’application de la méthode de vérification scientifique a la médecine a rationalisé celte science. Elle la dégagée des égarements du philosopliisme , des entraves du seplicisnie, des dungeis de l\ mpirisme , et l’a ainsi placée sur la voie des sciences physiques. (GOLFlN.)

La philosophie est la science des faits et de leurs rapports. Elle a pour objet de connaître la vérité en toute chose et d’en chercher l'explication. Elle répond à trois sujets différents : Dieu , l’univers et 1 homme.

Dans le principe, la philosophie embrassait toutes les connaissances humaines, et elle était en quelque sorte l’ensemble de tontes les sciences. Aujourd’hui elle est simplement la science qui indique les méthodes propres à acquérir des principes et à conquérir des idées dans les différents ordres de faits de la nature qu’une sage prévoyance a répartis de telle sorte, que l’étude de 1 univers matériel appartient à la physique et à la chimie , 1 étude de Dieu à la théodicée et à la théologie , l’étude de l’homme à la médecine. Mais il n’y a point de science, à proprement parler, dans des faits isolés et dans des collections éparses. Il faut à ces faits et à ces observations, pour les faire passer à l’état de science, quelque chose qui les anime, qui les vivifie , qui leur serve de base et de soutien ; en un mot , il leur faut un principe dirigé par une méthode. Eh bien, la philosophie est la science des méthodes, et par conséquent la source réelle des autres sciences. Cest elle qui a donné ce caractère à la physique et à la chimie en posant 1 attraction et 1 affinité comme des principes et en indiquant les lois de ces principes ; c’est elle qui a fait une science de la médecine en formulant le grand fait de la force vitale et les lois de la vie.

hes sciences et les arts ont chacun leur philosophie, car tout se fait dans I univers en vertu de certains principes et de certaines

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lois, el découvrir ces principes et ces lois à l’aide des méthodes, c’est faire de lu philosophie. Le médecin, l’architecte, le peintre et même l’ouvrier agissent chacun en ce qui les concerne, d’après une méthode et des règles imposées par un principe qui est en quelque sorte le génie de leur œuvre et qui en constitue la théorie. Or, cette théorie est la science et le mobile de leur pratique , et elle prend le nom de philosophie de l'art , lorsqu’elle s’applique à des choses d’un ordre très élevé. En résumé, la certitude est le but suprême de la philosophie , et la sagesse est le propre du philosophe. Il ne voit pas par les yeux des autres, mais parles yeux de son esprit. Il ne se soumet point sans examen au joug des écoles, mais il cède seulement aux convictions qui naissent de l’évidence. Enfin, il oppose sa raison à l’usage, et sa conscience à l’opinion.

Le propre de la philosophie est d’indiquer les procédés logiques à l’aide desquels on peut en tout ordre de choses acquérir des idées justes. La philosophie fait connaître ensuite, sous forme de résumé dogmatique, les vérités conquises et formulées à la faveur de la vraie méthode de raisonner. La philosophie pose en principe qu’en toute constitution scientifique il faut grouper les faits par leurs rapports naturels en les rattachant à une cause qui doit être le produit de l’analyse et de la synthèse, le résultat logique du raisonnement et l’expression abrégée des conséquences déduites. Elle ajoute qu’une science est exacte : 1° lorsque tous les faits qui la constituent peuvent se rapporter à un principe; 2° lorsque ce principe explique tous les faits ; 3° lorsque avec un nom logiquement donné à ce principe, on peut , comme en mathématique, dégager des inconnues et formuler des lois.

Ainsi donc la découverte et l’admission d’un principe sont indispensables pour poser, coordonner et généraliser les faits et fonder une doctrine ou une science. En effet , sans un principe, point de généralisation ;sans généralisation, pas de science; sans science, pas d art, et, par conséquent, pas de pratique véritable, mais seulement des tâtonnements et des routines. Du reste, la nécessité des principes généraux a toujours été si bien sentie par les philosophes, qu à défaut de vrais principes, ils en ont imaginé de fictifs, créant ainsi îles hypothèses pour expliquer les laits dont les mobiles leur échappaient. Mais, telle est la loi, et elle est inexorable: il faut, en toute chose, essuver 1 erreur avant d ar-

rivera la découverte de la vérité ; et il est évident qu’il y a une joule de sottises que nous répéterions, encore aujourd'hui, si elles il avaient déjà été dites par nos devanciers et condamnées par les écoles qui ont pour office d’épurer, de châtier et de discipliner les idées. Or, si l’on veut bien se rappeler que cette critique publique existe depuis plus de deux mille ans, on reconnaîtra que nous devons être mieux éclairés que nos prédécesseurs, et, par conséquent, qu’un bon esprit de notre siècle est, comme 1 a fort Lien dit de Fontenelle, un esprit composé de tous les bons esprits des siècles précédents.

On désigne, sous le nom d’époque philosophique, un laps de temps durant lequel toutes les théories et les systèmes qui apparaissent présentent un caractère général et comme une physionomie propre qui tiennent à une idée ou à un principe qui régnent despotiquement et qui impriment leur expression à tout ce qui surgit pendant leur durée. Chaque époque philosophique a pour origine 1 avènement ou le triomphe d’un principe quelconque généralement adopté. On compte trois grandes époques philosophiques principales, savoir : l’époque de l’observation muette, l’époque des hypothèses, et l’époque de 1 induction ou de la recherche des causes expérimentales. En tout ordre de faits, il y a trois choses à acquérir : 1° la connaissance des phénomènes; 2° la connaissance de la cause de ces phénomènes ; 3° la connaissance de la loi qui les gouverne. On acquiert toutes ces connaissances à la faveur d’une bonne méthode. On donne le nom de méthodes à des moyens artificiels que l’esprit emploie pour arriver à la découverte, à la généralisation et à la vérification des faits et à la démonstration de la vérité. Elles ont pour but de concilier l’économie du temps avec l’exigence du travail, et elles sont, en dernier résultat, comme l’échelle et le soutien de l’intelligence. G est ce qui a déterminé Bacon à désigner, comme un organe, organum, la méthode philosophique considérée dans son ensemble; et, effectivement, selon la remarque de Laromiguière, on peut la regarder comme un instrument qui fonctionne par rapport à l’intelligence, comme les sens fonctionnent par rapport au corps. On rapporte à trois méthodes les procédés logiques que l’intelligence emploie pour arriver à la découverte de la vérité : ce sont la méthode religieuse, la méthode hypothétique et la méthode scientifique. La méthode religieuse a pour principe , la révélation, la tradition, l’autorité religieuse et

METHODOI.OGIK.

la loi. La méthode hypothétique, appelée par Bacon, aniicipatio nalura, est l'œuvra même de l’hvpothèae. Elle érige en principe une hypothèse quelconque , une idée préconçue par sentiment, par aspiration ou par émotion; puis, de cette première hypothèse, qui pose en 'fait ce qui n’est encore qu’en question, elle descend à l’énumération et à la systématisation des faits secondaires qu’elle s’efforce de lier par leurs analogies les plus frappantes , afin de formuler par eux la valeur inconnue exposée dans l’énonciation du problème et contenue dans l’hypothèse. Celte méthode a été suivie par Thalès, Platon, Aristote, Epictète, Descartes. Elle est infidèle et dangereuse sous beaucoup de rapports. La troisième méthode est la méthode expérimentale ou scientifique. Elle consiste à n’admettre comme principe que ce qui est avéré ou démontré par l’observation, l’expérience, le raisonnement ou la conscience. Elle recommande de procéder analytiquement du simple au composé, du composé au compliqué, et de s’élever prudemment des phénomènes aux forces, des forces aux lois, des lois aux causes générales, et de ces causes générales à la cause première fondamentale et absolue, qui est le commencement et la fin de tous les phénomènes qui , ainsi coordonnés et rétablis par la synthèse , constituent la science véritable appuvée sur ses bases inébranlables.

En général, on attribue à Bacon de Vérulam la découverte ou la création de la méthode analytique, perfectionnée depuis par Locke et par Condillac. Mais c’est une erreur, car cette méthode appartient à Hippocrate. Oui, c’est au père de la médecine que la science des idées doit sa théorie, ses procédés, ses méthodes; en un mot, sa philosophie tout entière. Voilà du reste la part qui revient à chacun : Hippocrate a indiqué le principe et le moyen ; Platon et Aristote ont formulé les règles; Bacon a tracé la méthode; et enfin Locke et Condillac ont appliqué et vulgarisé celte méthode, qui est devenue, par ses propres avantages, la méthode scientifique par excellence. Ainsi donc, pour être juste, on doit reconnaître que la méthode de Bacon et de Descartes n’est qu’une heureuse application de la grande leçon donnée par Hippocrate et comme l’éclatante confirmation de sa haute philosophie. Tout observateur philosophe, en appliquant son attention à un ordre de faits, se propose nécessairement de connaître les phénomènes propres à cet ordre de faits, de découvrir la cause qui les produit, d’en indiquer la loi, d’en donner la formulé et la raison. Il a

recours dons ce but à la méthode scientifique, enseignée par la logique, qui est la collection des règles propres à diriger l’intelligence et l’attention dans la recherche et la démonstration de la vérité. On peut établir en principe qu’il y a deux sortes d’obserrations : l’observation muette et l’observation active.

Far l’observation muette, on se contente de suivre, d'observer et de constater les faits ; par l’observation active, on cherche à se rendre compte de la cause de la loi et du but de ces faits. Quand on a observé les faits et que l’on veut savoir ce qu’ils contiennent et à quoi ils aboutissent, on a recours à la méthode scientifique que Bacon a surnommée avec raison 1 interprétation de la nature , et l’on emploie successivement l’analyse, la synthèse, l’induction et la déduction, cpii est comme la contre-épreuve de l’induction. Par l’analyse on dissèque les faits , si l’on peut s’exprimer ainsi ; par la synthèse on reconstitue les faits que l’on a divisés; par l’induction on tire de ces faits patiemment observés les principes et les lois générales qu’ils contiennent. Enfin , par la déduction, on contrôle toutes ces épreuves et l’on met le dernier sceau à ses découvertes. Cette progression graduée doit être rigoureuse; en effet, si l’on débute par l’induction avant d’avoir suffisamment observé, on se perd dans des hypothèses ou des affirmations aventureuses. Et d’autre part, si l’on s’en tient à l’observation muette et passive des faits sans remonter à leurs causes et à leurs lois, sans essayer de les généraliser et de les systématiser à la faveur du principe qui les anime, on reste au-dessous de la raison philosophique qui seule féconde les faits et leur assigne leur portée et leur véritable valeur. L analyse a pour objet de décomposer en leurs divers éléments les différentes parties d’un tout , phénomène, fait ou discours. Le propre de la synthèse , au contraire, est de reconstituer ce tout et d’en présenter l’ensemble. Par l’analyse on juge mieux les détails ; par la synthèse on connaît mieux l’ensemble. Il faut cependant que l’analyse ne soit ni trop étroite, ni trop vaste : dans le premier cas, elle éclaire imparfaitement l’esprit; dans le second, elle l’embarrasse. L’écueil de la synthèse est la précipitation. En résumé , l’analyse et la synthèse forment une seule et même méthode, ou, pour mieux dire, ce sont deux procédés ou deux moyens de la même méthode : par l’analyse on remonte du particulier au général ; par la synthèse on descend du général au particulier. Enfin , dans la re cherche de la vérité, on commence par l’analyse et l’on finit par

METHODOLOGIE.

la synthèse. Dans la démonstration de la vérité on commence, an contraire, par la synthèse et 1 on termine par l’analyse.

Par l’induction on remonte des phénomènes aux causes, des causes aux lois, et des lois au principe de ces phénomènes, de ces causes et de ces lois. L’induction se développe par trois movens différents, par l’abstraction, la généralisation et la classification. Par l’abstraction, nous isolons les unes des autres, pour les mieux étudier, les qualités inhérentes à un même sujet ou à un même objet. Le mot abstraction se dit à la fois de la faculté d’abstraire , de son exercice et de son produit. C’est une erreur de croire que le mot abstraction est synonyme de difficulté. Rien, au contraire, n’est plus facile à comprendre que ce qui est abstrait. En effet, on embrasse plus facilement telle ou telle qualité d’un objet que cet objet même dans son ensemble, et , en général , plus une idée est abstraite ou séparée des idées qui la surcomposent , plus elle est claire et facile à saisir. Disons mieux, les sciences ne reposent en définitive que sur des abstractions , et elles ne font même qu'abstraire de la nature universelle un certain ordre de faits. Ainsi la géométrie abstrait l’étendue, la physique abstrait le corps, la métaphysique abstrait les forces; et une science qui ne serait pas abstraite serait universelle, et constituerait par conséquent la science même de Dieu.

La généralisation est un procédé par lequel nous étendons à toute une classe de phénomènes ou de faits une notion abstraite qui leur est commune et qui les domine. C’est sur la généralisation que reposent les sciences, et à un tel point, que, sans elle, il n’y a point de sciences proprement dites, mais seulement des amas de faits, des collections d’observations. C’est la généralisation qui anime les faits et qui les vivifie en les rattachant à une loi ; et cette loi à un principe, à une volonté, à un ordre préétabli. La généralisation engendre la classification qui nous fait remonter méthodiquement des individus aux variétés , des variétés aux espèces, des espèces aux genres, et, en dernier ressort, des genres aux classes, qui embrassent les genres, les espèces, les variétés et les individus. Le grand avantage des classifications est de soulager la mémoire et d’économiser le temps en limitant le nombre des choses et en les groupant sous des chefs principaux. La déduction est la contre-épreuve de l'induction. Elle consiste à descendre d’une notion générale ou abstraite, c’est-à-dire d'un principe dûment établi aux notions particulières qui y sont con-

tenues. Elle tire successivement d’un premier fait ou d’une première conséquence plusieurs autres faits ou plusieurs conséquences; enfin, elle complète ainsi par une sorte de vérification le travail de I induction. Tels sont les premiers principes de la philosophie; nous avons cru devoir vous les rappeler, parce qu’ils sont lame de toutes les constitutions scientifiques , et qu’on ne saurait établir une science sans les mettre en pratique.

Si maintenant nous voulons savoir quelle est la méthode philosophique qui doit présider à la recherche , à la vérification et à la démonstration des vérités médicales, nous reconnaîtrons que cette méthode est exactement celle que nous venons d’exposer, c’est-à-dire la méthode scientifique vulgarisée par Bacon , et qui appartient de fait et de droit à Hippocrate , son fondateur. Ainsi donc faire de la philosophie médicale, c’est appliquer à la médecine les lois de la philosophie générale; c’est apporter dans son étude les pfincipes et les règles qui la dominent. Enfin, c’est unir les faits vitaux et leurs rapports d’après les termes et les enseignements de la logique et de la méthode inductive et expérimentale. La philosophie médicale, rigoureusement définie, est la science qui préside à ce travail et qui en résulte. Quel est le but de la philosophie médicale? La philosophie médicale a pour but défaire connaître la méthode à suivre pour arriver à la découverte des principes les plus élevés de la médecine considérée comme science et comme art, et d’exposer ensuite les vérités générales et fondamentales conquises à la faveur de cette méthode; vérités qu’elle systématise dans une large synthèse qui est l’expression de la science médicale et qui constitue cette science de dernière main que Bacon appelait p/iilosophia secunda , sive scientia, et qui doit, selon lui, former, en tout ordre de connaissances, un corps de principes d’une évidence incontestable et d’une vérité pratique. Maintenant connaît-on bien dans les écoles la vraie méthode philosophique, ou du moins en fait-on rigoureusement, religieusement l’application aux sciences médicales? Malheureusement, non; et c est une grande faute, car en procédant à 1 aide de méthodes différentes, on aboutit inévitablement à des conséquences et à des conclusions opposées. Bien plus, il arrive encore qu à défaut cl une méthode philosophique et surtout unitaire, chaque professeur a sa manière, ses procédés, son système, son langage, et que ses idées, ses opinions, ses classifications, et jusqu aux dénominations qu’il emploie, diffèrent essen-

Bellement de celles de ses collègues <|iii professent dans la même école et qui traitent le même sujet! Or, jugez de rembarras d’un malheureux élève qui tombe dans une pareille Babel!... On préviendrait tous ces abus et leurs fatales conséquences en astreignant tous les professeurs d’une école à vivre de la même vie scientifique et à coordonner leur enseignement d’après les principes discutés en commun, arrêtés en conseil, et réunis comme dogmes en corps de doctrine, pour être enseignés ensuite par la Faculté tout entière. On aurait ainsi , et à celte condition seulement, une véritable école, tandis que nous n avons guère que des Facultés qui ont la faculté de.ne pas faire école. Nous devons faire une exception cependant en faveur de l’école de Montpellier, et c’est précisément cette exception parfaitement reconnue qui a placé si haut cette école célèbre vraiment digne de ce nom. En effet, il y a toujours eu unité de principes, unité de vues, unité de but et unité d’enseignement entre tous les professeurs, alors que les habitudes et le langage des autres maîtres rappelaient encore, comme aujourd’hui, le chaos et la confusion. Selon le professeur Golfin, à Montpellier, on constate les lois générales ou les rapports nécessaires qui découlent de la nature des choses ou des faits primitifs, et l’on emploie dans ce but la méthode mixte préconisée en médecine par Barthez. Elle consiste à fonder le dogme en médecine sur l’analyse et sur la synthèse des observations, c’est-à-dire sur des séparations de faits qui sont liés entre eux et. qui doivent être distingués, et sur des résultats qu’on forme de faits séparés et qui sont analogues. Mais laissons parler le savant professeur ; personne ne saurait donner, en de meilleurs termes, une idée et plus haute et plus juste de l’école à laquelle il appartient. «Notre doctrine, dit-il, est l’union systématique, légitime et harmonieuse de l’ensemble des faits médicaux opérée d’après les règles de la philosophie expérimentale. Elle a pour fondement la cause de la vie, quelle qu’elle soit, et pour règles une méthode dont l’esprit est tout expérimental , parce qu elle ne dépasse jamais les limites que les sens et la raison lui ont prescrites. Elle se distingue des autres doctrines, plus ou moins incomplètes, soit par leur caractère d’exclusion, soit par l'hétérogénéitédeleurs principes, en ce qu'elle est remarquable par l’unité de sa base et la concordance de ses dogmes qui sont puisés dans la véritable interprétation de la nature; et l’on sait que l’unité d’une doctrine est le principe de sa bonté, de son excellence et de

son succès. Elle suffit à toutes les exigences d’un esprit méditatif et juste, et elle est, dans son application a la pratique médicale, le guide le plus assuré que l’on puisse invoquer dans l’état actuel de la science. En effet, la méthode expérimentale qu’elle met sans cesse en exercice repose sur ce solide appui de l’observation , de l’expérience et du raisonnement le plus direct et le plus sévère, doit toutes les vérités de fait découlent. Elle répète sans cesse que l’on ne doit s’élever à des assertions générales qu’après avoir rassemblé, comparé et combiné le plus grand nombre de faits possibles; que l’on ne doit jamais pénétrer jusqu’à l’essence des choses ; qu'on ne doit jamais s’occuper que des liaisons, des rapports des phénomènes ou de leurs lois; c’est par elle qu'on remonte des phénomènes aux causes. On n’y emploie enfin les termes abstraits de forces, de principes, de facultés, que comme des formules génériques à l’aide desquelles on classe les divers faits pour en mieux saisir l’ensemble et les rapports. » En se pénétrant profondément des principes que nous venons d’exposer dans ce chapitre, on recueillera un double avantage : d’abord on se fera en médecine des idées justes et vraiment philosophiques; puis on deviendra, en quelque sorte, l’arbitre de ses propres pensées et de celles des autres , en les soumettant comme à un contrôle sans appel aux procédés de vérification scientifique enseignés par la méthode expérimentale et philosophique.

Si nous appliquons à la médecine théorique la méthode que nous venons d’exposer, nous arriverons à constater qu’entre tous les faits qui composent la science médicale, il n’y en a pas de plus général et de plus élevé que le fait même de la vie, qui domine tous les autres. Nous reconnaîtrons qu’il est réellement le dernier terme auquel l’esprit humain puisse aspirer, et que ces mots, force vitale, forces nerveuse, formatrice, conservatrice et médicatrice, constituent la formule ou l’expression la plus abrégée des idées qu’on peut se faire de l’activité, de l’organisme. Nous pressentirons même que toutes les actions vitales seront un jour facilement ramenées aux lois d’une mécanique supérieure, que nous appelons dès actuellement la physique et la chimie vivante; et que réellement admettre, pour expliquer les phénomènes des corps vivants, l’existence d’une force vitale, et même d’un fluide nerveux, c’est procéder comme les physiciens qui désignent sous le nom de fluide électrique l’agent inconnu d’une force qui se manifeste dans la nature par la succession d’un ordre déterminé

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