‹ Traité de la science médicaleChapitre 36 sur 106 · GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

GÉNÉRALITÉS

Le mot histoire dérive du grec "çup , qui signifie habile qui connaît, qui recherche, qui observe. L’histoire est le récit d’événements donnés pour vrais et de laits dignes de mémoire. Chaque science a son histoire. Celle de la médecine est le récit des faits qui lui sont propres au double point de vue de la théorie et de la pratique; elle fait connaître les divers systèmes qui se sont succédé eu médecine. Elle a pour objet de diriger les hommes delà médecine en leur montrant dans le passé la pratique heureuse ou malheureuse de leurs devanciers. Son but suprême est d indiquer le principe sur lequel toute la médecine repose comme surune base inébranlable, et surtout de montrer tous les faits qui découlent de ce principe s’avançant eux- mêmes vers un but qui est le terme de la science positive. Elle nous indique chaque pas fait sur la route; elle nous montre chaque découverte apportant son tribut à la construction définitive de 1 édifice médical ; enfin, elle nous présente chaque système comme étant la formule d un ordre absolu de faits méthodiquement poursuivi jusqu a sa .dernière expression.

Il y a trois manières de faire 1 histoire d une science, d une époque ou d’une nation. La première consiste a présenter les laits

historiques et le caractère des réformateurs ou des hommes célèbres sous le jour qui flatte davantage les idées, les passions ou les préjugés de la foule ou du pouvoir.

La seconde expose les faits dans toute leur vérité; elle met les hommes et les choses à leur place par ordre de succession, mais sans classement proprement dit et sans critique, laissant ainsi au lecteur l'embarras et le soin d’apprécier, comme il l'entendra, les temps, les hommes et les choses.

Enfin, la troisième manière, et la meilleure, selon nous, surtout en médecine, est celle qui s’attache d’abord à faire connaître les idées qui ont dominé et qui ont eu dans tous les temps force de dogme; celles qui reviennent continuellement, qui survivent à toutes les autres et qu’on retrouve toujours; puis, qui cherche ensuite dans le triomphe ou dans la chute de ces idées mères le but auquel la Providence veut conduire la science ou l’humanité, afin de rapporter tout à ce but, comme à une nécessité, à une loi, à un ordre suprême. L’histoire de la médecine a des rapports très intimes avec l’histoire des sciences et des arts; et de plus elle se mêle étroitement à la littérature médicale, à cette science des grands modèles qui peint au vif les hommes et les choses de la médecine, et qui a pour objet l’étude philosophique de toutes les parties de l’art d écrire en médecine et de tous les ouvrages dans lesquels cet art est appliqué.

On se rendra compte de l’utilité de l'histoire de la médecine, en songeant : 1° qu elle embrasse la connaissance des faits, des temps et des dates, dans le luit d’éclaircir les doutes, de dissiper les erreurs, de fixer les époques et d’expliquer les dogmes; 2° qu’elle nous met à même de nous faire une opinion philosophique sur le véritable degré de certitude de la médecine, et qu’elle éclaire, sous ce rapport, notre critique; 3° qu'elle nous montre les vérités médicales dans l’ordredeleur enchaînement, et qu elle nous présente ainsi la médecine dans toutes^es phases heureuses ou malheureuses; 4° qu elle appelle et fixe l'attention sur les dogmes de la science, et sur les règles de l’art ; 5° qu elle met en relief le véritable mérite de chacun, et qu elle permet ainsi à ceux qui débutent de choisir un maître et une doctrine; 6° qu’elle nous apprend combien il faut de courage, de persévérance et d’opiniâtreté pour faire triompher les idées nouvelles; 7° qu elle s’oppose aux désertions et aux pas rétrogrades; 8° enfin, qu elle assigne rigoureusement aux inventions et aux découvertes leur

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