TEMPS FABULEUX ET TÉNÉBREUX
brames et aux gymnosophistes.Ces derniers se vantaient orgueilleusement de posséder le secret de procréer les sexes à volonté. Ils attribuaient la plupart des maladies à l’influence ou à la vengeance des mauvais génies, et ils basaient leur pronostic sur le cours des astres et sur le vol des oiseaux. Ils attachaient une importance immense à la connaissance du pouls, et ils ont laissé sur ce sujet des observations très curieuses pour le temps; ils avaient particulièrement recours, pour le traitement des maladies, aux bains, au régime végétal et aux frictions sèches. Cependant ils employaient aussi des médicaments composés ; leurs pnncipales recettes étaient toutes inscrites dans un formulaire qu’ils nommaient JVagcidasaslir.
Chez le peuple chinois, si orgueilleux et pourtant si cruellement courbé sous le plus affreux des despotismes, la médecine des premiers temps consistait en une foule de pratiques superstitieuses. Les Chinois exploraient le pouls et la langue avec un très grand soin, mais ils en restaient là. Iis rattachaient fatalement toutes les maladies à la présence des esprits ou des vents. La pratique des accouchements était exclusivement accordée aux femmes. Leur thérapeutique était assez compliquée : ils employaient le régime, les bains , les saignées, les ventouses, les moxas, les cautérisations, l’acupuncture et surtout une certaine panacée dans laquelle entrait la racine de ginseng, qui jouissait , à les en croire, des propriétés les plus étonnantes. Enfin, ils avaient un code médical qui fut longtemps fameux, et qui , selon Mandarius, avait été composé par Hoang-ti, 230 ans avant l’ère vulgaire.
La médecine des Japonais ressemblait beaucoup à celle des Chinois. Les ermites, les sentoïques et les jammabos s’occupaient seuls de médecine. Malheureusement ils employaient souvent une foule de remèdes inutiles. C’est ainsi qu’ils croyaient guérir les malades atteints de la petite vérole en les mettant dans une chambre tendue en rouge ! Cependant il est juste de faire observer qu’ils traitaient la goutte par le cautère, l’épilepsie par le moxa, et les phlegmasies des testicules, qui étaient endémiques chez eux, par l’acupuncture. Ils ont été sous ce rapport nos précepteurs.
f.hez les Scythes, les druides , les eubages et les bardes s’occupaient de médecine. Cependant l’art de guérir appartenait plus particulièrement aux eubages, qui étudiaient la nature. Les bardes
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cultivaient la poésie et 1 histoire, et les druides rendaient des oracles au milieu des forêts. La racine de gui était regardée par les Celtes comme une panacée universelle.
Chez les Grecs comme chez les Égyptiens, la médecine fut d’abord exercée par des prêtres et par des héros; les philosophes s’en emparèrent ensuite.
Les Grecs avaient aussi leurs divinités médicales, entre autres Apollon, Diane et Ilylhie : Apollon, dieu du soleil et protecteur de la médecine; Diane, sœur d Apollon, adorée à Millet sous le nom de conservatrice : elle avait un temple à Ephèse , qui fut brûlé par Erostrate 3 56 ans avant Jésus-Christ ; llvlhie, l accoucheuse, que nous retrouverons plus tard chez les Romains , où elle était également adorée sous le nom de Lucine. Parmi les héros grecs qui cultivèrent la médecine , on compte le centaure Chiron , qui était à la fois botaniste, astronome et médecin ; puis Achiile, Ulysse, Hercule, Esculape, et enfin Asclépias , qu’on mit au nombre des dieux après sa mort. Parmi les poêles grecs, on compte Orphée, à qui l’on doit les tables orphiques ; Musée, Mélampe et Hésiode. Ils rendirent tous de grands services à la médecine, car dans ces temps fort anciens, et alors que l’écriture était à peine connue, les formes pieuses et le rhythme harmonieux delà poésie étaient infiniment tuiles pour fixer dans la mémoire des vérités naissantes et fugitives applicables aux besoins de tous les jours et de tous les instants. Parmi ces héros, il en est un surtout qui doit nous occuper particulièrement, parce qu’il est généralement regardé comme le père de la médecine et le fondateur de la clinique: nous voulons parler d’Esculape, nommé aussi Asclépias. Esculape est né dans le Péloponèse. Il était fils d’Apollon et deCoronis ; il eut pour maître le centaure Chiron. 11 traitait les maladies externes par des incisions et des végétaux, et les maladies internes par la diète et la gymnastique. Enfin, il invoquait les dieux dans les cas graves. Apre* la mort d’Esculape, on lui éleva des temples à Titane, dans le Péloponèse; àÉpidaurc, à Cos, et à Pergame, dans l’Asie Mineure.
Tous les temples renfermaient des tables votives placées sons la garde des dieux. Esculape laissa deux filles, Panacée et Hygie. Cette dernière fut adorée comme déesse de la santé. Il eut aussi deux fils , Podalyre et Machaon. Le premier embrassa la médecine, et le second la chirurgie. Ils assistèrent, dit-on, l’un et l'autre au siège de Troie. Après la mort d’Esculape, ses descendants
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prirent le nom d’Asclépiades. Le pl us fameux d’entre eux fut un nommé Hébrus. Peu de temps après, et à l’exemple des prêtres d'Égypte, les Asclépiades formèrent une caste particulière, et ils s’adjugèrent l’exercice exclusif de là médecine et le cuite mystérieux du dieu Apollon. Alors toutes les connaissances médicales furent religieusement transmises de père en fils. Plus tard , on les communiqua à quelques étrangers, mais seulement sous la foi du serment. Malheureusement cette innovation fut comme un signe de décadence pour la caste sacrée des Asclépiades.
Enfin, les sciences furent portées de l'Egypte dans le Péloponèse : 1° par les Curètes, sous la conduite de Deucalion ; 2° par les Gabires, sous la conduite de Cadmus. De ce moment, les philosophes s'efforcèrent de pénétrer les mystères que les Asclépiades tenaient secrets. Les écoles et les gymnases furent institués, et le raisonnement s’introduisit d’une manière sérieuse dans l’étude de la médecine.
Pyihagore fonda une école à Crotone. il en devint le chef, et elle prit sous lui le nom d 'Ecole italique, par opposition à l’école ionique fondée à Milet par Thalès. Pyihagore eut bientôt un grand nombre de disciples fameux, entre autres Alcméon, Empédocle, Anaxagore de Clazomène et Démocrite. Alcméon se rendit célèbre par ses connaissances en anatomie et en physiologie, et par ses écrits sur la génération et sur le sommeil. Empédocle se fit également une grande réputation. Selon ce philosophe, il y a dans la nature quatre éléments, le feu, l’air, la terre et l'eau. U y a dans l’univers deux causes essentiellement agissantes, l’amitié ou l’attraction , la haine ou la répulsion. Le premier tire tout du chaos ; le second y fait tout rentrer. Enfin , toutes les âmes ne sont en réalité qu’une émanation de l’âme générale. On doit encore àEmpédocle des observations curieuses sur les épidémies. Anaxagore de Clazomène croyait à l’éternité des atomes ou des corpuscules , et à l’émanation des âmes. Démocrite, natif de Milet, adopta publiquement la théorie des atomes et du vide inventé par Leucippe, et il professa hautement le matérialisme. Enfin, comme toutes les choses de ce monde, l’école de Pythagore s’écroula, et de nouveaux événements se déroulèrent. Les philosophes avouèrent alors qu’ils guérissaient les maladies par des moyens naturels ; et les Asclépiades de Cnide et de Cos renoncèrent , à peu près à la même époque, à la pratique de la médecine sous des formes cachées on mystérieuses.
1 V2 RÉSUMÉ ÜK l’hISTOIIIK UK I.A MÉDECINE.
Les anciens Romains furent initiés au culte îles dieux par les Étrusques et les aruspices. Imitateurs des Grecs, ils leur empruntèrent leurs cérémonies mystérieuses et leurs dieux. Gomme les Égyptiens, ils adoraient Isis, Sérapis et Llytliie. Comme les Grecs, ils invoquèrent Pallas, Ilygieet surtout Apollon, dont le temple était confié à la garde des vestales; enfin, ils comptaient parmi leurs divinités propres, Fébris, Fessonia et Prosa. Survenait-il quelque grand événement, ils consultaient les sibylleset les livres sibyllins, qui étaient déposés au Capitole, et qui avaient été confiés d’abord à la garde des deux magistrats qu on appelait les duumvirs, et plus tard à la garde de dix patriciens nommés à cet effet. Les Romains avaient aussi ce qu’on appelait les Lectisternes : c’étaient des fêtes instituées pour les grandes calamités. Elles consistaient en processions et en repas magnifiques que 1 on donnait en l’honneur des idoles. Elles étaient remarquables par la cérémonie du clou , qui consistait à bien enfoncer un clou dans la muraille droite du temple de Jupiter. Si le dictateur réussissait complètement , les dieux devaient se montrer favorables aux Romains.