LE NATURISME
Le naturisme est le système médical qui a pour principe, pour soutien et pour lien de sa constitution, le fait principe de la nature médicatrice. Ce système a été établi par Hippocrate; c’est ce qui lait qu’on le nomme aussi l'hippocratisme, du nom de son fondaleur. Pour bien comprendre ce système, il faut se reporter à l’idée même qu’Hippocrate se faisait de la nature en général et de la nature de l’homme en particulier. Il faut savoir surtout ce qu’il entendait par cette expression, la nature de l'homme. Hippocrate donnait le nom de nature à la force qui pénètre l’économie tout entière et qui préside comme une providence à tous les phénomènes qu’elle présente soit en état de santé, soit en état de maladie. En d’autres termes, la nature de l’homme, pour Hippocrate, c’est l'homme lui-même, sentant, agissant et réagissant. Cest l’homme travaillant en lui-méme, et sur lui-même en vertu de ses propriétés vitales. C’est l’ensemble des forces qui régissent les etres par des lois immuables qui leur sont propres; c’est la puissance constamment active qui dirige et entretient toutes Jes fonctions physiologiques et pathologiques. Or, quand on a bien saisi le sens et la portée de celte définition, on est déjà dans le sentier de la lumière et de la vérité, et tous les détails du système se rangent et se coordonnent très facilement dans l’esprit. Voici en ré-
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s mué les dogmes principaux du naturisme; ils forment comme autant de conséquences du fait principe que nous avons énoncé.
1° Jl v a un principe simple dans sa nature, et multiple dans ses effets, qui préside à l'économie des corps vivants, et qui par des lois préétablies y produit tous les phénomènes qu ils présentent. Ce principe, c’est la nature. Hippocrate l’a nommé ainsi. Lu nature, dit-il, fuit la vie du tout et la vie des parties; elle suffit aux animaux pour toutes choses, et elle sait d’elle-même, sans l'avoir jamais appris, tout ce qui leur est nécessaire ou superflu. La nature est, en réalité, une faculté première ou principale; mais il en est bien d’autres qui dépendent d’elle, et ce sont ces dernières qui gouvernent tout le corps vivant. C’est par elles que la nature attire ce qui est convenable à chaque espece, qu’elle retient et quelle prépare ce quelle a attiré; c’est par elle aussi quelle sépare ou qu’elle rejette ce qui est inutile ou nuisible, car cette nature est essentiellement providentielle. Enfin, la nature est, selon les cas, formatrice, conservatrice ou médicatrice.
2° La nature s’exprime en chacun de nous par des cris ou des symptômes qui forment son langage. Ces cris intérieurs, c’est-àdire ces phénomènes et ces symptômes, nous indiquent tantôt qu’elle est suffisante et quelle triomphera de la cause morbifique; tantôt qu elle est trop faible et qu’elle a besoin d être soutenue ou aidée; tantôt, enfin, que son irrégularité ou ses mouvements désordonnés vont rendre ses efforts pernicieux et qu elle a besoin d’être réglée et dirigée.
3° La nature a pour excitateurs ou pour soutiens de son action le bien ou le mal que les agents modificateurs font éprouver aux êtres doués de la sensibilité et du sentiment.
i\° Dans l’état de santé, la nature est purement formatrice et conservatrice; dans l’état de maladie, elle devient médicatrice. Dans tous les cas , son concours est toujours de première nécessité, car dès quelle répugne, on ne peut rien obtenir d’utile ou de bon.
5° On ne saurait établir de principes absolus en thérapeutique, car la nature diffère de la nature comme 1 âge diffère de l’âge, et ce qui se fait un jour avec avantage est souvent contraire le lendemain. »
6° La maladie proprement dite doit être considérée comme un combat entre la nature médicatrice et la cause morbifique.
Le salut du malade dépend de la force et de la sagesse de la nature.
7° Le but suprême de la nature est de conserver 1 homme qu elle a formé et de le mettre à même de perfectionner son âme.
La théorie de la coction , des crises et des jours critiques, est la conséquence rigoureuse de tout ce que nous venons de dire relativement au pouvoir de la nature conservatrice et médicatrice; on la retrouve dans tous les livres hippocratiques. Elle y est tantôt isolée, tantôt combinée à d'autres théories, et le plus souvent mêlée à la doctrine des quatre éléments et des quatre humeurs.
D’accord, sous ce rapport, avec les anciens Asclépiades, Hippocrate pensait qu’un grand nombre de maladies ont pour cause la présence d’une matière morbifique au sein de l’économie. Alors, raitachant cette opinion à l’idée qu’il se faisait de la nature médicatrice, il arriva comme de source à établir que la nature de l’homme , en vertu des propriétés actives dont elle est douée, attaque cette matière morbigène ou morbifique née en nous ou hors de nous, qu’elle l’attire, la cuit et la rejette ensuite patdiverses émanations qu’elle choisit selon les cas. Ce fut ainsi qu’Hippocrate fut amené à créer le dogme de la coction, et qu’il le compléta ensuite par l’histoire des crises et des jours critiques. La coction s’annonce par le redoublement et l’exaspération dos symptômes. Pendant quelle se prépare, la fièvre augmente et le malade se trouve ordinairement soit dans un état de surexcitation, soit dans un accablement extrême. Il y a des signes qui précèdent, qui accompagnent et qui suivent ce travail ; le médecin doit les connaître tous. Il faut qu’il sache discerner ceux qui sont bons de ceux qui sont mauvais, et qu’eu les voyant , il puisse prédire sûrement l’issue de la maladie. On nomme période critique, la période de temps nécessaire pour la coction de la matière morbigène. On regarde comme salutaires les crises qui ont lieu le troisième, le quatrième ou le septième jour. Le médecin doit s’attacher à ne pas troubler le travail critique par des remèdes inutiles ou intempestifs. Son rôle est d’épier la nature, de la favoriser et de la seconder. Quand la coction est opérée, la nature se débarrasse ordinairement de la matière morbigène en I expulsant de l’économie au moyen des sueurs , des urines ou de quelques selles abondantes. Cest alors surtout que le médecin doit être attentif à ce qui se passe; qu’il doit étudier toutes les tendances
de la nature, et examiner les voies qu’elle semble choisir de préférence ( rjuo natura vcrejit) pour évacuer la matière morbifique, afin de pouvoir la favoriser dans ce travail important, en administrant tantôt des sudorifiques, tantôt des diurétiques ou des purgatifs , selon que la nature tend elle-même à se débarrasser par des sueurs, par des urines ou par des selles. D autre part, quand la coction s’effectue mal ou incomplètement, il faut venir à son secours par des moyens reconnus propres à seconder le travail de la nature en souffrance. Il est vrai que la coction et les crises n’ont pas toujours lieu aux jours fixés par Hippocrate; mais c’est une exception seulement, et si l’on doit en tenir compte, elle ne saurait néanmoins détruire les vérités générales établies par le père de la médecine, et constatées, dans tous les siècles, par les meilleurs esprits et les plus fidèles observateurs, par Galien, Baillou, Fernel, Sydenham, Stahl, Bordeu, Stoll, Lepecq de la Clôture, Pinel, Landré Beauvais , et les plus grands maitres de la célèbre école de Montpellier.
Ce n’est point ici le lieu de parler de la théorie des quatre éléments et des quatre humeurs, nous dirons seulement qu’elle s’allie parfaitement à la théorie de la coction et des crises.
En thérapeutique, le naturisme recommande expressément de faire ordinairement l'opposé de ce qui a produit la maladie, c'està-dire d’opposer le chaud au froid, le froid au chaud, 1 humide au sec, et ainsi de suite, d’après l’axiome général, mais non absolu, établi par Hippocrate : Contraria contrariés curantur. Le naturisme recommande surtout au médecin de ne jamais sortir du rôle patient, mais délicat, de ministre de la nature.
En résumé, le naturisme a été créé le jour où Hippocrate a découvert le fait qui domine tous les autres faits dans les opérations ou les fonctions de la vie, le fait qui contient en germe toute la science et toute la pratique de la médecine; en un mot, le fait d’une puissance formatrice, conservatrice et médicatrice inhérente à l’organisme, et en vertu de laquelle il sent, réagit, se développe, se conserve et lutte avec avantage contre toutes les causes morbifiques et les effets produits par elle. Cette decouverte, toute simple quelle puisse paraître aujourd'hui, est sans contredit la plus importante de toutes celles qui ont été faites dans la science de l’homme, et l'on peut le dire hautement, il a réellement fallu tout le génie d’Hippocrate pour distinguer l'existence et l’action de celte nature tour à tour active ou paresseuse
îau milieu de tous ces phénomènes qui dénotent l’état morbide 4 qui le constituent et le caractérisent.
Le naturisme a été combattu par Thémison et Paracelse; il a été altéré et défiguré par les dogmatiques, les empiriques, les h pneumatiques et les éclectiques; il a été défendu et préconisé par Galien, Aietée, Boerhaave, Stahl, Baglivi et Sylvius; mais uialbeui eusement tous ces maître^ de lart 1 ont plus ou moins . altéré en le mêlant à des théories étrangères à son génie. Ainsi Galien la trop souvent défiguré en le surcomposant de toutes les idées d Aristote; Arétée l’a perdu en le mêlant au pneumatisme; Boerhaave 1 a écrasé sous toutes ses idées de mécanique; Stalil la rendu méconnaissable en le mêlant au spiritualisme; Baglivi l’a également altéré en le soumettant au solidisme, et Sylvius l’a défiguré par le mélange de toutes ses idées de chimiatrie. Le naturisme a été adopté et perfectionné par Fernel, Duret, Baillou , Prosper Alpin, Houllier, Sydenham, Bordeu, Barthez, Grimaud , Dumas, Lordat, Fréd. Bérard, Thouret, Pinel et Chaussier. On retrouve l’esprit et les transformations du naturisme primitif dans le pneumatisme de Platon, dans l’animisme de Zénon, dans le néo-naturisme de Galien et d’Arnaud de Villeneuve, dans l’animisme modifié de Van Hel mont, de Claude Pérault et de Stahl , dans le spiritualisme de Sauvages, dans l’organisme de Bordeu, dans le vitalisme spiritualisé de Grimaud et deSèze, dans le vitalisme matérialisé de Dumas; enfin, dans le vitalisme philosophique de Barthez professé avec tant d’éclat et de succès à l’école de Montpellier par MM. Lordat, Bouisson, Golfin, Kühnhotlz, Louis Barre, Dupré, Alquié, Fuster, Quissac.
Le naturisme a été professé à Paris, par Astruc au collège de France, par 1 houret à 1 école de médecine, et par deMercy dans des cours particuliers.