‹ Traité de la science médicaleChapitre 5 sur 106 · DE LA CONSTITUTION DE LA MÉDECINE · texte numérisé non relu

DE LA CONSTITUTION DE LA MÉDECINE

chercher à établir un système sur le fait primordial qui règle ei gouverne l’organisme, c’est en réalité, pour le médecin philosophe, tenter de former dans sa pensée nue combinaison intellectuelle de principes et de conséquences, de causes et d’effets, qui, par leur ensemble et leurs détails, représentent la constitution véritable de l’économie animale et ses rapports infinis.

Les temps sont favorables pour cette entreprise philosophique; car on connaît parfaitement les faits qui doivent faire partie de l’édifice scientifique, soit comme éléments, soit comme matériaux ; autrement dit, on connaît les faits élémentaires qui sont comme les assises du système, et les systèmes eux-mêmes, qui sont les véritables pierres du monument en construction. On n’attend donc plus que la main d’un architecte habile; et le moment est d’autant plus propice qu'aujourd’hui chacun est réellement l’arbitre de ses opinions et de ses doctrines, qu’on ne reçoit plus de croyance toute faite; en un mot, que les temps d’autorité de l’homme sur l’homme ont fait leur temps, pour céder la place aux temps d’autorité de la vérité positive et expérimentale sur l’intelligence et sur la raison.

Ainsi donc employer les matériaux acqtfis en physiologie, en pathologie, en médecine, et avec eux construire l’édifice de la médecine positive, tel est le besoin du moment. Il est urgent; car si l’on apportait le moindre retard, Le chantier s’encombrerait de produits superflus: tous les efforts de vingt générations seraient perdus, et les matériaux accumulés dégénéreraient en décombres par l’effet de l’entassement et du désordre. Voilà ce que reconnaissent tous les bons esprits; aussi demandent-ils la construction scientifique du système médical, et soutiennent-ils qu’il faut définitivement asseoir l’édifice, afin qu’une théorie large et complète, que des principes immuables, qu’une base fixe et une sanction véritable soient enfin universellement donnés à la science de l homme, la première de toutes.

L unité de causes embrassant l’universalité des effets, tel est, en philosophie générale, le principe de toute vraie doctrine ; telle est aussi en science médicale la source de toute vérité. En effet, la médecine repose sur un principe d’unité embrassant logiquement 1 universalité des mouvements vitaux. Cette unité de causes, ce principe d aelion, ce fait, principe de la science et de l’art, a été désigné par Hippocrate sous le nom de nature , mot par lequel le père de la médecine a voulu faire connaître la force formatrice,

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conservatrice et médicatrice dont sont pénétrés tous les êtres vivants.

Plus tard, les successeurs d'Hippocrate ont fécondé celte idée et tracé l’esquisse du développement quelle comportait. Ils ont substitué aux mots nature , tvoppwv, les mots archée , âme , principe vital , force vitale, qui expriment exactement les mêmes facultés, mais qui les montrent peut-être sous des aspects différents. Puis, après avoir fixé par ce mot force vitale la cause inconnue d’une infinité de phénomènes connus, ils se sont attachés à reconnaître l’ordre de succession de ces phénomènes et à en formuler les lois. Ils ont ainsi posé le monument scientifique sur ses hases véritables. Il appartient maintenant à la génération présente de continuer avec soin l'œuvre de ces illustres prédécesseurs. Nous engageons donc tous les hommes de pensée et d’action, qui n’ont pas d’engagement avec les propriétaires des fausses idées, à venir concourir aux travaux de réédification que nous entreprenons. Qu'ils nous aident activement, et le monument scientifique de la médecine, fidèlement construit sur les plans de la nature, sera bientôt, comme la nature elle-même, immuable dans ses bases, varié dans ses détails et admirablement lié dans toutes ses parties.

De ce moment on verra disparaître toutes ces guerres intestines qui ruinent dans leur considération les membres de nos Facultés, de nos Académies et de nos Écoles. Les soi-disant premiers médecins, ceux du moins qui pourraient l’être, ne se déchireront plus, mais ils feront une paix solennelle et durable. Ils reconnaîtront que la cause de leurs dissensions ardentes tient absolument à ce qu’ils n’étudient que des faits isolés du principe qui leur donne l’existence; que de tels sujets d’étude sont fatalement périssables ou impossibles, parce qu’ils n’ont entre eux ni filiation méthodique, ni rapports fixes ou graduels, parce qu’ils ne demandent jamais qu’une place arbitraire et indéfiniment variable : ce qui fait qu'ils n’eu gardent aucune, eL qu incohérents comme les sables du désert, ils se meuvent sans ordre, sans objet, et se dissipent d eux-mêmes sous le soulflcdu vent. Enfin, ils proclameront qu'eu toute chose, posséder le vrai principe et le système entier qui eivdécoule, c’est posséder la faculté de tout prévoir dans le vaste champ des diverses sciences que cet ordre de système a pour objet.

Sachons-le bien, c’est la nature qui guérit les maladies : voilà

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