‹ Traité de la science médicaleChapitre 50 sur 106 · DOCTRINE DE BROUSSAIS · texte numérisé non relu

DOCTRINE DE BROUSSAIS

La médecine française était humorale par ses principes, etbrownienne par sa thérapeutique , lorsqueBroussais jeta les bases d une nouvelle doctrine dans un ouvrage qu’il publia en 1816, sous le titre modeste d Examen des doctrines médicales. C est dans ce livre que le monde entier a connu que Broussais a formulé les principes de sa doctrine. Elle repose sur l’étroite union de la physiologie, de la pathologie et de l’anatomie pathologique. Et elle a reçu de son auteur le titre pompeux de doctrine physiologique. Néanmoins les critiques éclairés l’ont désignée sous le nom de doctrine de h irritation , qui lui est resté.

Selon Broussais, tous les phénomènes de la vie ont pour causes l’irritabilité et la chimie vivante. L irritabilité est la faculté qu ont tous les corps organisés de sentir et de se mouvoir. La chimie vivante est la force de composition en vertu de laquelle toutes les parties de 1 économie se forment et se continuent. Elle a sa source dans une force radicale qu on pourrait appeler la foi ce plastique. L’irritabilité a son siège dans les organes des sens et dans les tissus ; mais toutes ces parties de 1 économie ne jouissent pas de l’irritabilité au même degré. Elle ne manifeste son existence que sous l’influence des irritants. Enfin, de 1 action des iuitants sur l’irritabilité résulte l’irritation. L âge , le régime, les habitudes, les dispositions individuelles, le climat et la saison impriment de grandes modifications a 1 état de 1 irritabilité. La diilé-

2/t6 JlÉSLi.MÉ DE LH1ST01KK UK KA MEDECINE.

rence des tempéraments et des idiosyncrasies dépend également

de la dose d’irritabilité dévolue à chaque organe ou à chaque

tissu.

Pour entrer en action, l'irritabilité a besoin d’être provoquée par des irritants ; mais il est essentiel que ces irritants agissent dans une mesure convenable. Si l’action des irritants était trop forte, elle déterminerait un état particulier que Broussais appelle spécialement l’irritation ; si , au contraire , elle était trop faible, elle occasionnerait un état complètement opposé au premier, et que Broussais désigne sous le nom de débilité , ou simplement d'astfxénie. L’auteur est parti de là pour diviser toutes les maladies en irritations et en maladies asthéniques. Les irritants agissent de différentes manières sur l’irritabilité, soit directement, soit sympathiquement. Dans les deux cas, ils produisent 1 irritation, mais l’irritation prend différents nom s en raison des différentes parliesqui sont irritées. Soufferte d’abord par les nerfs et bornée à ces organes, l’irritation constitue les névroses de tout genre. Parvenue au système capillaire sanguin , elle prend le nom d irritation sanguine ; elle est alors inflammatoire ou hémorrhagique ; dans le premier cas, on a affaire à une inflammation, et dans le second à une hémorrhagie ; si , au lieu de se porter sur les vaisseaux rouges , l’irritation attaque les vaisseaux blancs, il en résulte une subinflammation ; enfin , si l’irritation des vaisseaux rouges accompagne l’engorgement indolent des glandes et des vaisseaux blancs, il y a irritation ou inflammation mixte.

Qu’est-ce que l’irritation , et que doit-on entendre par .ce mot sur lequel repose toute la doctrine pathologique de Broussais? Nous ne connaissons pas de mot qui, dans les écrits du maître , dans ceux de ses élèves et de ses disciples , ait été employé dans une acception plus vague. Qu’on l’examine dans les livres ou dans les bulletins de l’école physiologique, le mot irritation exprime tantôt le résultat de l’action pure et simple des irritants sur l’irritabilité, tantôt la surexcitation ou l’exaltation des forces de la vie, tantôt la congestion, qui est le produit de cet état de surexcitation, tantôt le premier degré de l’inflammation, tantôt enfin l’inflammation elle-même? Cette épaisse et tortueuse svuonymie nous a singulièrement embarrassé à nos débuts dans la carrière , mais nous nous sommes convaincu depuis que les chefs et les apôtres de la nouvelle doctrine n’y regardaient pas de si près; qu’ds n’étaient pas mieux fixés que nous sur le sens rigoureux de cette

appellation principe, et qu’ils n’y attachaient même pas une bien grande importance. Nous avons donc passé outre, pensant qu il y aurait trop de mauvaise grâce à nous montrer plus exigeants sur la matière que les fondateurs eux-mêmes de la doctrine.

Au demeurant, le mot irritation nous semble , d’après les idées de Broussais, devoir exprimer le plus souvent l’état des organes irrités ou enflammés. Dans cette hypothèse il serait synonyme du mot inflammation. Ce qu’il y a de certain , c’est que c’est en considérant Y inflammation dans tous les tissus , et en partant des phénomènes nombreux , liés entre eux par leurs rapports physiologiques, que Broussais a posé les principes de sa doctrine.

Ma théorie, s’écrie-t-il , est fondée sur les travaux de Bichat, qui m’ont toujours servi de guide. Elle consiste à étudier 1 irritation dans les divers tissus et à découvrir les sympathies par lesquelles ils s’enflamment ; enfin, à reconnaître et à constater les influencesde chaque modification capabledeproduireoude guérir les maladies, non pas sur l’incitabilité ou sur la force vitale considérée d’une manière générale et collective, mais sur celles de chaque appareil ou de chaque tissu en particulier.

Selon Broussais, l’irritation est letat morbide qui a lieu dans un organe surexcité. Elle peut être déterminée : 1° par l’action trop énergique des stimulants; 2° par 1 action sympathique qu un oigane exerce sur un autre organe ; 3° par la soustration des stimulants habituels à un organe; l\° par la diminution de 1 irritation dans un ou plusieurs organes. La nature de 1 irritation dépend de l’état d irritabilité des organes, et surtout de 1 intensité des iintants. Il en résulte quelle n’est pas la même dans tout l’organisme, et que la force et la faiblesse peuvent exister chez le même individu. Ainsi les maladies ne sont pas générales, el il peut arriver qu’un ou plusieurs organes languissent quand d autres sont surexcités. Une fois développée sur un point, 1 irritation est immédiatement transmise aux autres tissus, en verjji des sympathies qui lient tous les organes et qui jouent dans 1 économie un rôle très important. Les membranes muqueuses gastro-intes-

tinales, le cerveau et le cœur sont, de tous les organes, ceux qui reçoivent le plus promptement et le plus vivement 1 impression sympathique. De leur irritation commune résulte létal febnle caractérisé par un malaise général, îles douleurs vagues, lulteuition de la circulation, le trouble des fonctions digestives et sécietoires, et la diminution des forces musculaires. Il y a îles sympa-

2/l8 RÉSUMÉ DE l’histoire de la médecine.

thies de relation et des sympathies organiques; les unes et les autres constituent l’état morbide et les symptômes de la maladie; les organes qui, par leur nature, provoquent le plus de sympathies sont aussi les plus exposés à la réaction sympathique des autres organes. Voilà pourquoi la muqueuse intestinale est affectée dans presque toutes les maladies aiguës. Enfin , l'étendue et 1 activité des symptômes sont subordonnées : 1° à l’intensité de l’irritation;

2° à sa durée; 3° à la nature du tissu affecté ou irrité; h° à la somme de vitalité propre à l’organe irrité.

Toute la médecine doit reposer sur l’anatomie et la physiologie, et le médecin doit toujours avoir en vue l’état des organes souffrants. Mais ce n’est pas assez de savoir quel est l’organe malade, il faut savoir encore pourquoi il est malade, comment il est malade et de quelle manière il est possible de faire qu’il ne le soit plus. Pour cela, il faut rallier les symptômes autour des organes souffrants; il faut chercher l’organe dont la souffrance dérange l’harmonie des fonctions, ainsi que les modificateurs sous l’in- 1 fluence desquels cet organe est devenu malade? Enfin , dit I Broussais, il faut rattacher tous les symptômes à des altérations : organiques, car l’altération organique est la cause de l’affection et les symptômes ne sont que les effets produits par elle.

L’irritation de la membrane muqueuse gastro-intestinale est le point de départ de presque toutes les affections. Apprenez à connaître les nuances multipliées de la gastro-entérite et les sympathies protéiformes d’un estomac irrité, et vous serez sur la voie des meilleures indications en médecine. Bien plus, on peut dire que l’histoire des inflammations muqueuses du canal digestif est réellement la clef de la pathologie. Étudiez donc avant tout la sensibilité de l’estomac et les relations sympathiques de ce viscère avec tous les autres organes de l’économie, car le phénomène de 1 irritation gastrique est le lieu commun de toutes les souffrances. S^l on se trompe si souvent en médecine, c’est que la plupart des médecins ne portent leur attention que sur des symptômes, sur des groupes de symptômes ou sur Tordre de succession de ces symptômes, alors qu’il faudrait la porter sur les organes souffrants, dont les symptômes ne sont que le cri.

Toute maladie consiste dans l’irritation de l’eslomac. Arrêtez donc votre attention sur le grand phénomène de l’irritation de l’estomac; puisque c’est lui qui fait souffrir, qui engorge, qui désorganise en même temps qu'il convulse et qu’il fait délirer.

TEMPS DE LUTTE ET DE PEfIFECTIONNEMENT . 2à9

Subordonnez bien tout le reste chaque fois que l’ordre des faits vous eu impose l'obligation.

L’irritation offre, dans sa marche, trois types différents, savoir: le type continu, le type rémittent et le type intermittent. Cependant il ne faut pas oublier que la différence des types ne change nullement la nature des irritations, et qu elles sont toutes identiques à la forme près.

L’irritation revêt plusieurs formes, savoir : 1° l’irritation sanguine, qui comprend les inflammations, les hémorrhagies et les subinflammations ; 2° l’irritation nerveuse qui comprend les différentes espèces d’affections nerveuses.

Des irritations sanguines.

Il y a deux sortes d’irritations sanguines : 1® les irritations inflammatoires, autrement dit les inflammations ; 2° les irritations hémorrhagiques, c’est-à-dire les hémorrhagies. L’irritation sanguine ou l’inflammation proprement dite consiste dans toute exaltation locale des mouvements organiques assez considérable pour troubler l’harmonie des fonctions, et pour désorganiser le tissu où elle est fixée. Il y en a de deux espèces : l’inflammation des capillaires rouges et celle des capillaires blancs; cette dernière a reçu le nom de subinflammation .

L inflammation a pour caractères ordinaires, la rougeur, la chaleur, la douleur et la tuméfaction des tissus. Cependant l’inflammation peut exister indépendamment d’un ou de plusieurs symptômes, sans cesser pour cela d’être une véritable inflammation. Ainsi la douleur, qui ne manque jamais dans l’inflammation des séreuses, est très rare au contraire dans celle des muqueuses, et, d’autre part, les convulsions et le délire qui remplacent la douleur dans les irritations très violentes prouvent également que l’absence de la douleur n’exclut pas l’existence de la phlegmasie.

Ces réserves une fois établies, on doit reconnaître que l’inflammation produit des effets qui varient en raison des tissus ou des organes différents qu’elle affecte. Dans les vaisseaux capillaires sanguins, épais et doués de beaucoup d’énergie, elle a pour caractères ladouleur, la tuméfaction, la rougeur et la chaleur. Dans les vaisseaux capillaires sanguins moins énergiques et de peu d’épaisseur, elle offre encore de la tuméfaction et de la rougeur, mais on voit bien souvent manquer la chaleur et la douleur; dans les vaisseaux capillaires blancs la tumeur seule est constante ; enfin, dans le tissu

*250 IIÉBUMÉ JJ K LHlSTOIliU UK LA MEDECINE,

cellulaire l’inflaumiution donne naissance à des endurcissements de divers aspects.

L’inflammation exerce sur les fonctions une action qui varie en raison de son intensité. Les irritations sanguines phlegmoneusos soni accompagnées de malaise et de fièvres, et quelquefois d’une altération profonde des fonctions nerveuses avec lésion des sécrétions. Dans les irritations lymphatiques il y a peu de fièvre et très peu de troubles sympathiques ; mais si elles se prolongent, elles donnent souvent lieu à des dérangements dans les sécrétions séreuses et lymphatiques, et l’on voit paraître des bydropisies.

L’inflammation se termine par délitescence, par résolution, par suppuration ou par la gangrène. Elle se termine par délitescence ou résolution : 1° quand la cause irritante a cessé d’agir avant que l’inflammation ait atteint un très haut degré d’intensité; 2° lorsqu’on a soumis la partie enflammée à l’action des substances astringentes ou sédatives ; 3° lorsque l’organe enflammé a développé une irritation sympathique supérieure à la sienne; U° lorsqu avant l’apparition de la phlegmasie il en existait une autre, ou plus forte ou plus faible, mais qui alors par le jeu des sympathies a repi is des forces nouvelles ou même supérieures. La suppuration est le but de l’inflammation: quand le pus est rejeté au dehors,! tout le travail morbide s’arrête; quand au contraire il est versé à l’intérieur, il entretient l’irritation des tissus et perpétue les accidents. La gangrène est déterminée par l’excès même de 1 inflammation; par la compression ou 1 étranglement des parties enflammées, ou par l’action de certains principes délétères. Il arrive quelquefois que tout en perdant de leur intensité et en devenant : ob scurs, les symptômes ou phénomènes inflammatoires se proion- i gentaudelàde leur temps ordinaire. Les inflammations constituent dans ce cas ce qu’on appelle les inflammations chroniques. Cependant Broussais admettait aussi des inflammations chroniques primitives. iSous sommes forcé d’avouer ici que nous ne comprenons guère cette appellation, car pour nous une inflammation chronique primitive est tout simplement une inflammation qui n’est pas chronique, autrement dit une inflammation chronique qui ne l'est pas.

Les altérations qu’éprouvent les tissus atteints de phlegmasie chronique dépendent de la structure du tissu enflammé ainsi que du degré et de l’ancienneté de l'irritation. Quand les organes sont riches en capillaires sanguins et en tissu cellulaire, la tumeur

TEMPS mo LUTTE ET UK PEIIFEC l'ION NEMENT. '2 51

inflammatoire persiste et passe à l'état d'induration. L hépatisation, les callosités et l’épaississement constituent également les formes secondaires de l'inflammation chronique.

Quand l’inflammation chronique dure longtemps , la rougeur et lu chaleur disparaissent, le sang pénètre avec peine dans les parties malades, les vaisseaux blancs s’irritent et s’engorgent, et ce tissu prend une consistance homogène de couleur blanche indolente, dans laquelle se développent des tubercules , des mêla-* noses et des squirrhes , qui finissent par se ramollir et se liquéfier, et qui détruisent alors par l’ulcération les parties qui en sont le siège.

Des sutkinflunimntious.

il y a deux sortes de subinflammations , les unes primitives et les autres consécutives. Les subinflammations primitives sont fort rares : on nomme primitives celles dans lesquelles l’inflammation a débuté par les vaisseaux blancs. Les subinflammations consécutives sont fort communes, elles sont le résultat des irritations sanguines. Lorsque J irritation des vaisseaux blancs est déclarée , elle entraîne presque immédiatement l i rri talion secondaire et sanguine des tissus adjacents. Ainsi, dans les bubons vénériens, l’irritation primitive a certainement son siège dans les vaisseaux lymphatiques ou dans les glandes, mais elle se propage en un instant aux vaisseaux capillaires sanguins et au tissu cellulaire qui unit tons ces vaisseaux.

Broussais, loin de regarder les tubercules , les squirrhes, les cancers et les scrofules comme des entités morbides , considérait au contraire toutes ces désorganisations comme des produits nécessaires de l’inflammation chronique. Il soutient qu’il n’y a point de maladies héréditaires proprement dites, et qu’on n’apporte pas au monde le germe inné ou préexistant de telle ou telle maladie, mais qu’on naît seulement avec une disposition et une aptitude à contracter certaine maladie plutôt que toute autre. Si l’on voulait, dit-il, remonter jusqu’à la nature des causes qui ont donné naissance aux dégénérations organiques , on verrait quelles se rattachent à des irritations primitives développées sous 1 influence des stimulants de toute espèce. Ainsi la phthisie pulmonaire et la dégénérescence tuberculeuse qui la dénote sont presque toujours la suite ou le produit d’un catarrhe pulmonaire très intense ou de quelque rhume passager, mais très fréquent. Voici

252 résumé de l’histoire de la médecine.

comment les tubercules se développent. D’abord les tissus glanduleux, affectés de pblegmasie chronique, deviennent durs; ils changent de couleur et passent au gris ; alors , si la résolution ne se développe pas, il s’amasse et il se dépose au centre de la glande et de ses parliesextérieures une matière blanche etinodore, qui est, à proprement parler, le tubercule à I état de coction ; enfin, l’irritation se propage aux vaisseaux de la partie désorganisée, enflammée, ulcérée. La suppuration devient abondante, les sympathies se développent , la fièvre hectique paraît, et une mort prochaine est le résultat de ce désordre.

Broussais admet , avec les auteurs , des cachexies cancéreuses et tuberculeuses, mais par ces mots il désigne seulement l’ensemble des désordres sympathiques produits par les dégénérations consécutives et par 1 inflammation chronique. C’est avouer très naïvement qu’ils ne tiennent pas les véritables cachexies des auteurs.

Des hémorrhagies.

L’hémorrhagie est une des formes de l’irritation, ou, pour mieux dire, c’est l’irritation elle-même parvenue au système capillaire sanguin. Toutes les hémorrhagies sont actives, quelle que soit d’ailleurs la force du sujet. Il y a des hémorrhagies avec faiblesse, mais jamais par faiblesse. L’étatdvnamiquedes sujets metseul une différence dans l'intensité des symptômes. Les ecchymoses et les pétéchies ne sont pas des hémorrhagies passives; ce sont des résultats ejui se lient à l’irritation des organes; il en est de même des flux hémorrhoïdaux et des taches scorbutiques , qui ne proviennent ni de la faiblesse ni de l’asthénie, mais de l’altération dusaDg. ; Il faut employer les saignées générales dans les hémorrhagies1 précédées du molimen liœmorrhcigicum et les saignées locales dans les hémorrhagies passives. Enfin , si la débilité ou l'épuisement du malade s’opposait à l’emploi des moyens antiphlogistiques , il faudrait employer la méthode révulsive , qui est aussi héroïque dans le traitement des hémorrhagies que dans celui des inflammations.

Des névroses.

L’irritation nerveuse est de toutes les irritations celle qui paraît la première, parce que de tous les organes les capillaires nerveux sont les premiers qui ressentent l’influence des stimu-

lants. Si l’irritation nerveuse est concentrée dans le tissu des nerfs, elle y excite un désordre qui consiste dans une surexcitation qui se répand immédiatement dans les viscères importants au moyen des sympathies. Cet état pathologique peut entraîner la plupart des phénomènes généraux de l’irritation, et même déterminer la mort avant que l’irritation sanguine ou fluxionnaire se soit développée. On donne le nom de névroses actives à ce genre de névroses, et l’on nomme névroses passives celles qui proviennent de la diminution ou de l’abolition de l’irritabilité.

La cause des névroses est l’irritation déterminée par l’action immédiate ou sympathique des stimulants. Il y a deux sortes de névroses , les névroses essentielles et les névroses symptomatiques; mais ces dernières sont bien plus nombreuses. Les névroses essentielles sont celles qui se développent sous l’influence d’une impression morale ou d’une stimulation sympathique reçue par le cerveau ; les névroses symptomatiques doivent toujours leur existence à l’irritation. Elles succèdent à l'inflammation ou à la subinflammation du centre sensitif. Aussitôt que l’irritation nerveuse se concentre dans les minuscules des nerfs, la sensibilité y devient plus vive et plus active, les fluides y abondent de toutes parts et il survient une phlegmasie chronique. C’est ainsi que la plupart des névroses se transforment à la longue en phlegmasies chroniques, et que la manie, l’épil epsie et la catalepsie finissent souvent par produire des céphalites et des apoplexies. En résume, il est rare que les névroses ne soient pas accompagnées d un mouvement fluxionnaire et suivies de l’inflammation des tissus. Elles tiennent de fort près aux inflammations, aux subinflammations et aux lésions organiques, et 1 on ne saurait apprendre a les connaître qu’en étudiant à fond 1 irritation des viscères et toutes les nuances diverses de l’inflammation.

Les meilleurs remèdes à employer contre les névroses essentielles sont : la sobriété, les adoucissants, un léger exercice et les antispasmodiques. Quant aux névroses symptomatiques , elles cèdent , en général , aux antiphlogistiques et aux révulsifs combinés.

Thérapeutique générale de la doctrine de l’irritation.

Pas d’expectation; elle est la cause de toutes les désorganisations de tissu. Il faut combattre les irritations dès- leur début , et ne jamais compter sur les crises, qui sont 1 effet Pt non la cause de

25 h lIKsUMK DK I. MIS TOI lit. 1)1. I. A MlbECIXK.

la cessation des affections moi bides dans lescju elles on les observe. On ne doit s’arrêter dans le traitement de I n citation que lorsqu’elle a cédé, ou du moins lorsqu’on a la certitude qu’elle va bientôt céder aux moyens qu’on a employés contre elle. Ce n'est pas la perte de sang qui prolonge la convalescence , ce sont les points d’irritation qui restent encore dans les viscères et qui s’y maintiennent par l’emploi des stimulants et les prétendus toniques. Les irritations sanguines, les irritations nerveuses et les irritations lymphatiques ou subinflammations sont toutes au fond de la même nature ; c’est dire que toutes , sans exception, réclament le même traitement.

Les accidents symptomatiques qui accompagnent les irritations locales ne demandent pas ordinairement de traitement spécial; elles cessent avec l’irritation qui les a produites. La première

chose à faire dans le traitement de l’inflammation, c’est d’enlever ou de détruire les causes productrices de l’irri tation ; mais, du moment que l'irritation est développée, il faut la combattre. On a recours au repos du lit, au repos de l’organe malade, à la diète et aux moyens antiphlogistiques, aux saignées générales et locales, aux boissons mucilagineuses, aux lavements émollients, aux cataplasmes et aux topiques adoucissants. On a recours aussi aux irritants appliqués sur le siège même de l’irritation ; enfln on emploie les spécifiques quand il y a lieu. Les saignées locales doivent être employées contre les irritations membraneuses; les saignées générales sont rigoureusement indiquées contre les irritations des organes parenchymateux.

Il y a entre les saignées générales et les saignées locales cette grande différence que les premières n’agissent sur les tissus irrités que par la déperdition de sang quelles produisent, tandis que les secondes, outre cette action déplétive, exercent encore une action révulsive. Quant aux stimulants locaux, ils font cesser 1 irritation morbide en produisant une autre irritation sur un point plus ou moins éloigné de celui qui a été primitivement affecté ou irrité; leur mode d’action s'appelle révulsion, et ils prennent eux-mêmes le nom des moyens révulsifs.

Les révulsifs concourent avec les débilitants au traitement des irritations; ils deviennent la ressource exclusive du médecin, quand les antiphlogistiques ont échoué. On fait ordinairement précéder les révulsifs de 1 emploi des débilitants; mais dans les maladies aiguës, où le danger est très pressant, on les applique

« tout de suite. Dans tous les cas, la partie où on les pose ne doit pas j être en rapport sympathique avec l'organe malade. lies révulsifs «combattent efficacement les irritations chroniques, surtout quand « elles sont apyrétiques S'il arrivait que les topiques irritants augmentassent l'irritation, il faudrait non seulement combattre l imitation locale secondaire, mais encore l’irritation primitive dont «on se proposait d’obtenir la guérison par la révulsion. Règle générale : dans toute application de révulsifs, il faut bien se garder «de développer des sympathies nuisibles. Broussais recommande «expressément de ne jamais employer de stimulants à l’intérieur

■ dans les maladies aiguës. On n’obtient de crises, dit-il, que dans les maladies traitées par les stimulants. Elles n’ont jamais lieu à la suite du traitement antiphlogistique sagement administré. Or, les crises sont inutiles; elles sont ordinairement le produit d une irritation révulsive déterminée par des agents perturbateurs qui «ont porté leur action sur d’autres parties que celles qu’on avait • directement stimulées. Dans ce cas, elles ne font pas de mal, et voilà pourquoi elles ont paru utiles.

De l'asthénie.

[. asthénie est l’état d’un organe dans lequel l’énergie de l’action vitale est au-dessous du degré nécessaire à l entretien mormal de la fonction qu’il exerce et à l'accomplissement de sa nutrition. L’asthénie a pour cause : 1° la soustraction partielle ou itotale des stimulants qui mettent en jeu l’excitabilité des tissus; '2° 1 irritation d’une autre partie. L’asthénie de l’estomac est la «plus redoutable de toutes, à cause des rapports nombreux qu’enitretient cet organe avec tous les autres organes, et de l’aslhéi nie qu’il peut produire sympathiquement dans le cerveau et dans le cœur. Enfin, la partie débilitée peut réagir, et celte réaction est ;alors suivie d’une irritation. La faiblesse dépend souvent de la 'Concentration de la vitalité dans une autre partie : voilà pourquoi le premier sentiment qu’un malade éprouve au début de sa mailadie est celui de la faiblesse; c’est pour la môme raison que la (gastro-entérite grave est accompagnée de la prostration des for- »ces, et que l’exagération des forces musculaires est presque toujours suivie de la débilité de la muqueuse de 1 estomac.

La débilité est rarement générale, car l’irritation et l’asthénie se i rencontrent très souvent ensemble chez le même individu.

■ L asthénie ne se transmet pas à la manière de l’irritation, mais

256 RÉSUMÉ DE l' HISTOIRE DE EA MÉDECINE.

elle s’étend d’un organe à un autre, par la cessation de l’influence

sympathique qu’exerçait la première sur le second.

Le traitement de l’asthénie est fort simple: il faut remontera la nature de la cause de l’asthénie, et l’on n’a plus à choisir qu’entre deux indications. Quand l’asthénie se déclare à la suite de la soustraction des irritants, il faut rendre à 1 organe qui en a été privé ses stimulants naturels, quelquefois même il faut recourir à des stimulants plus énergiques, que l’on dirige sur l’organe dont l’asthénie primitive a entraîné l’asthénie secondaire. Quand, au contraire , l’asthénie est le produit d une irritation violente, développée sur un organe qui a de grandes sympathies avec les autres organes , il faut d’abord faire cesser immédiatement cette irritation par des antiphlogistiques, puis stimuler ensuite l’organe débilité, en ayant bien soin de ne pas ajouter par un traitement imprudent à l’intensité de la première irritation.

De la fièvre essentielle.

Selon Broussais, dès qu’un tissu est pris d’inflammation, il communique cet état à la membrane muqueuse gastrique, et il accélère les contractions du cœur. Il en résulte que dans la majorité des cas, la gravité du mal lient plutôt à la gastrite secondaire qu’à l’inflammation primitive.

Cette proposition conduisit Broussais à en formuler une autre, qui a une large part dans sa doctrine, dont elle constitue véritablementune des bases fondamentales. La voici telle qu’il l’exprime: « La muqueuse gastro-intestinale est affectée dans toutes les maladies sans exception, qu’elle le soit primitivement, consécutivement, ou par voie de sympathie. « Comme on le voit, ce principe a pour résultat de détruire d’un seul coup la classe entière des fièvres essentielles des auteurs. De plus," il est la souche des propositions suivantes que Broussais et ses sectateurs ont établies comme des axiomes. 1° Toute fièvre qu’on ne peut judicieusement rapportera une irritation locale ou à une phlegmasie est néces-. sairement une gastro-entérite simple ou compliquée, et parconséquent les différents ordres de fièvres admis par les auteurs ne sont en réalité que les formes variées que peut revêtir la gastroentérite. 2° Toutes les fièvres essentielles se composent: 1° d'un ou de deux symptômes prédominants et en quelque sorte spéciaux, qui forment le caractère distinctif de la maladie ; 2° de jdiénomènes qui sont communs «à toutes et que l’on groupe autour des pre-

t'EMFS DE I.DTTE ET DE PERFECTIONNEMENT. 257

mirrs. 3° La fièvre inflammatoire est une gastro-entérite déclarée chez un sujet robuste et sanguin, chez qui les phénomènes sympathiques consistent particulièrement dans la réaction vive et puissante du cœur et des vaisseaux sanguins. 4° La fièvre bilieuse est une gastro entérite développée chez un individu bilieux, dont le système hépatique réagit vivement. 5° La fièvre nerveuse est également une gastro-entérite développée chez des individus faibles, cacochymes et lymphatiques. 6° Les fièvres contagieuses sont des gastro-entérites compliquées d’une phlegmasie du cerveau et produites par des agents toxiques. 7° Les fièvres intermittentes et rémittentes sont des gastro-entérites périodiques. 8° Le délire, les convulsions, la manie, l’apoplexie et les autres irritations du

cerveau, prennent presque toujours leur source dans l’inflammation aiguë ou chronique des voies digestives. 9° La goutte dépend d une gastro-entérite; la fièvre d incubation des phlegmasies éruptives est aussi une gastro-entérite. Enfin, on doit rattacher encore au même état morbide l’hépatisation, l’arthritis, les névroses de 1 estomac et même le squirrhe de ce viscère.

Toutes ces propositions démontrent que la négation de l’essentialité des fièvres et leur localisation dans le tube digestif sont réellement la base de la doctrine de Broussais. Voici du reste quelques extraits qui vont compléter ce que nous avons à dire du système de ce fougueux novateur.

Il y a beaucoup de cas, dit-il, où les maladies commencent par les fluides. C’est alors par les fluides qu’il faut les attaquer.

L économie est sujette à une foule de vices organiques, tels que les défauts de conformation, les adhérences contre nature, le développement imparfait ou exagéré de certaines parties, le défaut ou l’existence insolite de quelques organes, les déplacements , les divisions et les solutions de continuité. Il y a des causes spécifiques, mais il n’y a pas d’irritations spécifiques, et la preuve, c’est que les irritations prétendues spécifiques rentrent toutes dans la classe des irritations ordinaires, et qu’elles sont soumises aux mêmes lois vitales.

Broussais n admettait d’autres classifications possibles des maladies que celles qui ont pour bases l’anatomie et la physiologie, loutesles classifications, dit-il, qui tendent à nous faire considérer les maladies comme des êtres particuliers sont défectueuses, et un esprit judicieux est sans cesse, et comme malgré lui, ramené vers la recherche des organes souffrants. L’anatomie pathologique

558 hésumiv de l’histoibe de la médecine.

n’est pas une science proprement dite, mais seulement une branche de la médecine, un simple complément de la pathologie. Elle a eu trop souvent pour résultat d’imprimer à la médecine une marche rétrograde; elle ne doit avoir désormais d'autre but que de compléter l’histoire des maladies. « J'avouerai, dit-il, que je n’ai jamais pu comprendre quel intérêt pouvaient présenter les altérations des Organes considérées indépendamment des symptômes des maladies. En y réfléchissant bien, il m’a même semblé que cette espèce d’étude menait directement à l’ontologie, puisqu’elle tend à séparer les organes des signes extérieurs dé leur souffrance. En effet, étudier les organes altérés sans faire mention des symptômes des maladies, c’est comme si l’ori considérait l’estomac indépendamment de la digestion; les muscles, sans s’occuper de la locomotion ; l’appareil sanguin, sans parler de la circulation. Donc je regarde cette méthode comme une suite de l’ancienne médecine qui fut d’abord empirique, parce qu’on était réduit à l’observation des symptômes, et qui devint bientôt ontologique, parce qu’on rassembla les symptômes en différents groupes qui reçurent chacun une dénomination et présentèrent l’idée d’une maladie indépendante des organes dont elle exprimait la souffrance. Cette méthode, je le sens, était nécessitée par l’impossibilité de se procurer l’ouverture des cadavres; mais lorsque cette ouverture fut autorisée par les lois, on devait naturellement s’attendre à voir tous les efforts des médecins se réunir pour rattacher les symptômes aux organes, sauf à réformer les groupes que l’on avait fait autrefois, s’ds ne représentaient pas avec exactitude les souffrances de ces mêmes organes. »

Broussais recommande de détruire immédiatement l irritation et les sympathies morbides; d’opposer à ces états les antiphlogistiques et les révulsifs; de n’employer à l’intérieur que des émollients, et de ne jamais faire usage d’un médicament avant de connaître I état de l’organe sur lequel il doit porter son action.

En résumé, trois grands principes dominent et constituent la doctrine de Broussais, à savoir : 1° 1 irritation représentée comme la cause, I état ou la fin de la plupart des maladies; 2° la localisation des fièvres essentielles et leur ralliement à la classe des inflammations; 3° la substitution de la méthode antiphlogistique à la méthode stimulante, et la simplification du traitement pharmaceutique.

On ne peut douter que la doctrine de Broussais n’ait apporté

temps de Lutte et de perfectionnement. 259 quelques modifications heureuses dans la pratique de la médecine. Elle a fixé I attention sur les lois de la vie qui doivent toujours être le premier objet de l'étude du médecin. Elle a ramené les esprits h l’hippocratisme, en établissant une sorte de transition entre 1 anatomie pathologique et le vitalisme, mais en revanche elle a aussi causé beaucoup de mal. Elle a fait perdre de vue l’activité propre de l'organisme; elle a ruiné la thérapeutique et la matière médicale en réduisant tout l'art de guérir à une seule médication, enfin elle a détruit la pathologie elle-même en confondant sous un seul état morbide toutes les affections de l’économie, voire même les affections spécifiques. Toutefois il faut reconnaître que les excès et les abus sont venus des disciples plutôt (pie du maître, et que beaucoup d’entre eux, parfaitement ignorants de la science médicale que Broussais avait imprudemment réduite à des proportions très mesquines, ont finalement poussé les préceptes à des conséquences pratiques que l’illustre réformateur était fort éloigné de prévoir, et qu’il a constamment blâmées quand il a été à même de pouvoir le faire.

Nous devons ajouter encore que Broussais est revenu sur beaucoup de points de sa doctrine, ët que son système des deruiers temps ne ressemblait guèreà celui qu’il avait exposé en 1816 dans son fameux Examen des doctrines. C est ainsi, par exemple qu en pailant de 1 irritation, cest-a-dire du fait culminant de sa doctrine, il dit lui-même, dans la troisième édition de son Examen des doctrines : « J’ai soutenu que la plupart des maladies dépendaient de l’irritation, mais je n’ai pas prétendu qu’elles en fussent toutes le résultat. Et d’ailleurs notre doctrine n’est point intitulée la doctrine de l’iiritation mais la doctrine physiologique : ainsi elle repose nécessairement sur toutes les modifications que peut éprouver la vie, et non pas seulement sur son exaltation, quoique celle-ci soit incomparablement la plus fréquente. »

Après une pareille déclaration de la bouche même de l’auteur de la doctrine physiologique, nous n’avons qu’une chose à dire: c’est que Broussais était essentiellement vitaliste, et que son système, jugé à fond et sans prévention, doit être mis au nombre des doctrines qui aboutissent à l’hippocratismë.

Quelques auteurs ont prétendu que Broussais avait puisé ses théories physiologiques dans les œuvres de Cullen, de Bordeu et ide Bichat ; ses théories pathologiques dans les ouvrages de I Brown , de Pujol et de Prost; ses idées thérapeutiques dans les

j, „ UÉSUMÉ DK r.’HISTOlBK DK LA MÉDEC1NK.

écrits de Sent, a, de Valsalva , de Varna et de Uecquet. D'antres eu dit bien haut que sa doctrine n’était en définitive qu une untncnse et indigeste compilation. Nous laissons a la lie des critiques I gnominieuse responsabilité d'une pare, Ile accusation; et nous disons : A quelques uns peut-être, i. beaucoup sans doute, 1 im- 'puissance facile d'une honteuse et sèche compilation; mais a moussais, homme de pensée et de génie, d'autres moyens et , Vautres ressources. Broussais a fait comme ses prédécesseurs et comme tous les hommes d'une immense portée: ,1 a lu et beaucoup lu; il a vu, observé, médité, combiné; puis, artisan de scs propres vues et de ses jugements, il a senti les proposons de ses combinaisons, et il en a formulé les principes avec celte vigueur de trait et de coloris qui caractérise les esprits vraiment supérieurs.

lîcsumé et parallèle des deux doctrines de I incitation et de l’irritation.

Doctrine de Brown.

1. L’incitabilité est la source de tous les phénomènes vitaux

physiologiques et pathologiques.

2. L’incitation est le produit des incitants sur l’incitabilité ,

c’est la vie elle-même en exercice.

3. De l’état normal ou anormal de l’incitabilité dérivent, avec

des nuances différentes, la santé et la maladie.

U. Quatre-vingt-dix-sept fois sur cent les maladies sont

asthéniques.

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