ÉCOLE D’ALEXANDRIE
L’an du monde 3681, et 323 ans avant Jésus Christ, Alexandrie devint, sous les Ptolémées (Soter, Philudelphe, Évergète), la capitale du monde et le sanctuaire des sciences, des arts et du commerce. La médecine occupa sa place dans cet institut célèbre (Museon) qui constitua bientôt une véritable université. L école médicale fut créée par Hérophile et Érasistrate, et elle acquit une si grande réputation, qu’il suffit pendant longtemps de dite que l’on appartenait à l’école d’Alexandrie pour faire concevoir de soi une très haute opinion. A Alexandrie toutes les connaissances qui dérivent de l’organisation remplacèrent les notions métaphysiques. On cherchait les causes les plus subtiles dans les propriétés les plus grossières de la matière; et, tandis que d autres écoles s’épuisaient à la recherche des analogies métaphysiques, l’école d’Alexandrie ne tenait compte que des circonstances et des conditions physiques. Avant elle, tout était espiit, avec e e’ tout devint matière. C’est très certainement de l’école d Alexandrie q n’est sorti le matérialisme médical, et par conséquent le emlavérisme, l’anatomisme, l’anatomo-pathologismc et loignm
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cisme qui en dérivent. Hérophile, de Chalcédoine, passe généralement pour le fondateur de l'anatomie. Nous lui devons la découverte du système nerveux. Enfin ce fut sous le règne des Ptolémées qu’on permit pour la première fois aux médecins d’ouvrir des cadavres humains.
Quoique fondateur de l'école anatomique , Érasistrate était réellement animiste. Il rattachait comme cause à un pneuma tous les phénomènes physiologiques et pathologiques du corps hu- | main. La théorie du pneuma fut à celte épioque pour 1 école | d’Alexandrie ce que devint plus tard la circulation du sang pour l’école mécanique. Néanmoins, malgré toutes ces tendances vita- i listes, Érasistrate renversa la doctrine humorale des anciens et il ; prétendit que dans les maladies il ne fallait tenir compte que de , la lésion des solides. Erasistrate se fit un nom très célèbre à la | cour de Séleucus Nicanor, pour avoir reconnu, à l’agitation du pouls dAntiochus Soter , l'amour que celui-ci éprouvait pour Stratonice, sa belle-mère. La cause du mal une fois reconnue, la maladie fut bientôt enrayée et Érasistrate reçut de Séleucus cent talents pour cette cure importante. Érasistrate réduisait toute la thérapeutique à des moyens très doux, tels que la diète, la tisane et quelques purgatifs légers. Il proscrivait entièrement la saignée qu’il remplaçait par la ligature des extrémités du corps. Les médecins d’Alexandrie élaient de très habiles dialecticiens; ils s’attachaient surtout à définir avec un très grand soin les expressions et les termes qu’ils employaient. Ce fut du temps d Hérophile et d Érasistrate que la médecine, la chirurgie et la pharmacie, exercées jusqu’alors dans tous les pays par les mêmes sujets, furent séparées en trois branches distinctes, qui reçurent les noms de diététique, de pharmaceutique et de chirurgie. La diététique fut confiée au médecin. Celui-ci réglait la diète, prescrivait les remèdes, formulait les doses des médicaments, et traitait exclusivement les maladies internes. La pharmaceutique, ou la rhizotomie, constitua 1 art du pharmacien : il fut chargé de panser les plaies et les ulcères, et de traiter les humeurs. Enfin, la’ chirurgie devint j la pratique exclusive du chirurgien et lui seul eut le droit de pratiquer les opérations. Cette première séparation des diverses ! branches delà médecine eut lieu à l’école d’Alexandrie 300 ans avant J.-C. Plus tard, ces trois branches se reconstituèrent, mais i elles furent de nouveau séparées. Cette deuxième séparation eut lieu à llome du temps de Galien. Enfin, après avoir encore tenté !
Ude se réunir, elles furent dissoutes une troisième fois; et cette (dernière séparation s’opéra au moyen âge, en 1163, par suite de U’ordre que le concile de Tours intima aux prêtres de ne se livrer Êà aucune opération sanglante, par cette raison que l’Église a horïreur du sang : Abhorret Ecclesin a sanguine. A dater de ce moment, lies chirurgiens se séparèrent des médecins et ils se répandirent ,de toute part sous le nom de circulatores , jusqu’au temps où Guy .de Cliauliac et Ambroise Paré imprimèrent à la chirurgie une grande impulsion et un véritable éclat.
Il y avait à Alexandrie un institut de médecins entretenu aux frais de l’État; les membres de cette compagnie se réunissaient dans la salle de musée au château de Bruchium, qui était également le siège d’une bibliothèque fameuse , créée 282 avant J. C., et augmentée depuis par Ftolémée Philadelphe , qui la dota pour sa part de deux cent mille volumes. La bibliothèque d’Alexandrie a été détruite trois fois. La première fois par Jules César, que les rigueurs de la guerre obligèrent à incendier la flotte d’Alexandrie.
Le feu se communiqua à la bibliothèque , et plus de quatre cent mille volumes devinrent en peu de temps la pi oie des flammes! Reconstituée bientôt par la munificence de Marc-Antoine et de Cléopâtre, elle fut détruite par l’ordre d’Omar, premier calife , dans la guerre qu’il entreprit contre Ali , que Mahomet avait désigné pour son successeur. Enfin, elle fut détruite la troisième fois par Ammon, vice-roi d’Égypte, qui poussa le vandalisme au point de faire chauffer les bains publics avec ces riches collections de la première bibliothèque du monde.
ÉCOLE DE SALERNK.
L’école de Salerne , qui a valu à la ville de Salerne le surnom le Cité hippocratique , Civitas hippocraiica , est la première université qui ait été fondée en Europe. On s’y rendait de toutes les parties du monde pour y étudier les sciences , et la médecine surtout y jouissait d’une grande célébrité. Selon quelques écrivains, [Wine de l’école de Salerne remonte an vu» siècle; selon d autres, elle ne date que du xiP. Voici le produit de nos recherches a
cet ecrgrcl.
L’école de Salerne ne fut que la continuation de 1 ecole du montCassin , créée en 528, par saint Benoit , dirigée par des moines fort instruits, et illustrée par Constantin I Africain, qm s y était retiré pour y étudier les travaux des médecins grecs et arabes.
*2 S 6 RÉSUMÉ DE l’iIISTOIIIE DE LA MÉDECINE.
Ce fut Robert Guichard , prince de la Fouille , qui , après s'étre rendu maître de Salerue, dans le royaume de Naples , y transléra l’école du mont Cassin. Celle-ci prit alors le nom d'école de Salerne, et elle acquit chaque jour un développement et un éclat que la guerre sainte augmenta encore en attirant dans son sein grand nombre de gens illustres.
L’école de Salerue est surtout fameuse par les sentences et Je» maximes qu’elle a données sur l’art de se bien porter et d’éviter les maladies.
Les maximes de l’école de Salerne , écrites en vers latins léonins, renfermaient, dans le principe, 1 ‘2 3 9 vers, et formaient un poème diététique , que l’on attribue encore à Jean de Milan, un des maîtres les plus fameux de cette école. Quelques historiens soutiennent, au contraire, que Jean de Milan ne fit que meure en vers des maximes et dogmes recueillis par lui sur les tables de l’école de Salerne, où elles avaient été inscrites par ses prédécesseurs, et qu’il entreprit ce travail à la suite d’une consultation qu’il donna à Robert, fils de Guillaume le Conquérant, qui, blessé au siège de Jérusalem, alors qu’il n’était encore que duc de Normandie, était venu à Salerne pour y entendre les savants maîtres de l’école et leur demander leurs soins. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il dédia son poème à Robert, roi d’Angleterre. On rapporte à ce sujet que Robert, ayant consulté les médecins à l’occasion d’une fistule qu’il avait au bras droit , on lui répondit qu il ne guérirait de cette affection qu’autant qu’on sucerait cette fistule, qui était le résultat d’une plaie produite par une arme empoisonnée. Robert refusa de compromettre la vie de qui que ce fût pour son salut; mais sa femme, qui l’aimait tendrement et qui avait eu connaissance de cette consultation, suça sa plaie pendant qu’il dormait , et parvint ainsi à le guérir sans éprouver elle-même la plus légère indisposition.
Plus tard, vers la fin du xin* siècle, Arnaud de Villeneuve, professeur de l’université de Montpellier, composa pour le roi d’Aragon, un traité spécial d’hygiène qu’il intitula : Regimen saniiatis ad incljtum regem Aragonum. Cet ouvrage, qui ne manque pas de mérite, n’est au fond cpi’un commentaire heureux du poème diététique de Jean de Milan. Enfin, Gilles de Corbeil, médecin de Philippe-Auguste, a mis en vers et publié aussi les maximes de l’école de Salerne.
On ne compte pas moins de cinq traductions françaises du
fameux poème aphoristique, mais il y en a plusieurs qui ne méritent même pas la peine d'être lues. I.a meilleure est celle que Levacher de la Feulrie publia en 1779: on y trouve quelques aperçus sur le calé, les liqueurs et le cidre, qu’on chercherait en vain dans la souche modèle, et par une raison bien simple, c’est que ces produits de l’art n’existaient pas du temps des fondateurs de l’école de Salerne.
L’école de Salerne a compté aussi des maîtres célèbres dans l’enseignement oral. On cite Berihier, Garioponthus, Coplion et les deux Platéarius, comme ayant professé avec éclat dans un laps de cent ans environ, à savoir de 1040 à 1140.
D’après les règlements de lécole, il fallait pour être reçu médecin avoir étudié pendant sept ans au moins. On répondait alors publiquement aux questions qui étaient faites sur les livres de Galien et d’Avicenne, et si l’expérience était reconnue satisfaisante, on recevait l’anneau d’or qui confirmait le droit d’exercer. On était, moins exigeant pour le grade de chirurgien : on le donnait à quiconque prouvait qu’il avait étudié l’anatomie pendant deux ans.
Y avait-il des docteurs à l’école de Salerne ? Non, il n y en avait pas, quoi qu’on dise. Ce titre a été conféré pour la première fois en 1230, dans l’université de Paris, et il a été donné ensuite par l’université de Bologne, en 1295.
Dans ces premiers temps, le titre de docteur équivalait à celui d’une chevalerie militaire et constituait une véritable illustration. Les temps sont bien changés et le prestige est bien déchu ; mais tout cela est parfaitement réparable. Il suffit pour rendre au doctorat son autorité et son éclat, de le prendre au sérieux et de ne le conférer qu’à ceux qui s’en rendent dignes par des études et des épreuves importantes. Le mot docteur veut dire enseigneui , eh bien, qu’on ne l’accorde qu à ceux qui ont assez étudié et assez appris pour enseigner eux-mêmes magistralement, et 1 on îeconslruira ainsi une véritable noblesse, celle de la science et de la sagesse, la plus noble de toutes aux yeux de la uison.