Première partie ou partie historique
L’enseignement de la médecine à Paris remonte à l’an 800 de l’ère chrétienne, au temps de l’école Palatine, fondée par Charlemagne. La médecine faisait partie à cette époque des études élevées dont l’ensemble formait ce que l’on appelait alors le quadrivium , et, à ce titre, elle avait déjà son enseignement spécial.
Après la destruction des écoles Palatines, les sciences se réfugièrent dans les monastères. Elles y vécurent comme elles l’entendirent: cessant d’étre soumises à une règle commune. Los maîtres ne subirent plus aucune discipline, ils n’eurent d’autres titres que ceux qu’ils se donnèrent, et chacun put se livrer à la médecine sans aucun examen préalable. Cet état de choses était plein de dangers; l’abbé de Sainte-Geneviève le comprit, et, pour prévenir tout événement, il réunit les maîtres et il leur soumit un projet de statuts qu’il avait préparé d’avance.
Ce projet fut adopté à l'unanimité, et les écoles monastiques furent créées, grâce au concours intelligent des chefs d’école et de l’évêque. Aux écoles monastiques on vit succéder, en 1170, une société qui prit le nom d’Études de Paris. C’était une espèce d’institut fondé, d’après les ordres de pape Alexandre III, par les archevêques de Reims et de Rouen, et le cardinal Saint-Chrysogone. Les maîtres de cet institut furent répartis en compagnies diverses; on leur donna un chef, des magistrats, une di-cipliné et le droit d’enseigner. On créa des grades qui ne purent être conférés qu’après des épreuves plus ou moins sérieuses. En un mot, 1 enseignement fut établi sur des bases régulières, et comme la Société des études de Paris embrassait tous les genres de connaissances, on lui donna le nom d' Université. Quelques années après, les élèves qui suivaient les cours de l’Université furent divisés, en raison des divers pays d’où ils venaient, en quatre classes ou nations, et 1 on vit : la nation de France, la nation de Picardie, la nation de Normandie et la nation d’Angleterre, qui prit plus tard le nom de nation allemande.
Quelques auteurs prétendent que l’Université a été créée par Charlemagne. C’est une erreur. Elle a été fondée sous Louis VII
iilit [e Jeune, par Pierre Lombard, maître des sentences. Et elle a | pris le nom d’Université en 1250, sous Louis IX, dit saint Louis.
J Du l'este, elle n’a jamais été plus florissante que sous Charles VI : ion 1 a pi oclamee alors la fille auiee des rois de France, et elle jouissait à ce titre des plus grands privilèges.
En 127 0, les différentes sections enseignantes de 1 Université se constituèrent en facultés distinctes indépendantes les unes des autres. Chaque faculté eut son doyen et conféra ses grades. Le doyen était à la fois le chef de la faculté ( caput facullatis ), le vengeur de la discipline (vindex disciplinai ), et le gardien des lois (i custos legum). Le titre de doyen fut d’abord accordé au maître le plus âgé de la compagnie; mais, en 1281, le décanat fut décerné à l’élection, et les fonctions de doyen devinrent temporaires. Eu 1272, sous le règne de Philippe III, et sous le décanat de Pierre de Limoges, la Faculté de médecine se sépara de l’Université, et elle commença véritablement à vivre d’une vie puissante et indépendante. Elle se composa de l’universalité des docteurs, et tous furent appelés, à tour de rôle, à professer et à prendre part aux actes publics et aux examens des élèves. Les médecins furent alors exemptés de toute charge et impôts, en vertu des privilèges accordés à l’Université, privilèges que chaque roi de France reconnaissait à son avènement au trône. A dater de cette époque, la Faculté de médecine de Paris prit un sceau particulier; elle eut aussi sa masse. On nomme ainsi lin bâton armé d’une masse dargent qu’un huissier, appelé à cause de cela massier, porte devant elle dans les grandes cérémonies. La masse est un symbole d’autorité. On la porte devant le chancelier de f rance, le recteur de l’Université, les facultés assemblées et les cardinaux.
En 1331, Philippe de Valois confirma plusieurs règlements adoptés par la Faculté, sous le nom de statuts. Elle ouvrit et composa des registres qui reçurent le nom de Commentaires ( Commun tarif)-, le plus ancien de ceux qui restent est de 138â. Piesque tous les médecins de cette époque étaient ecclésiastiques, quel ques uns parvinrent aux plus hautes dignités de 1 Eglise. On cite entre autres Guillaume d’Aurillac et Nicolas Fervcham qui devinrent évêques; et Gerbert, Sylvestre II, Jean et I iene d Lspa gne qui furent élus papes. Jusqu’en 150 5, la Faculté de médecine n’éut pas de local à elle. Les actes se passaient c îcz maîtres, et les grandes réumons de regents, dont le nombie m
s’élevait guère au delà de soixante-douze, avaient lieu dans l’éfdise des Matliurins ou à Notre-Dame ; lescout s étaient laits par des bacheliers, au quartier Saint-Jacques, rue du Fouarre, près la place Maubert. C’était aussi rue du Fouarre que se réunissaient les élèves de la Faculté des arts. Il n'y avait point alors de bancs pour les élèves; ils s’asseyaient sur du foin ou sur de la paille. En 1 50 5, la Faculté de médecine entra en possession d'une école, ou, pour mieux dire, d’un local qui avait été préparé pour elle au bourg de la Bucberie, par les soins et la munificence de Jacques Desparts, chanoine de la cathédrale, et premier médecin de Charles VII (1). Enfin, en 1667, ia Faculté quitta la rue de la Bucherie, et elle transporta sa bibliothèque et son enseignement aux anciennes écoles de droit, rue Saint-Jean-de-Beauvais. La Faculté avait pour patron saint Luc l’évangéliste, qui avait été médecin, et elle ne manquait jamais de célébrer dignement sa fête. Le mercredi, jour consacré à Hippocrate, était aussi pour elle un jour heureux.
L’ancienne Faculté conférait trois ordres de degrés : le baccalauréat , la licence et le doctorat.
Pour être admis candidat au baccalauréat en médecine, il fallait être âgé de vingt-cinq ans au moins; posséder un diplôme de maitre ès arts ou en philosophie; présenter un certificat de quatre années: d’étude à l’Académie, et déclarer par serment qu’on n était pas: marié.
Une fois admis candidats au baccalauréat, les élèves faisaient un stage de deux années, pendant lequel ils étudiaient l’anatomie, ! la physiologie, la matière médicale, l’hygiène , la phvsique et la chimie. Us étaient tenus aussi, pendant ces deux années, d’assister aux leçons et aux consultations des docteurs, de suivre la visite des médecins de l’Hôtel-Dieu, et de prendre note des argu-
(l) Vers le milieu du xvi' siècle, François Ier créa le College royal, connu aujourd'hui sous le nom de College de Fiance. La médecine tiouva sa part dans cette nouvelle institution. Une chaire particulière fut consacrée à son enseignement, et le professeur eut pour office : i° de lire les pères de la médecine grecque; a" de discuter la légitimité de leurs ouvrages ; 3° de recueillir des variantes ; 4° rétablir les textes. L amphithéâtre de médecine a bien changé d’aspect et de caractère depuis celte époque. Ce n est plus aujourd'hui un sanctuaire de conservation , c est line arene d expérimentation très utile sans doute et d une giande portée scientifique, mais détournée cependant du but de son institution, qu’il aurait fallu respecter, tout en modifiant avec le progiès les matières de la tradition.
me n talions qui étaient soutenues à la Faculté. Lorsque les candidats avaient rempli ces différentes formalités, ils étaient admis à la supplique, c’est-à-dire au droit de demander à être interrogés. Alors on leur faisait subir une série d’épreuves qui duraient huit jours, et quand ils avaient satisfait aux questions qui leur étaient adressées par les examinateurs, ils étaient bacheliers en médecine. Six mois après, ils soutenaient deux thèses, une sur la physiologie, l’autre sur l'hvgiène , et s’ils étaient reconnus capables, ils étaient nommés bacheliers maîtres.
A dater de ce moment, ils suivaient les hôpitaux, ils faisaient entre eux des conférences dans lesquelles ils s’exerçaient à l’argumentation , ils ouvraient des cours publics, et au bout de deux années ainsi employées ils prenaient le titre de bacheliers émérites. Ils étaient autorisés alors à présenter une seconde supplique, à l’effet d’élre interrogés sur la pratique, et à la suite de cet examen ils recevaient la licence, qui constituait le second degré ou le deuxième grade en médecine.
Les bacheliers étaient obligés de lire dans les écoles , et de commenter les auteurs classiques. Pour devenir émérites, ils s’exercaient à renseignement dans une maison située rue du Fouarre; ils furent autorisés ensuite à ouvrir des cours aux collégesde Bagneux, de Justinien, de Presle et de Bonceur. Enfin, pendant les deux années qui devaient s’écouler entre le baccalauréat et la licence, ils choisissaient parmi les docteurs-régents un conducteur d’études qui leur donnait des conseils pour les leçons qu’ils avaient à faire. Les examens pour la licence duraient huit jours , et depuis trois heures jusqu’à six. Avant d’être admis à recevoir la licence, les bacheliers devaient s engager par serment, et même par un acte passé devant notaire, à ne jamais exercer la chirurgie, ou quelque opération que ce fût de petite chirurgie , en vertu de ce règlement de la faculté, ulmce Facultatis : « Par est conservare puram integramque dignitatem ordinis nmedici.» Les bacheliers émérites recevaient la licence tête nue et à genoux; c’était le chancelier qui la leurdonnait. Une fois reçus licenciés, ils avaient le droit d’exercer et d’enseigner la médecine, non seulement à Paris et dans toute la f rance , mais encore dans tous les pays où dominait la religion catholique: « Hic ubique «terrarum. » De plus, ils étaient réputés docteurs des univei sites autres que celle de Paris. Les licenciés pouv aient aspii er ensuite a un autre grade ou degré, à celui de maître-régent, magister oclu rc-
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oen^,qui leur donnaitvoix délibérative à l’école. Ils devaient, dans ce but, se soumettre à un nouvel acte, que l’on appelait actuspastellariœ, et qui consistait dans une sorte d’argumentation entre le président et le licencié, qui, après ce dernier examen, était définitivement agrégé au corps.
Vers la fin du xv® siècle , le titre de docteur-régent fut substitué à celui de maître-régent. Pour l’obtenir, le licencié devait présenter une dernière supplique au doyen et à la Faculté. Le doyen admettait la supplique et fixait le jour de la cérémonie du doctorat, qui avait lieu avec une grande pompe. Cette dernière épreuve consistait dans un acte que l’on appelait vespérie , parce qu’il avait lieu le soir. Le président adressait d’abord au candidat plusieurs questions sur les généralités de la science. Ils discutaient ensuite sur quelques points litigieux. Puis le président terminait la séance en adressant au récipiendaire un discours latin, dans lequel il lui rappelait la dignité et l’importance de la profession médicale , ainsi que les devoirs nombreux qu’elle impose. Quelques jours après , le récipiendaire était invité à se rendre à la Faculté; là, après avoir prêté trois serments solennels devant la Faculté assemblée, il recevait l’accolade et le bonnet de docteur. Le nouveau docteur était aussitôt inscrit au tableau des docteursrégents , mais il était classé parmi les jeunes , car il v avait encore alors deux ordres de docteurs ; savoir : les jeunes ou les nouveaux reçus , et les anciens, ainsi nommés après dix années de doctorat et d’exercice.
Le titre de docteur donnait voix délibérative au chapitre de la Faculté, et droit à tous les privilèges et honneurs. Le jeune docteur était obligé de s engager par serment à ne jamais se mêler d’affaires commerciales , mercantiles ou industrielles. Le grade de docteur était, eu ce temps-là, comme un titre de noblesse, qui témoignait à la fois d’une bonne éducation première , d’une grande probité et d’une instruction aussi variée que choisie (1).
(i) Il y avait autrefois auprès des rois et en faveur de leurs premiers médecins une dignité suprême que la révolution a engloutie ; nous voulons pailerde la dignité d archiatrr. Nous en dirons ici quelques mots, non par un sentiment d’orgueil posthume, mais parce que nous sommes très convaincu que tous ces privilèges d honneur, dont on a ricane trop bourgeoisement depuis cinquante ans, ont ajouté beaucoup à la haute considération et a la splendeur de ceux qui en jouissaient, splendeur dont les derniers reflets sont encore ce qui relève le plus aujourd'hui les sujets dégénérés de ces magistratures déchues. Rt d’ailleurs, qu’on le sache bien, tout ce qui anoblit oblige. Or, il n’y a point de profession qui s'dt plus
NOTICES HIST'OIUQUES.
Tous les membres de la Faculté étaient égaux entre eux et participaient aux prérogatives et aux droits de la Faculté. Ils s’inspiraient et se perfectionnaient mutuellement , et ils se partageaient à tour de rôle les fonctions de l’administration et les fonctions du professorat. Enfin, tous étaient liés par un esprit de corps qui, en fortifiant leurs doctrines, alors pleines d’unité, donnait réellement à la Faculté de médecine de ces premiers temps un éclat et une activité qu’on chercherait en vain dans les écoles qui lui
ont succédé.
On comptait, au commencement de 1 792 , dix-huit facultés de médecine et quinze collèges de médecine qui avaient comme les facultés le droit d’enseigner la médecine, mais non celui de conférer les grades. Les facultés les plus célèbres étaient celles de Paris, de Montpellier, de Strasbourg, de Toulouse, de Besancon, de Perpignan, de Caen, de Reims et de Nancy; les collèges de médecine les plus renommés étaient ceux d Amiens, d Angeis, de Bordeaux, de Dijon, de Lille, de Lyon, d’Orléans, de Bennes et de Tours. La loi du 18 août 17 92 détruisit du même coup
toutes ces facultés et tous ces collèges. On délivra alois sans examen et sans exception des lettres patentes de médecin à quiconque en demanda, jusqu’en 17 94, époque à laquelle on créa trois écoles de santé, savoir : à Paris, à Montpellier et à Strasbourg , les élèves reçurent alors le nom d 'élèves de la patrie, on les paya et
digne que la nôtre d 'être anoblie, mais qui exige aussi de la part de celui qui l’exerce un dévouement plus général et plus absolu.
Archiatre veut dire chef ou prince des médecins. Le titre d’archiatre remonte au iCr siècle de 1ère chrétienne. Andromaque , médecin de Néron , passe pour avoir été le premier qui ai. obtenu cette dignité. Toutefois ce titre n’a reçu une constitution légale et n’est devenu une qualité civile avec privilèges et pierogatives qu a la translation du siège de l’empire romain à Constantinople. En 326 et sous Constantin, les médecins attachés à sa personne reçurent le nom dure/, mires, nrchiatri sancti palatii. Plus tard, les archiatres furent reconnus aptes a parvenir aux deux degrés de la comitive impériale, et ils prirent alors le titre de cornes «rchialrorum, comte archiatre. La formule du brevet de comte arch.atre était conçue dans les termes les plus pompeux. Elle relatait , entre autres, que le comte ai-
chiatre servait le monarque à titre de supériorité.
Au commencement de 1» monarchie Française, les premiers medeeu . de. r obtinrent le titre d'rrrWr/rrtret, c. Us le corrser.èrcrr. jusqu, h Mirorr, médecin de Charles IX et de Henri III, fut 1. premier que le honora du litre de coure. «rc/rrntrorrrm. . Jb>
D’Aquin et Fagon prirent aussi le meme titre, ma 1
honneurs attaches a la comitive impériale. , « 1
i Xnrrh trifre, dans quelques couit. du INotd,
On donne encore aujourd huile titre daren mire, ua , i
aux premiers médecins des roi*.
294 H ÜS L'AI K l»li l’hISTOUIE i>L Là MKUKCfNE.
ils fnriMit soumis à un régime militaire. A peu près à la même époque, et sur la demande de Tliouret et de Feurcrov, 1 ancienne raculté de Paris, devenue lécole de santé, enti'a en possession du local qu’elle occupe encore aujoud’hui, et qui n’est autre que l’ancien collège de chirurgie , bâti par l’architecte Gondoin , d’après les ordres de Louis XVI qui en posa la première pieire. La nouvelle école eut pour directeur Tliouret, pour président Sabatier, et pour secrétaire Lallemant. Le directeur fut chargé d’expliquer la doctrine d Hippocrate et de faire 1 histoire des cas rares. Tliouret s’acquitta de cette double tâche avec un grand succès. Il fit aussi, mais en vain, tout ce qu’il put pour faire créer alors une chaire de philosophie médicale. En 1796, I Institut national de France fut institué, et Hallé, Pinel, Sabatier et Pelletan furent à juste titre appelés dans son sein. En 1797, l’école de santé prit le nom d 'Ecole de médecine , et Tliouret fut nommé directeur de cette nouvelle école, d’où sont sortis Dubois, Bover, Manoury, Lhéritier, Lallemand, Bicliat , Béc’ard , Dupuytren, Richerand et Petit, de Lyon. L’école d’accouchement et lécole pratique furent également fondées en 1797 par Peyrille, Bover, Dubois, BaudelocqueetCha ussier. En 17 99, le professeur Cor visart inaugura les salles de clinique. En 1803, l’école de pharmacie fut créée. A la même époque, les examens furent rétablis et I on créa l’ordre des officiers de santé. Enfin, le 12 novembre 1803, un arrêté du gouvernement enjoignit aux professeurs des écoles de médecine de porter un costume dans l’exercice de leurs fonctions, savoir : un grand costume pour les cérémonies publiques, un petit costume pour les leçons et assemblées particulières de l’école. Le même arrêté accorda à tous les docteurs en médecine le droit de porter le petit costume dans tous les cas où ils se trouvent invités à quelque cérémonie publique, où ils prêtent serment, font ou affirment un rapport en justice. Ces dispositions sont encore en vigueur aujourd’hui (1).
En 1808, lécole de médecine cessa d’appartenir à la juridiction du ministre de 1 intérieur et elle passa sous les ordres du grand
(i) Giand costume de professeur : Robe de salin cramoisi avec devants de salin noir; crnvale de batiste tombante; toque de soie cramoisie avec un galon d or; chausse cramoisie de soie bordée d’hermine — Petit costume de professeur et costume des docteurs en médecine : fîohe noire d étamine avec devants de «oie cramoisie; chausse cramoisie de soie bordée d'hermine; toque de soie cramoisie avec un galon d’or; cravate de batiste tombante.
NOTICES HISTOHIQUES.
maître de l’Uiiiversilé. El e fut soumise alors au régime universitaire comme les lvcées et les écoles secondaires, et elle reprit le nom de Faculté. Telle fut la conséquence de la création de 1 université impériale promulguée le 10 mai 1806. Il est à remarquer qu’il n’y eut plus entre cette nouvelle université et l’ancienne qu’une similitude de noms. En effet, l’ancienne université jouissait d’immenses privilèges que le pouvoir lui-même jurait de respecter. Ea nouvelle, au contraire, n’avait aucun privilège et n était réellement auprès des facultés que 1 organe des décrets du pouvoir. En 18 U et 1815, l’école de médecine de Paris fournit à l’État des canonniers et des tirailleurs. Elle fut licenciée en 1822 et réorganisée en 1823.
Malgré ses privilèges et sa puissance, l’ancienne faculté de médecine régna rarement sans partage. Elle eut toujours pour rivales sur le seuil de la science quelques sociétés savantes qui cherchèrent h partager avec elle les honneurs et la gloire de la médecine. Parmi ces rivales nous devons citer : 1° La chambre royale de médecine, créée en 1631 sous Louis XIII par 1 héophile Iienaudot, médecin de Montpellier et fondateur de la Gazette de France , le premier journal qui ait paru. 2” L’Académie royale de chirurgie, fondée en 1737 sous Louis XV par Mareschal et de La Peyronie. C’est de cette école, qui se donna pour maître Jean- Louis Petit, que sortirent Quesnay , Morand, Louis, Ledran , Garengeot, Lalaye, Pibrac , Fabre, Lecat, Sabatier , Goulard , Daviel , Pouteau, Cosme , Lamotte , Antoine-Petit, Sue, Percy, et beaucoup d’autres chirurgiens célèbres qui portèrent haut et loin la renommée et 1 éclat delà chiiuigie fiançaise. 3 pratique , créée par delà Martinière , premier chirurgien de Louis XV 1. h° La Société royale de médecine, font ee en pai
Lassonne, premier médecin du roi LouisXVI et par Vicq d Azyr, nui. après avoir jeté les bases d’une nouvelle consmul.nn U médecine, demanda en 1790. à l’ Assemble* nationale .de rapp 1er la médecine à létal d'unité e. de simplicité ou elle éta t temps d’Hippocrate. 5" La Société d émulation. tomce*'
par Bichat e. Dupuylren. «• La Société phtlo, nat, que creee^ea
1798.7° La Société de médecine, crece en an . pa'„,fe de l’intérieur. 8° L’Académie royale . Jm.
Portai en 1820, sous le règne de Lotit» ’ Société ravale
placer à la fois raucieiine Académe^e^liiraj|;ie^la Société loyale
de médecine et la Société de médecin ,
296 IlIvSUMK UE I.I1IV1 Ulllfc. Ut: LA méuecixe.
inencés en 180 â, ont cessé de paraître du moment que cette compagnie nouvelle est enLree en exercice.
En résumé, l’ancienne faculté de médecine a été éclipsée par la chambre royale de médecine, qui l’a été ensuite par l’Académie de chirurgie. Plus tard, la Société royale de médecine et la Société de médecine ont marché de pair avec l’Académie de chirurgie. Enfin, l’Académie royale de médecine a succédé à l’Académie de chirurgie, à la Société royale de médecine et à la Société de médecine, sans avoir jamais pu parvenir jusqu ici à les faire oublier.
Nous avons donc une Académie officielle de médecine, mais nous n’avons plus ces controverses savantes qui donnaient à la science tant'de vie et de mouvement. Nous n’avons plus ces rivalités imposantes et graves, qui surgissaient du choc animé de l’amour-propre et des opinions. Toutes ces luttes honorables, toutes ces choses fécondes et grandes qui stimulaient magnifiquement l’émulation, se sont éteintes à la création de l'Académie, et cette nouvelle compagnie n’en conserve guère que le souvenir dans ses archives. Certe, l’Académie de médecine sera toujours une assemblée d’honneur et un grand conseil, grâce aux hommes de science et de mérite qui la composent. Mais c’est une assemblée de mages qui, n’ayant plus rien à défendre ni rien à espérer, paraît condamnée par sa quiétude même à une déplorable immobilité. On cherche bien de temps en temps à passionner son zèle et à ranimer le feu sacré, mais c’est en vain qu’on galvanise cette masse capricieuse et distraite, la chaleur s’y perd le plus souvent, et elle ne produit que de légers soulèvements qui se montrent et s’arrêtent à sa surface, comme des brins d’herbe apparaissent et meurent sur la pierre des tombeaux.