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Traité de la syphilis

La période tertiaire de la syphilis n’est pas susceptible d’une définition véritable, et cela pour de nombreuses raisons qui trouveront place dans l’exposé qui va suivre. Ce qu’on peut en dire de plus général est ceci : C’est une étape morbide qui fait suite chronologiquement à l’étape dite secondaire et qui a pour caractère de se traduire par un ordre spécial de lésions de modalité hyperplasique, lésions aboutissant soit à la sclérose, soit à la gomme.

Quelquefois, dans le langage courant, on désigne cette période de la maladie sous le nom de tertiarisme, mot abréviatif et commode"; mais vague et mal défini, en ce qu’il sert indifféremment à qualifier soit une étape morbide, soit une simple aptitude morbide, voire latente, soit même les lésions par lesquelles se traduit cette dite aptitude ( « tertiarisme externe, tertiarisme viscéral », etc.).

La période tertiaire est la grande étape delà syphilis, ou, pour mieux dire, c’en est l’étape néfaste par excellence, celle où se donnent rendez-vous toutes les manifestations importantes et graves de la maladie (telles, par exemple, que syphilis cérébrale, syphilis médullaire, syphilis artérielle, laryngée, pulmonaire, hépatique, rénale, cardiaque, etc.), c’est-à-dire toutes celles qui contribuent à lui conférer un pronostic si redoutable.

Certes, quelques-unes des manifestations qui composent la période tertiaire ont été connues de vieille et de très vieille date, voire dès les premiers temps du Mal français. Mais un bien plus grand nombre ont longtemps échappé aux observateurs quant à leur relation avec la syphilis. D’une façon générale, on est autorisé à dire que le tertiarisme externe , celui qui est visible ou tangible (syphilides cutanées,

Traité de la syphilis. — Tome II. 1

PÉRIODE TERTIAIRE

syphilides des muqueuses, gommes, ostéopathies, etc.), a été de tout temps rattaché à la syphilis, tandis que le tertiarisme interne ou viscéral n’est que de notion moderne ou même contemporaine. Pour mieux préciser, c’est seulement dans la seconde moitié ou le dernier tiers de notre siècle qu’ont été annexées à la syphilis quantité de manifestations dont l’origine spécifique était restée méconnue jusqu’alors. De cela témoigneront amplement les historiques partiels que le lecteur trouvera en tête de chacun des chapitres qui vont suivre. Mais dès à présent, je puis par quelques exemples fixer sa conviction sur ce point.

Ainsi, vers la fin du siècle dernier, le grand syphiliographe J. Hunter déclarait « n’avoir jamais vu la syphilis affecter le cerveau, le cœur, l’estomac, le foie, les reins et les autres viscères », et il considérait tous ces organes comme « non susceptibles de l’action syphilitique ».

De même, pour Astley Gooper, le cerveau était « un des tissus qui ne paraissent pas susceptibles d’être altérés par l’influence du virus vénérien ».

Mais il y a plus. Car, en 1861, un des maîtres les plus estimés de l’École française (et j’ajouterai un des esprits les plus ouverts au progrès scientifique), Lasègue, en était encore à taxer les accidents spécifiques du système nerveux « de manifestations rares et indécises de la syphilis, destinées, au moins jusqu’à nouvel ordre, à ne figurer qu’à titre d’appendice dans l’histoire de la maladie ». Voilà où en était la syphilis cérébrale il y a moins de quarante ans, et cela dans les sommets médicaux.

De même, en 1862, dans son excellente Pathologie médicale (qui était, je m’en souviens, le bréviaire de la génération à laquelle j’appartiens), Grisolle mettait en doute la qualité syphilitique de ce qui est pour tout le monde aujourd’hui le prototype du foie syphilitique, à savoir : le foie à dépressions et lobulations de surface, ce qu’on appelle vulgairement le « foie ficelé ».

Quelques questions préalables s’imposent à notre examen, avant d'aborder les descriptions particulières.

Tout d’abord, nous avons à nous demander ceci :

La période tertiaire est-elle, oui ou non, dans l’évolution de la syphilis, une étape fatale, inévitable? C’est-à-dire : un sujet syphilitique est-il condamné, du fait de l’infection qu’il a reçue, à subir telle ou telle manifestation de l’ordre de celles qui constituent la syphilis tertiaire?

Non, répondrai-je d’une façon générale, certainement non. Toutefois, deux ordres de cas sont à distinguer en l’espèce,

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