EST-ELLE FATALE
suivant que la syphilis a été abandonnée à son évolution propre ou bien qu’elle a été soumise à l’influence corrective, atténuante, neutralisante, du traitement spécifique.
Pour commencer par celle de ces deux alternatives sur laquelle nous sommes le mieux fixés de par l’observation clinique, il est absolument certain que, souvent, très souvent, chez les sujets qui se sont traités, la syphilis n aboutit pas au tertiarisme. En autres termes, il est absolument certain que le traitement peut supprimer la période tertiaire en tant que manifestations morbides. Ainsi, il est courant de rencontrer soit à l’hôpital, soit dans la clientèle de ville, des malades âgés (de soixante à soixante-dix ans et au delà) qui, ayant contracté la syphilis dans leur jeunesse et s’en étant traités, n’en ont plus éprouvé le moindre accident depuis la période secondaire. Les cas de cet ordre s’observent à tout instant ; ils sont même tellement nombreux qu’il serait superflu, je pense, d’en produire ici comme exemples à l’appui de ce premier point qui, je le répète, n’est pas susceptible de contestations.
Mais — seconde alternative — en est-il de même pour la syphilis non traitée, abandonnée à son évolution propre, spontanée?
Théoriquement on a dit, et théoriquement aussi je répéterai : Pourquoi non? Pourquoi n’en serait-il pas de même? Comment la syphilis n'aurait-elle pas la liberté de s’enrayer dans son développement, à la façon de quantité d’autres maladies qui parfois «tournent court », sans accomplir l’intégralité de leur évolution usuelle ? Pourquoi ne pourrait-elle pas, sous des influences qui nous échappent, se limiter au groupe des accidents secondaires et rester silencieuse au delà ?
Cela peut bien être, à coup sur. Mais cette induction a priori se trouve-t-elle confirmée par l’observation ? On a bien cité, certes, nombre de cas relatifs à des syphilis qui, non traitées, ne s’étaient traduites par aucun accident tertiaire à des échéances de six, huit, dix, douze ans, etc. Mais que prouve cela, alors que, de notoriété commune, le terliarismeest susceptible d’échéances bien autrement tardives? Ce qui seulement ferait preuve en l’espèce, ce serait un gros stock d’observations bien authentiques relatives à des malades qui, ayant contracté la syphilis et ne s’en étant pas traités, seraient restés indemnes de toute manifestation tertiaire pendant vingt, vingt-cinq, trente ans et au delà. Or, des observations de cet ordre sont encore à produire. J’en ai vainement cherché pour ma part, et j’en suis encore à découvrir la première.
Tandis qu’inversement un grand fait clinique s’impose, à savoir : la fréquence, l’excessive fréquence avec laquelle s’observe le tertiarisme comme aboutissant de syphilis restées méconnues ou ignorées. A tout instant il nous arrive, à l’hôpital et même en ville, de rencontrer des accidents tertiaires, indubitablement tertiaires, sur des malades qui renient tout antécédent de syphilis et sur lesquels nous
ÉTIOLOGIE DU TERTIARISME.
ne trouvons pas le moindre stigmate suspect. En serait-il ainsi, je le demande, si le tertiarisme n’était pas la conséquence usuelle, presque nécessaire, des syphilis non traitées ?
C’est là un point, au surplus, sur lequel j’ai déjà assez longuement insisté dans une autre partie de cet ouvrage (Voy. tome I, p. 795 et suiv.) pour n’avoir plus qu’à l’énoncer ici. Peut-être cependant ne sera-t-il pas sans intérêt de lui ajouter une confirmation de plus en produisant ici une statistique nouvelle que j’ai instituée à ce sujet.
Je me suis demandé quel est, de tous les accidents tertiaires, celui qui reste le moins sujet à erreurs diagnostiques, celui dont l’authenticité spécifique peut être le mieux établie, à la fois de par les signes objectifs et de par les résultats du traitement. Recherches faites à ce point de vue, il m’a semblé qu’aucun ne répondait mieux aux exigences de ce programme que la lésion dite « tumeur gommeuse du voile palatin ». Or, rassemblant toutes les observations recueillies par moi en ville sur cette localisation particulière et excluant avec rigueur toutes celles qui pouvaient laisser le moindre doute sur la qualité spécifique des lésions, 'je suis arrivé, relativement au sujet en question, aux chiffres que voici :
1° Sur 115 cas de tumeur gommeuse f,du voile palatin observés sur l’homme :
102 cas à antécédents syphilitiques avoués par le malade ou retrouves parle médecin;
contre 13 cas sans le moindre antécédent syphilitique possible à retrouver soit par anamnèse, soit par examen le plus attentif du malade.
Total : 115
‘2° Sur 46 cas de tumeur gommeuse du voile palatin observés sur la femme :
32 cas à antécédents syphilitiques avoués ou retrouvés ; contre 14 cas sans le moindre antécédent syphilitique.
Total : 46
C’est-à-dire, au pourcentage :
11 cas p. 100 de syphilis ignorée chez l’homme;
Et 30 cas p. 100 de syphilis ignorée chez la femme.
Proportions énormes, à coup sûr, et bien dignes de mention. D’autant, je le répète, que très certainement cette notion de fréquence de la syphilis ignorée n’est pas encore accréditée dans le grand public médical comme elle devrait l’être.
ÉTIOLOGIE DU TERTIARISME.
Est-il des causes au tertiarisme ? A cela, tout d’abord, le bon sens ne peut répondre qu’affirmativement. Certes, oui, il doit forcément y