‹ Traité de la syphilisChapitre 10 sur 256 · INSUFFISANCE DU TRAITEMENT INITIAL · texte numérisé non relu

INSUFFISANCE DU TRAITEMENT INITIAL

des se trouvait suffisamment et nettement précisée. Recherchant alors quels avaient été ces traitements comme qualité et comme durée, je suis arrivé aux résultats que voici :

Absence absolue de tout traitement 197 cas.

Traitement mercuriel inférieur, comme durée, à trois mois. . .. 490 —

Traitement mercuriel inférieur, comme durée, à six mois 399 —

Traitement mercuriel inférieur, comme durée, à un an 594 —

Traitement d’un an (approximativement) 146 —

Traitement d’un à deux ans 357 —

Traitement de deux à trois ans 98 —

Traitement de trois ans 34 —

Traitement supérieur, comme durée, à trois ans 29 —

Traitement ioduré exclusif 45 —

Traitement par salsepareille, «herbes dépuratives », « simples » ;

— traitement homœopathique, etc *.... 7 —

Total 2.396 cas.

Interprétant ces chiffres, on arrive à les répartir tout naturellement en trois groupes, à savoir :

1° Un groupe où les malades ou bien ne se sont pas traités du tout ou bien ne se sont traités que d’une façon très incomplète (tout traitement ne dépassant pas une durée d’un an pouvant être, de par expérience, jugé insuffisant);

2° Un groupe où les malades se sont traités d’une façon moyenne, à savoir d’un à trois ans ;

3° Un groupe où les malades ont fait un traitement véritablement sérieux, d’une durée égale ou supérieure à trois ans.

Or, le premier groupe (à traitement nul ou à traitement insuffisant) fournit au tertiarisme un contingent de 1.878 cas;

Le deuxième (à traitement Jmoyen) un contingent de 455 cas;

Et le troisième un contingent de 63 cas.

Ainsi :

1.878 cas de tertiarisme à la suite de traitements nuis ou insuffisants;

455 — — à la suite de traitements de durée moyenne ;

63 — — à^la suite de traitements vraiment sérieux.

Ramenant ces chiffres au pourcentage, en vue de les rendre de compréhension et de comparaison plus faciles, nous aboutissons en définitive à ceci :

Sur 100 malades affectés d’accidents tertiaires, on en trouve (en chiffres ronds) :

78 qui ne se. sont pas traités du tout ou bien qui se sont très mal et très incomplètement traités;

19 qui ont subi un traitement moyen ;

Et 3, tout au plus, qui se sont bien traités

ÉTIOLOGIE DU TERTIARISME.

Quelle disproportion significative — et instructive — entre ces divers chiffres I Disproportion telle qu’elle me dispense, je crois, de tout commentaire.

Et, d’autre part (on me pardonnera bien cette digression, en raison de l’intérêt qu’elle comporte), quel allégement pour le pronostic , s’il est vrai, comme en témoigne la statistique précédente, qu’avec un bon traitement , le quotient des risques de tertiarisme encourus par un malade s abaisse à ce chiffre véritablement minime de 3 p. 100.

Quelle consolation, donc, pour un malade, de pouvoir se dire: Si je m’occupe de ma vérole, si je me traite convenablement, j’aurai toute chance pour échapper au tertiarisme et n’avoir pas à redouter dans l’avenir de périlleux .démêlés avec la syphilis tertiaire !

Conclusion : la question de traitement est capitale dans l’étiologie du tertiarisme; — et, très certainement, la raison principale de l’extrême fréquence du tertiarisme dans notre société n’est autre que l’insuffisance du traitement opposé à la maladie.

Oui, je ne saurais trop le répéter, ce qui rend la vérole grave, c’est le plus souvent et de beaucoup la façon dont on la traite, je serais presque tenté de dire le sans-gêne avec lequel on la traite. En l’espèce, il faut faire ce que j’ai fait, c’est-à-dire dépouiller quelques milliers d’observations de syphilis tertiaire au point de vue des antécédents thérapeutiques, pour avoir une idée de Y indifférence des malades en ce qui concerne leur maladie, de leur négligence, de leur insouciance vis-à-vis d’elle.

Qui pourrait croire, si les chiffres qui précèdent n’étaient là pour l’attester, que, sur 2.400 syphilitiques, il ait pu s’en trouver près de 500 (c’est-à-dire plus du cinquième) assez naïfs pour s’estimer libérés vis-à-vis de la vérole par un traitement inferieur à trois mois, c’est-à-dire par un traitement de deux mois et demi, de deux mois, de six semaines, d’un mois!

Qui pourrait croire que, sur les 500 malades en question, il ait pu s’en trouver 12 qui, de leur propre déclaration ("recueillie par moi sous leur dictée), ne se sont pas traités plus de quatre semaines, de trois semaines, de quinze jours, de dix jours, voire (pour 9 cas) de huit, de sept, de cinq et de trois jours !

Il n’avait donc rien inventé, on le voit, le célèbre fantaisiste qui imagina un jour de traiter la vérole par le mépris, car ce mode de traitement avait été mis en œuvre bien avant lui par de nombreux malades.

Quelle idée générale se faire de la période tertiaire? — Caractéristique de cette période.

I. — Ce serait se faire une bien fausse idée de la période tertiaire

que de se la représenter comme une période essentiellement agitée, toujours en évolution, toujours en enfantement de symptômes morbides, à la façon d’un volcan actif à explosions continues ou même simplement fréquentes.

Tout au contraire, cette période tertiaire est par excellence une période calme, placide, muette, interrompue seulement de temps à autre par des intercurrences morbides d’ordre spécial, d’ordre tertiaire. Encore ces intercurrences sont-elles, au moins en général, bien peu nombreuses et se réduisent-elles même, le plus souvent, à une seule.

Somme toute, le sujet en état de tertiarisme est un sujet valide, bien portant, jouissant de la santé dont il jouirait s’il n’avait pas eu la syphilis, laquelle ne s’atteste habituellement sur lui par quoi que ce soit d’appréciable. Seulement, c’est un sujet en imminence morbide, qui porte en lui un levain pathogène latent; c’est, comme on l’a dit, « un homme avec une épée de Damoclès sur la tête. » — Prochain ou lointain, un jour peut venir où le fil qui retient cette épée se rompra, c’est-à-dire, à parler sans figure, où d’une façon inattendue, entrera en scène, au milieu de cet état de santé, quelque gros incident tertiaire.

Aussi bien, en définitive, l’état tertiaire n’est-il que ceci : un état de santé apparente, interrompu à échéances indéterminées par des explosions morbides inattendues.

II. — Un second trait confère à la syphilis tertiaire un caractère que partagent avec elle peu de maladies ; c’est l’ubiquité possible de ses manifestations.

La syphilis tertiaire va partout. Tout le corps est son domaine. Il n’est pas un système organique, il n’est pas un coin et un recoin de l’économie dont elle ne puisse prendre possession. Il n’est pas un tissu qui échappe à ses atteintes.

De cela témoignera bientôt une statistique qui ne sera que trop probante.

III. — De là, comme conséquence, polymorphisme nécessaire, fatal, de la syphilis tertiaire.

C’est-à-dire que la syphilis tertiaire s’offre à nous symptomatologiquement sous des aspects à la fois très multiples et très variés, en relation avec le siège de la détermination morbide et avec la qualité fonctionnelle de l’organe affecté.

Aussi bien, voyez comment elle se présente. Ici, elle consistera en une lésion cutanée, en une dermatose de type sec ou de type ulcéreux ; — là, en une ulcération des muqueuses. — Ailleurs, elle s’accusera par une tumeur située en un point quelconque ; — ailleurs, par une lésion osseuse ou articulaire. — Sur tel autre malade, elle affectera la forme d’un syndrome morbide quelconque, rappelant par exemple ce qu’est une phtisie laryngée, ce qu’est une phtisie pulmo-

naire; — ce qu’est un mal de Bright ; — ce qu’est une affection hépatique ; — ce qu’est une affection cardiaque. — Dans tel cas, elle se traduira par un anévrisme ; — dans tel autre, par une hémiplégie ou par l’ensemble morbide d’une encéphalopathie quelconque; — dans tel autre encore, par une paraplégie, par une névrite ; — dans tel autre, enfin, par une ophthalmie profonde, etc., etc. Et ainsi de suite.

Bref, polymorphisme, et polymorphisme porté à ses limites extrêmes. Si bien qu’entre plusieurs sujets touchés par la syphilis tertiaire sur des points différents, il peut ne pas exister la plus légère analogie clinique propre à témoigner que ces divers sujets subissent les conséquences d’une seule et même maladie.

Bien de surprenant à cela; car, bien que la syphilis produise partout et toujours les mêmes lésions (comme l’anatomie pathologique le démontre surabondamment), la diversité des organes affectés implique une diversité symptomatologique correspondante.

Mais voici le moment de préciser.

Je viens de dire que la syphilis tertiaire peut se porter partout, affecter n’importe quel organe de l’économie. Fort bien ! Mais est-ce que tous les organes sont égaux entre eux comme aptitude à la syphilis? Tous sont-ils frappés avec un égal degré de fréquence? Le bon sens préjuge qu’il ne doit pas en être ainsi, et que la syphilis, tout au contraire, doit avoir ses sièges de prédilection, ses localisations préférées. Eh bien ! à son tour, que nous apprend la clinique à ce sujet?

Le tableau suivant, dressé d’après un total de 5.762 déterminations morbides observées sur 4.000 hommes et 400 femmes, va servir à démontrer : 1° quelles affections composent le tertiarisme; — et 2° quel est approximativement le degré de fréquence relative de ces diverses affections tertiaires.

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