‹ Traité de la syphilisChapitre 9 sur 256 · INSUFFISANCE DU TRAITEMENT INITIAL · texte numérisé non relu

INSUFFISANCE DU TRAITEMENT INITIAL

nasales, gutturales, laryngées, d’ordre tertiaire sur les peuples du Nord. Pour ma part, j’ai eu trop fréquemment l’occasion de rencontrer des affections de la pituitaire et du squelette naso-palatin chez des sujets russes, pour n’être pas porté à croire qu’une part étiologique en revient à la rigueur du climat.

III. — J 'arrive enfin, dans cette revue étiologique, à celle des causes du tertiarisme qu’à l’avance je qualifie de cause la plus générale, la plus influente, à celle que je ne crains pas d’appeler la grande cause du tertiarisme.

Cette cause, c’est l’absence ou l’insuffisance d’un traitement correctif opposé à la maladie dans ses étapes originelles. Précisons mieux encore : c’est l’absence ou l’insuffisance du traitement mercuriel dans les premières années de l’infection.

Trois raisons m’autorisent à considérer cette cause comme principale :

1° C’est d’abordj que, dans la plupart des cas, elle est la seule à invoquer comme étiologie du tertiarisme. Quand on étudie d’une façon quelque peu suivie l’étiologie du tertiarisme, on constate que, pour un grand nombre de cas, le tertiarisme n’est expliqué par aucune des causes, soit individuelles, soit héréditaires, soit extérieures, etc., que j’ai mentionnées précédemment. Ainsi, nombre de sujets aboutissent au tertiarisme avec une constitution bonne ou moyenne, voire avec un état de santé irréprochable, en dépit d’une hygiène qui ne laisse rien à désirer, en l’absence de toute tare, de l^oute provocation locale, etc., en un mot, dans des conditions qui, par elles-mêmes, ne rendent en rien compte du tertiarisme. Pourquoi donc y aboutissent-ils ? Analyse faite aussi minutieusement que possible, on ne trouve à cela qu’une raison plausible : absence de traitement modificateur, correctif, au début de la diathèse. Ces individus ne se sont pas traités, ou, ce qui est bien autrement fréquent, ils ne se sont pas traités d’une façon suffisante. Voilà seulement ce que l’on trouve à relever dans leurs antécédents. Inutile d’insister, tant le fait est banal.

2° Ma seconde raison, c’est que le tertiarisme est fréquent chez les sujets qui ne se sont pas traités ou qui n’ont subi qu’un traitement insuffisant au début de la maladie.

Au nom de l’expérience générale et de l’observation quotidienne, je déclare qu’une syphilis abandonnée à son évolution propre ou négligemment, incomplètement traitée dans ses étapes primaire et secondaire, a toutes chances pour aboutir au tertiarisme. Je ne dis pas, je ne suis pas autorisé à dire qu’elle y aboutira fatalement ; mais j’ai le droit clinique d’affirmer que telle sera sa terminaison d’une façon ultra-fréquente, voire pour la très grande majorité des cas. L’expectation ou les traitements écourtés abondent en résultats

ÉTIOLOGIE DU TERTIARISME.

désastreux et laissent la porte ouverte aux imminences tertiaires. Qu’on se rappelle à ce propos les accidents formidables si souvent constatés à la suite de ce qu’on appelle les syphilis ignorées, syphilis naturellement [restées vierges de toute intervention thérapeutique. Sur ce point, on peut dire que la science est fixée par quantité de catastrophes. Bref, rien n’est mieux démontré que l’absence ou l’insuffisance du traitement spécifique en tant que raison étiologique du tertiarisme.

3° D’autre part et inversement, le tertiarisme est véritablement rare chez les sujets qui ont été soumis à un traitement spécifique prolongé.

Loin de moi l’intention de prétendre que le traitement soit une absolue garantie contre le tertiarisme; car je n’ai vu que trop de syphilis aboutir au tertiarisme en dépit des efforts de la thérapeutique la plus rationnelle. Mais j’affirme, et j’affirme avec tout le monde, qu'un traitement méthodique et prolongé constitue une sauvegarde contre la syphilis tertiaire pour la très grande majorité des cas • A l’appui de cette déclaration, j’aurais à produire des centaines d’observations de malades pour lesquels la syphilis, grâce au traitement, n’a jamais dépassé le stade secondaire, bien que remontant comme origine à dix, vingt, trente, trente-cinq ans et au delà. Et je défie tout médecin de n’avoir pas à apporter à cette déclaration son contingent personnel de faits analogues. La preuve me semble donc établie sur cejpoint.

Cette preuve, d’ailleurs, comporte une contre-épreuve que, pour deux raisons, je tiens à produire ici : d’abord, parce qu’elle est essentiellement instructive en soi, comme on le verra, et, en second lieu, parce qu’elle constitue vraiment, à l’adresse des syphilitiques soucieux de leur avenir, une fiche de consolation, un réconfort moral que je suis heureux de leur offrir. La voici.

Elle dérive de résultats querm’a fournis et que fournira, j’en suis sûr, à tout observateur, une enquête approfondie sur les antécédents thérapeutiques chez les sujets ayant abouti au tertiarisme. Je m’explique.

Sur un nombre donné de sujets syphilitiques ayant présenté telle ou telle manifestation tertiaire, quelle est la proportion de ceux qui se sont traités et de ceux qui ne se sont pas [traités, de ceux qui se sont insuffisamment, moyennement ou longuement traités?

Je dois à de nombreux documents, que j’ai accumulés de vieille date sur cette question capitale du tertiarisme, d’avoir pu établir une enquête de cet ordre, et voici comment j’y ai procédé.

J’ai pris 4.000 observations de sujets affectés de tertiarisme. Exclusion faite d’un nombre considérable de ces observations, en raison des lacunes ou des incertitudes qu’elles contenaient sur les antécédents thérapeutiques, il m’en est resté 2.400 environ (exactement 2.396) dans lesquelles la nature des traitements suivis par les mala-

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