I. — SYPHILIDES GOMMEUSES ULCÉRATIVES DU PALAIS ET DU VOILE PALATIN
Peu fréquentes. — Identiques de nature et d’aspect aux lésions gommeuses de tout siège. Je pourrai donc être bref à leur sujet.
Elles consistent en des ulcérations, ulcérations consécutives à des infiltrations spécifiques de la muqueuse.
En général, ces ulcérations sont comparables comme surface à une pièce de vingt centimes ou à une amande. Elles n’atteignent qu’assez rarement des proportions supérieures. On en voit parfois cependant qui mesurent 2 à 3 centimètres de long sur 1 centimètre, 1 centimètre et demi ou même 2 centimètres de large.
En second lieu, elles sont plus ou moins creuses. Quelquefois elles entament véritablement le voile palatin ; le plus habituellement, toutefois, elles restent relativement superficielles. — Leurs bords, en conséquence, varient d’élévation. — Leur fond est ou jaunâtre, ou
jaune gris, ou jaune rougeâtre ; quelquefois il est tapissé d’enduits adhérents blanchâtres, opalins, comme pseudo-membraneux. — Leur forme est arrondie ou ovalaire dans la plupart des cas, parfois cependant irrégulière. — Leur contour, enfin, est presque toujours bordé d’une aréole rouge ou purpurine.
Détail intéressant et topique : Alors qu’elles sont multiples, elles affectent souvent, dans leur coordination réciproque, la modalité circinée si chère aux syphilides. Ainsi, sur l’un de mes clients, cinq ulcérations de cet ordre étaient très méthodiquement rangées en demi-cercle.
Bien que limitées comme étendue et peu importantes au total comme lésions, ces syphilides ulcéreuses du voile ne laissent pas en certains cas de déterminer des troubles fonctionnels plus ou moins marqués. Sans être douloureuses par elles-mêmes, elles provoquent, en raison des fonctions dévolues à l’organe qu’elles affectent, une gêne locale qui se traduit de la façon suivante : sensibilité habituelle, permanente, de la gorge, avec sécheresse et cuisson; — difficultés de mastication et surtout de déglutition ; les aliments sont sentis dans la bouche ; acides, épicés ou trop chauds, ils deviennent douloureux ; — et, enfin, hypersécrétion salivaire, sollicitant de fréquents besoins d’avaler et contribuant de la sorte au rappel des douleurs.
A noter cependant qu’en d’autres cas ces divers troubles font absolument défaut. J’ai vu plusieurs fois des syphilides ulcéreuses du voile rester latentes et ignorées des malades, tant elles étaient indolentes. Ces derniers jours, nous avons reçu dans nos salles une malade qui venait réclamer nos soins pour des accidents cutanés, et rien autre que des accidents cutanés. Or, au cours de notre examen, nous n’avôns pas été peu surpris de découvrir une syphilide ulcéreuse qui entaillait assez profondément l’un des piliers du voile et qui l’avait même échancré ; eh bien, la malade n’avait en rien appelé notre attention sur ce point ; elle ne se plaignait nullement de la gorge ; « elle n’y avait jamais éprouvé la moindre douleur, la moindre gêne », disait-elle, et elle fut très étonnée quand nous lui montrâmes dans une glace la lésion qu’elle portait au palais.
Non traitées, négligées, excitées par des irritants locaux (tels que le tabac, par exemple), ces syphilides ulcéreuses du voile persistent, et persistent soit en restant stationnaires, soit en s’élargissant. En tout cas, elles durent longtemps, très longtemps, sans tendance à la réparation spontanée.
Traitées, elles se réparent assez facilement et se cicatrisent. — Rarement la cicatrice qu’elles laissent à leur suite reste déprimée et permanente. Presque toujours, au contraire, elle est superficielle et finit par s’effacer.
Enfin, après cicatrisation, ces syphilides peuvent récidiver soit in situ , soit au pourtour de leur siège primitif.
Au total donc, ce ne sont là que des lésions assez bénignes, bénignes surtout relativement à celles dont je vais avoir à parler. Il est extrêmement rare, en effet, qu’elles s’étendent ou se creusent d’une façon inquiétante pour l’intégrité du voile, et jamais je ne les ai vues pour ma part déterminer de perforations. Je n’ai observé qu’un seul cas jusqu’ici dans lequel une ulcération de cette nature, originairement développée sur un des piliers, prit une tendance phagédénique assez alarmante. Cette ulcération d’apparence gangreneuse envahit une portion du voile et se creusa assez profondément, en déterminant de très vives douleurs; pendant trois à quatre semaines, le malade éprouva des difficultés excessives de déglutition et ne put se nourrir que de liquides et de panades. Le traitement spécifique vint à bout cependant de cette lésion. Mais elle n’était pas guérie depuis une quinzaine que, subitement, elle récidiva in situ. Une ulcération nouvelle se reconstitua sur l’emplacement de l’ancienne, prit, comme la précédente, l’aspect gangreneux, s’élargit et détermina d’excessives douleurs de gorge, auxquelles s’ajoutèrent des douleurs d’oreille qui ne s’étaient pas manifestées lors de la première crise. Une seconde fois le traitement triompha du mal, et, chose curieuse, la guérison fut obtenue sans délabrements véritables, au seul prix d’une cicatrice assez superficielle.
Un point particulier à ne pas oublier ici, c’est que les lésions dont nous parlons actuellement ne se produisent pas seulement à la face antérieure du voile palatin. Elles affectent aussi parfois la face postérieure de ce voile. Là, bien entendu, elles se dérobent à l’examen et ne peuvent être rendues appréciables que par l’inspection rhinoscopique. Or, je crois et l’expérience me permet d’affirmer que bon nombre de ces singuliers maux de gorge syphilitiques qui semblent se produire sans lésion et que n’explique pas l’examen direct des parties, ne sont dus en réalité qu’à la présence de syphilides ulcéreuses situées derrière le voile.
Conséquence : ces lésions rétro-palatines devront être recherchées par l’examen rhinoscopique. Cet examen sera impérieusement indiqué chaque fois que, les malades accusant des douleurs de gorge persistantes, profondes, avec besoins fréquents de tousser, l’exploration directe des parties ne rendra pas compte de tels symptômes. A fortiori sera-t-on invité plus naturellement encore à pratiquer cette exploration si l’on constate sur la face antérieure du voile un certain degré de rougeur ou d’empâtement, symptômes par lesquels s’accusent quelquefois ces ulcérations rétro-palatines.