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FORMES SÈCHES

IL — SYPHILIDE TUBERCULEUSE SÈCHE ET SYPHILOMATOSE HYPERTROPHIQUE DU PALAIS ET DU VOILE PALATIN.

Sur toutes les muqueuses la forme sèche (non ulcéra tive, j’entends) des syphilides est une rareté ou même, disons mieux, une exception. Cette forme cependant est un peu moins exceptionnelle sur la région palatine qu’ailleurs, et je l’ai observée là une douzaine de fois environ. C’est d’après ces douze cas que sera faite la description qui va suivre.

I. — Syphilide tuberculeuse sèche. — Jusqu’à ce jour les syphilides sèches de la région palatine .sont restées à peu près méconnues ou tout au moins ont été peu remarquées. Elles ont cependant une authenticité indéniable, non moins qu’une importance réelle, relevant de leur confusion plus que facile avec le lupus.

Comme siège, ces lésions peuVent ou bien affecter isolément soit le voile, soit la région palatine, ou bien intéresser à la fois ces deux régions. Exemples : sur un malade que j’ai présenté à la Société de dermatologie, une lésion typique de ce genre occupait exclusivement la région palatine (complètement à gauche et incomplètement à droite). — Inversement, sur un de mes clients, la lésion était restreinte à la moitié postérieure du voile, luette comprise.

Mais il est plus usuel, je crois, que la voûte palatine et le voile soient affectés simultanément. — Et même il n’est pas impossible que la lésion descende sur les piliers ou bien se déverse latéralement sur la région rétro-molaire, voire sur la joue. Ainsi, dans une observation que je reproduirai ici comme exemple (1), elle occupait non

(1) En raison de la grande rareté de telles lésions, je crois devoir en produire ici sommairement un spécimen.

X..., âgé de vingt-huit ans. — Bonne santé habituelle. — Constitution robuste.

Syphilis contractée en mai 1870. — Chancre induré de la verge. — Éruptions secondaires; — plaques buccales à diverses reprises (grand fumeur). — Traitement mercuriel pendant un à deux mois. — Depuis lors, aucun accident et aucun traitement.

M. X... vient me trouver en août 1878 (c’est-à-dire huit ans après le début de l’infection) pour des accidents buccaux à forme tout à fait extraordinaire, dont il ne peut préciser le début (« quelques années »?). — Ces accidents occupent tout le voile du palais, la luette, et la portion la plus postérieure des joues, d’une façon à peu près rigoureusement symétrique. Ils consistent en ceci :

Voile du palais très épaissi, très tuméfié, presque rigide. — Sa surface est d’un rouge sombre. Elle ne présente aucune érosion ; mais elle est très inégale et comme hérissée d’un semis de granulations saillantes, hémisphériques, comparables comme volume à une tête d'épingle, et analogues à de petits tubercules. Elle rappelle bien plutôt l’aspect du lupus palatin que celui des syphilides tuberculeuses. — Elle est rénitente, presque dure au toucher, ce qui témoigne d’un haut degré d'infiltration interstitielle. — La lésion se prolonge avec les mêmes caractères sur le tiers postérieur de la voûte palatine.

La luette est très volumineuse, doublée, si ce n’est même triplée comme épaisseur. Elle offre le même aspect granuleux, rendu bien plus appréciable par ce fait que sur ses bords ces granulations sont vues de profil. — Elle est dure au toucher.

Cet état d’infiltration granuleuse se continue de chaque côté, en arrière des

seulement tout le voile, mais le tiers postérieur de la voûte, et, en outre, elle s’était propagée de chaque côté, en passant derrière les molaires, jusque sur les joues où elle s’étalait sur une étendue comparable à la surface d’une pièce d’un franc.

L’aspect des parties affectées de la sorte est tout à fait étrange. C’est celui d’un tapis de granulations verruqueuses et, disons-le immédiatement, c’est celui du lupus des muqueuses. Ce qu’on voit est ceci : une nappe saillante, de teinte rouge brun, constituée par un semis confluent de tuberculesjuxtaposés, tubercules d’inégal volume, les uns minuscules, d’autres comparables à de petites têtes d’épingle, d’autres gros comme une moitié de pois, tous hémisphériques, tous indemnes d’érosions, et séparés les uns des autres par des sillons de profondeur proportionnelle à leur relief.

Cette nappe est rénitente, presque dure au toucher, ce qui dénonce un néoplasme d’une certaine épaisseur, épaisseur s’accusant à simple vue, mais mieux appréciable au toucher.

Cet aspect granuleux, tomenteux, est surtout remarquable à la luette parce que là il est vu de profil et que, dans cette situation, le relief des granulations se dessine sur les bords de l’organe. — Ajoutons qu’infiltrée de la sorte la luette se présente avec un volume double ou triple de ses proportions normales.

Je le répète à dessein, la physionomie d’une telle lésion est exactement, rigoureusement, celle du lupus buccal. Aussi bien l’affection a-t-elle été très fréquemment confondue avec le lupus, comme cela ressort de l’observation. Je dirai même qu’elle ne saurait objectivement être différenciée du lupus. Le diagnostic n'en peut être, établi que par des considérations d’un autre genre (antécédents ou absence d’antécédents spécifiques, constitution du sujet, durée de l’affection, coïncidence d’un lupus cutané, notamment d’un lupus facial, etc.), et par le critérium indispensable du traitement antisyphilitique.

grosses molaires, dans l’espace qui fait communiquer la cavité buccale avec le vestibule, et vient s’étaler sur la muqueuse génienne, où elle forme une plaque de même aspect, d’une étendue comparable à une pièce de deux francs.

Pas de douleurs locales, ni spontanées, ni provoquées par le palper. — Pas de troubles fonctionnels. A ce point que le malade ne s’est pas inquiété jusqu’à ce jour de cette lésion, pependant importante à tous égards. — Pas d’adénopathies correspondantes.

Aucune autre manifestation spécifique actuelle.

Traitement : Sirop de Gibert, de 2 à 4 cuillerées par jour ; — deux badigeonnages quotidiens à la teinture d’iode sur toute l’étendue des lésions; — gargarismes émollients.

Vers le 9 août, amélioration certaine dans l’état des lésions.

Au delà, amélioration continue. — Les mamelons et les granulations s’affaissent sur toute l’étendue des lésions.

Le 12 octobre, il ne reste plus que deux ou trois petits îlots granuleux au-dessus de la base de la luette.

En décembre, guérison complète. — Le voile a repris son aspect normal.

Revu depuis lors à diverses reprises jusqu’en 1883. — Nul accident nouveau.

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