‹ Traité de la syphilisChapitre 12 sur 256 · INCROYABLE DIVERSITE DE MANIFESTATIONS · texte numérisé non relu

INCROYABLE DIVERSITE DE MANIFESTATIONS

Report 3.326

Arthropathies ...... 22

Gommes musculaires 16

Gommes tendineuses . 3

Tube digestif (œsophage à rectum) 8

Lésions ano-rectales 12

— du larynx et de la trachée 32

— du poumon 23

— du cœur 7

— des artères 15

— du foie 9

— du rein 30

— du testicule . 245

— de l’urètre 10

— de l’œil 110

— de l’oreille 26

Syphilis cérébrale 758

Accidents cérébro-spinaux 29

Monoplégies 6

Syphilis médullaire 136

Tabes 628

Tabes cérébro-spinal 45

Névrites et atrophies musculaires... 24

Paralysie générale 86

Paralysies oculaires 110

Hémiplégie faciale 23

Affections nerveuses diverses 6

Lésions de localisations diverses.. 17

Un simple coup d’œil jeté sur ce tableau permet, d’une part, d’apprécier l’incroyable diversité des manifestations propres à la syphilis tertiaire, comme aussi, d’autre part, de préjuger les dangers graves que comporte le tertiarisme, susceptible, on le voit, d’intéresser les organes les plus importants, les plus essentiels à la vie.

Bien d’autres considérations pourraient encore être déduites de l’analyse et de la méditation de ce tableau ; mais, pour l’instant, je ne retiendrai que les deux suivantes :

1° De par les chiffres qui précèdent, c’est le système nerveux qui est le plus fréquemment affecté par le tertiarisme.

2° Après la peau, c’est le cerveau qui est le plus fréquemment touché par le tertiarisme, et cela pour un quotient énorme de 758 cas sur 4.400.

Ce point déjà est d’importance majeure, en témoignant que le tertiarisme se porte avec une préférence marquée, avec une véritable prédilection sur le cerveau, c’est-à-dire sur l’organe noble par excellence, sur le « prince des organes », comme l’appelaient nos pères, sur celui qui régit tous les autres et gouverne la machine humaine,

sur celui, conséquemment, dont les lésions comportent les dangers les plus graves.

Mais ce n’est pas tout. Aux localisations cérébrales du tertiarisme, ajoutons celles qui intéressent les autres segments du système nerveux, la moelle et les nerfs; puis faisons le total de toutes ces localisations nerveuses. Que sera ce total ? Il sera exorbitant, prodigieux. Il deviendra supérieur au quotient de n’importe quelle autre détermination du tertiarisme. Il deviendra supérieur et de beaucoup à celui des localisations cutanées, des syphilides, qui cependant sont considérées de l’aveu général comme constituant l’expression la plus habituelle du tertiarisme. — Précisons : il sera de 1.851, alors que celui des syphilides ne s’élève qu’à 1.418.

De sorte qu’en définitive le système nerveux peut être dit la victime préférée du tertiarisme. C’est lui qui, de tous les systèmes organiques, est le plus fréquemment intéressé par la syphilis tertiaire.

Donc, à l’idée générale qu’il convient de se faire de la syphilis tertiaire, il convient d’ajouter cette notion spéciale d’une tendance prépondérante aux déterminations morbides du système nerveux.

Ainsi que je l’ai écrit de vieille date, le principe de la syphilis, s’il constitue un poison de tout l’être, constitue surtout et principalement un poison du système nerveux.

IV. — Un autre caractère de la syphilis tertiaire, c’est d’être, dans ses explosions morbides, pauvre en manifestations de divers ordres, c’est même de se réduire (non pas toujours, certes, mais le plus souvent) à un ordre unique de manifestations.

Cela, à coup sûr, est digne de remarque, notamment par opposition avec la syphilis secondaire, qui, elle, tout au contraire, est si habituellement prodigue en manifestations de diverses modalités.

Voyez le parallèle.

Qu’observe-t-on sur un syphilitique en explosion secondaire? Presque toujours des manifestations multiples, de divers ordres et de divers sièges, à savoir : des éruptions à la peau, des éruptions sur les muqueuses buccales ou génitales, de l’alopécie, des adénopathies généralement multiples (rétro-cervicales, mastoïdiennes, épitrochléennes, etc.). Parfois même, et cela n’est pas rare, c’est une véritable nuée de symptômes par lesquels se traduit l’explosion secondaire, en ajoutant aux manifestations précitées des croûtes du cuir chevelu, de la fièvre, de la céphalée, de l’insomnie, des arthralgies, des périostites, des douleurs musculaires, des troubles nerveux, etc.

D’autre part, voici un malade en explosion tertiaire; qu’allonsnous trouver sur lui ?

Parfois, mais assez rarement, deux ordres de manifestations simultanées, coexistantes, telles que gomme et exostose, gomme et syphilide, syphilide et glossite, exostose et tabes, etc.

POUSSÉES MONOSYMPTOMATIQUES.

Bien plus rarement, plusieurs manifestations de tertiarisme, au nombre de trois ou quatre, en coïncidence actuelle. (Encore cette pluralité d’accidents à un moment donné ne dérive-t-elle le plus souvent que de l’association d’un accident actuel à d’autres manifestations antérieures de modalité persistante, telles que glossite scléreuse, exostose, perforation du voile ou du septum nasal, etc.).

Tandis que le fait usuel, le fait infiniment le plus commun, est ceci :

Un accident tertiaire, un seul, et rien de plus, comme manifestation d’une poussée tertiaire. — Exemples :

Un malade est pris d’accidents cérébraux d’ordre syphilitique ; il a ce qu’on appelle une syphilis cérébrale, mais rien de plus.

Un malade présente une syphilide gommeuse; mais, avec cette syphilide gommeuse, rien autre.

Un troisième est affecté d’une exostose, mais rien que d’une exostose. — Tel autre est affecté d’un sarcocèle, mais rien que d’un sarcocèle. — Tel autre vient d’avoir le voile palatin perforé par une gomme ; mais cette gomme est l’unique symptôme à relever sur lui. — Tel autre, enfin, offre les symptômes d’un tabes ou d’une paralysie générale; mais ce tabes ou cette paralysie générale est l’unique affection par laquelle se traduit la diathèse à ce moment.

Au surplus, j’ai tenu à être fixé numériquement sur ce point, autant qu’il est possible en médecine d’être fixé numériquement sur la fréquence relative des choses, et voici ce que j’ai fait.

Prenant au hasard dans mon stock d’observations 1.000 cas de syphilis tertiaire et les dépouillant avec soin relativement au point en question, j’ai trouvé ceci :

910 cas où des malades affectés de tertiarisme n’offraient comme expression du tertiarisme, à un moment donné, qu’un ordre unique de manifestations ou une manifestation unique ;

Et 90 cas où plusieurs ordres de manifestations tertiaires (2, 3 ou 4 au maximum) coexistaient à un moment donné sur le même malade.

Conclusion : 91 fois sur 100 (approximativement), la syphilis tertiaire se traduit, au moment d’une de ses poussées, par un symptôme unique. Voilà donc ce qu’on peut appeler le fait courant, presque la règle.

Cette règle, à la vérité, souffre une exception ; — exception relative au k formes malignes de la syphilis, notamment à cet ordre spécial et si curieux de syphilis dites « malignes précoces », dont le propre est de se traduire par des accidents d’ordre tertiaire dès le début de l’infection. Dans ce cas, mais dans ce cas seulement, la pluralité des manifestations tertiaires devient au contraire le fait habituel.

Mais laissons de côté ces syphilis d’ordre tout spécial, et, pour l’instant, n’ayant en vue que les cas usuels, les cas de type courant, concluons en disant :

Tandis que le propre de la syphilis secondaire est d’être féconde, voire parfois prodigue en manifestations de divers ordres, la syphilis tertiaire alfecte une tendance précisément opposée, au point de ne se traduire habituellement (9 fois sur 10 environ) que par un seul genre d’accidents.

Les décharges tertiaires, au total, sont donc de beaucoup le plus souvent monosymptomatiques.

V. — Relativement au pronostic de la syphilis tertiaire, plusieurs points importants se présentent à noter.

1° En tant que lésions locales, la [syphilis tertiaire est toujours grave. C’est qu’en effet les lésions qui [la constituent sont à la fois parenchymateuses et désorganisatrices; — parenchymateuses, en ce sens qu’au lieu de se borner, comme les lésions secondaires, à effleurer les tissus, à ne les intéresser que superficiellement, elles les affectent au contraire profondément, intimement, dans leur épaisseur, dans leur profondeur; — désorganisatrices, en ce qu’au lieu de tendre, comme les affections secondaires, à une résolution spontanée et intégrale, elles aboutissent à de véritables destructions locales, et cela par un double mécanisme, à savoir : soit celui de la . sclérose, qui anéantit les éléments nobles des tissus en leur substituant une gangue cellulo-fibreuse,) soit celui de la débâcle nécrobiotique propre à la gomme.

Somme toute, par tel ou tel de ces processus, la lésion tertiaire désorganise ou anéantit les tissus, ce qui se traduit, suivant les localisations, de façons différentes : par exemple, à la peau, sous forme de cicatrices ; — ailleurs, sous forme de mutilation ou de destruction d’organes, telle que perforation, ulcération partielle ou disparition du voile palatin; — ailleurs encore par des scléroses viscérales, etc.

2° Quant aux conséquences définitives de ces désorganisations locales, elles sont essentiellement variables, et variables du tout au tout suivant une condition qui ne dépend plus de la lésion même, mais de sa localisation.

La localisation, voilà ce qui fait et mesure le danger de la syphilis tertiaire. Et rien de plus naturel, car le] danger est forcément en relation avec l’importance, avec la dignité fonctionnelle (si je puis ainsi parler) de l’organe affecté. La même lésion qui sera presque inoffensive en tel point deviendra sérieuse, grave ou même mortelle en tel autre point. Soit, comme exemple, une infiltration gommeuse. Placez-la à la peau. Tout ce qui pourra en résulter, comme aboutissant ultime, sera une disgrâce locale, une cicatrice, une laideur. Mais localisez-la sur le fond de l’œil, dans le larynx, ou bien sur les membranes cérébrales, ou bien à la moelle, cette infiltration n’aura rien moins pour conséquence que de compromettre ou d’abolir des fonctions de première importance ; elle aboutira alors ou pourra aboutir à la cécité, à l’asphyxie, à l’hémiplégie, à la paraplégie, voire à la mort.

Page 1