‹ Traité de la syphilisChapitre 13 sur 256 · CRITÉRIUM THÉRAPEUTIQUE · texte numérisé non relu

CRITÉRIUM THÉRAPEUTIQUE

3° Enfin, quant à ses conséquences quoad vilain , une démonstration est issue des progrès de la science moderne : c’est que la syphilis tertiaire est plus meurtrière, beaucoup plus meurtrière qu’on ne le croyait jadis.

Autrefois on considérait la mort comme un résultat assez rare de la syphilis tertiaire. Or, nous savons pertinemment aujourd’hui que le tertiarisme aboutit souvent à une terminaison fatale par nombre de lésions viscérales qui, méconnues autrefois quant à leur dépendance vis-à-vis de la syphilis, sont rentrées actuellement dans le domaine de la syphilis.

Nombreux, très nombreux sont les cas de mort dérivant de lésions syphilitiques du cerveau, des méninges, de la moelle, du larynx, des poumons, des artères, du cœur, du foie, du rein, etc., sans parler même des affections parasyphilitiques, telles que le tabes et la paralysie générale.

Mais ce dernier sujet est trop important pour que j’en aborde incidemment l’étude dans de simples notions préliminaires. Je le réserve? avec tous les détails qu’il comporte, pour l’un des derniers chapitres de cet ouvrage.

YI . — Enfin, une dernière idée qu’il convient de se faire des lésions tertiaires, c’est qu’elles sont influencées d’une façon curative par deux agents médicamenteux qui ont reçu le nom d’antisyphilitiques, à savoir le mercure et l’iodure. Cette particularité est de premier ordre, car elle leur sert de critérium différentiel absolu avec quantité de lésions d’autre nature sur lesquelles ces mêmes remèdes n’exercent pas la même action.

Ici prend place une légende, tout au moins une croyance très répandue, voire généralement acceptée : c’est que cette période tertiaire a son remède à elle, son remède propre, à savoir l’iodure de potassium. « Le mercure, dit-on, c’est le remède de la période secondaire, tandis que l’iodure de potassium, voilà le remède de la période tertiaire. »

Eh bien, dans cette croyance, il est à la fois une part de vérité et une part d’erreur.

La part de vérité, c’est que l’iodure exerce une action curative indéniable sur toutes les lésions de la syphilis tertiaire ; — c’est, de plus, que cette action s’élève jusqu'au merveilleux vis-à-vis d’un certain groupe de ces lésions, à savoir les lésions gommeuses, soit crues, soit ulcérées. Il résout, il fond les gommes; il modifie, il cicatrise les ulcères gommeux avec une intensité curative et une rapidité vraiment extraordinaires. A ces deux points de vue, il est bien supérieur au mercure, et cela de l’aveu général.

Quant à l’erreur, elle consiste à méconnaître l’action du mercure contre la syphilis tertiaire, ou tout au moins à la subordonner à l’action de l’iodure de potassium.

ÉVOLUTION DU TERTIARISME.

Or, non seulement le mercure est un remède puissant contre toutes les formes de la syphilis tertiaire, mais il est même plus puissant que l’iodure contre certains accidents du tertiarisme, tels que les syphilides tuberculeuses sèches, par exemple. — Et, d’autre part, il exerce en outre sur la maladie une action d’ensemble et surtout une action d’avenir, c’est-à-dire une action préventive, laquelle certes n’appartient pas à l’iodure, au moins d’une façon égale, équivalente.

En sorte que, s’il fallait qu’un jour (hypothèse absurde, mais n’importe), l’un de ces deux remèdes vînt à disparaître, je me consolerais bien plus facilement, dans l’intérêt de mes malades, de la perte de l’iodure que de celle du mercure.

Par bonheur, nous n’avons pas à faire entre eux un choix exclusif. Tout au contraire, le bon sens recommande de profiter de l’action propre à chacun d’eux et de chercher à les renforcer l’un par l’autre en les associant. Cette association, cette combinaison est souvent utilisée, comme chacun le sait, et constitue ce qu’on appelle le traitement mixte , lequel est, pour l’énorme majorité des cas, la médication par excellence du tertiarisme.

ÉVOLUTION DU TERTIARISME.

Lorsque nous essayons de répartir en périodes, en stades chronologiques, les manifestations successives d’une maladie quelconque, nous n’avons en rien la prétention d’établir entre les divers groupes de symptômes qui composent cette maladie des limites précises, des frontières mathématiques. La nature, en effet (et pas plus la nature pathologique que la nature physiologique) ne se prête guère à des délimitations rigoureuses, absolues.

Il en est ainsi en l’espèce, bien que la syphilis, plus que toute autre maladie, procède dans son évolution avec une certaine discipline chronologique.

Impossible, par exemple, d’établir par une limite formelle où finit la période secondaire et où commence la période tertiaire. Impossible même parfois de déterminer si tels accidents de la diathèse relèvent de l’une ou de l’autre de ces périodes. La preuve en est que, par une sorte de compromis, on a été forcé de qualifier quelques-uns de ces accidents, tels que le sarcocèle épididymaire ou certaines formes de syphilides ulcéro-crustacées, du nom d’accidents secondo-tertiaires ou d 'accidents de transition , parce qu’ils participent à la fois des caractères propres aux manifestations de l’une et de l’autre période. Je le répète, toujours un certain vague et quelque peu d’arbitraire président aux divisions pathologiques, et la division de la syphilis en étapes n’échappe pas plus qu’aucune autre au reproche en question.

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