‹ Traité de la syphilisChapitre 184 sur 256 · NÉPHRITE AIGUË. — TRAITEMENT · texte numérisé non relu

NÉPHRITE AIGUË. — TRAITEMENT

l'iodure qui a donné parfois de bons résultats, mais qui a été souvent aussi insuffisant (Brault).

La plupart des auteurs recommandent le mercure. Celui-ci pourra être employé seul pour une néphrite qui survient dans une série franche d’accidents secondaires. Fournier l’associe volontiers à l’iodure. Les deux médicaments devront être prescrits dans les cas où la syphilis présente un caractère malin et des manifestations ulcéreuses.

Dans certains cas où l'iodure échouait, on a vu le mercure agir plus vite ; il convient donc aussi parfois de faire alterner les deux médicaments.

Le traitement mercuriel doit être administré avec une prudence particulière chaque fois que le rein est malade, et la néphrite syphilitique est elle-même soumise à cette règle. Si l’on veut donner des doses de mercure assez élevées, il est nécessaire de vérifier d’abord le degré d’activité fonctionnelle du rein. Celle-ci est souvent considérablement diminuée, et l’élimination du mercure par l’urine en est ralentie; les accidents d’intoxication mercuriellé pourraient donc se produire avec d’autant plus de facilité que le mercure mal toléré exposerait aussi parfois à de la nécrose de l’épithélium rénal. J’ai été témoin en pareil cas d’une stomatite mercurielle extrêmement intense survenue après l’ingestion de moins d’une demi-douzaine de pilules de 0,05 cent, de protoiodure. Toutefois il ne faut pas non plus pécher, ce qui n’est pas moins grave, par excès de timidité. 11 existe dans la littérature médicale assez d’observations probantes de néphrites guéries par le mercure pour que l’on considère l’utilité de ce remède comme nettement démontrée.

Il ne faudra pas prescrire le mercure à doses massives ni recourir aux injections massives de calomel ou d’huile grise. Il vaut mieux employer le mercure à doses fractionnées quotidiennement, et prescrire soit les injections de sels solubles (sublimé, benzoate, biiodure), en commençant par des doses faibles de 5 à 8 milligrammes par jour, soit les frictions.

Les frictions sont recommandées par plusieurs auteurs, notamment par Lecorché et Talamon. Elles peuvent avoir l’inconvénient d’irriter la peau ; elles ne seront donc pas prescrites dans les cas d’œdème considérable. — De plus, elles ne seront conseillées que si l’état des reins le permet, car elles sont sujettes à produire l’intoxication mercurielle assez brusquement.

L’ingestion du mercure est aussi parfois contre-indiquée par la gastro-entérite.

Dans les grandes hydropisies et dans les cas d’urémie, on peut croire indiqué de recourir au calomel à doses fractionnées suivant la méthode de Jendrassik, dans le but d’obtenir la diurèse. Il faudra procéder avec prudence si l’on veut employer ce mode de traitement à coup sûr très actif, mais souvent intoléré.

SYPHILIS DU REIN

Dans tous les cas il est bon de suspendre de temps en temps le traitement mercuriel pour laisser au mercure le temps de s’éliminer. De plus, les soins d’hygiène buccale doivent être mis en usage avec la plus rigoureuse ponctualité.

En somme, dans le traitement mercuriel des néphrites, s’il ne faut pas s’adresser aux méthodes de mercurialisation énergique à doses massives, il ne faut pas non plus intervenir avec trop de timidité et l’indication est de prescrire le mercure à doses actives, après s’être assuré d’une suffisante perméabilité du rein. Ceci s’applique d’une manière générale au traitement mercuriel dans les diverses affections syphilitiques du rein.

L’administration de l’iodure nécessite aussi certaines précautions. Des accidents graves d’iodisme ont été observés (Ehlers, Balzer et Faure-Beaulieu).

Il n’est peut-être pas nécessaire de prescrire de très hautes doses, le rein étant par excellence l’organe d’élimination rapide de l’iode.

Dans le cas d’urémie l’administration de l’iodure doit être suspendue, comme celle du mercure; on ne la reprendra que lorsque le rein aura recouvré des fonctions suffisantes.

Dans les cas d’hydrotborax nécessitant la ponction, il ne faut pas évacuer complètement le liquide pleural, mais se contenter d’évacuations de 200 grammes au plus, répétées autant qu’il sera nécessaire (Dieulafoy).

Pas de mouchetures pour faire couler la sérosité des œdèmes, car elles peuvent être suivies de lymphangite ou d’érysipèle.

Les œdèmes diminuent par l’emploi des bains de vapeur et des purgatifs drastiques.

Bien entendu, le traitement par les spécifiques sera aidé par le traitement classique des néphrites, repos, régime lacté, frictions sèches, balnéation tiède, purgatifs, etc... Il sera prudent de continuer le régime lacté un certain temps après la cessation de l’albuminurie, tout en continuant le traitement spécifique avec des stades de repos.

Plusieurs auteurs ont conseillé de commencer le traitement par le seul régime lacté et de ne prescrire les spécifiques qu’après son insuccès (Chauffard). Cette conduite est tout à fait rationnelle, si l’on tient à vérifier le diagnostic dans les cas où il se trouve entouré de doutes. Mais si, au contraire, il s’agit d’une néphrite précoce que l’on peut rattacher à la syphilis suivant toute probabilité, il vaut mieux associer d’emblée le traitement spécifique au régime lacté et s’opposer le plus tôt possible à l’accroissement des lésions rénales.

Considérant la précocité fréquente de la néphrite, Dieulafoy a conseillé de donner le lait dans un but prophylactique à tous les syphilitiques, au moins pendant les premiers mois de la syphilis. 11 n’est pas douteux, en effet, qu’il y ait un réel avantage à leur recommander une hygiène et une alimentation favorisant autant que pos-

Page 1