NÉPHRITE AIGUE. VARIETES
Enfin, il faut admettre aussi les modifications qui peuvent se produire dans les diverses formes de néphrites et aboutissent à des formes mixtes. Ainsi, une néphrite, d’abord interstitielle, prend plus tard les caractères d’une grave néphrite parenchymateuse. — Réciproquement et sans doute encore plus fréquemment, une néphrite d’abord épithéliale devient interstitielle et diffuse.
Diagnostic. — La néphrite aiguë syphilitique manque de signes cliniques caractéristiques de son origine. Elle ne peut être reconnue qu’à l’existence bien constatée de la syphilis et des symptômes de la période secondaire, à l’absence des autres causes de néphrite ou à leur moindre importance, et souvent enfin à l’heureuse influence du traitement spécifique. Bon nombre de néphrites dites a frigore appartiennent à la syphilis, et, dans les cas de ce genre, lorsque l’anamnèse est défectueuse, il ne faut renoncer au diagnostic de néphrite syphilitique qu’après un examen minutieux du malade.
La plupart des néphrites sont précoces (Fournier) et se déclarent au moment où font éclosion la roséole ou les symptômes secondaires; quelques-unes pourtant se déclarent en dehors de toute manifestation éruptive.
Les malades se présentent parfois avec des œdèmes plus ou moins étendus qui appellent immédiatement l’attention et font rechercher la néphrite. Mais, dans bon nombre de cas, la néphrite pourrait être méconnue, si l’on ne faisait pas l’examen des urines.
Lorsque, pour diverses raisons, cet examen n’a pas été fait, la néphrite se révèle quelquefois par l’apparition des œdèmes localisés à la face, par le développement d’une stomatite mercurielle dont la brusque apparition est en contradiction avec les faibles quantités de mercure absorbées par le malade, quelquefois enfin par les accidents de l’urémie.
Peut-on établir un diagnostic différentiel entre une néphrite parenchymateuse et une néphrite interstitielle? Les signes différentiels sont bien vagues. Suivant Karvonen, la néphrite interstitielle pure pourrait parfois se reconnaître à la faible quantité d’albumine contenue dans l’urine, au grand nombre des leucocytes, au petit nombre des cylindres et surtout à l’absence des cylindres épithéliaux. — Des caractères opposés s’observent lorsqu’il y a participation de la néphrite épithéliale.
Quant à la dégénérescence amyloïde, elle ne se joint guère au processus des néphrites que lorsque celles-ci passent à l’état chronique.
On peut retrouver dans les néphrites aiguës de la syphilis les principales formes de l’encéphalopathie urémique. J’ai eu l’occasion d’observer la forme céphalalgique chez une femme atteinte de néphrite sans œdèmes, et ce fut même cette violente céphalalgie
SYPHILIS DU REIN
avec somnolence qui m’amena à rechercher l’albumine dans l’urine; cette malade guérit complètement par le régime lacté et le mercure.
Les formes convulsive, céphalalgique, délirante, comateuse, peuvent faire penser à la syphilis cérébrale, surtout quand celle-ci ne s’accompagne pas d’hémiplégie ou de paralysies partielles ; dans certains cas le diagnostic ne s’établit que par l’examen des urines.
Pronostic. — Le pronostic de la néphrite aiguë syphilitique diffuse est favorable si l’on compte dans la statistique tous les cas indistinctement, car les formes légères sont les plus nombreuses, et il est probable de plus qu’un grand nombre de cas passent inaperçus. Mais le pronostic est beaucoup moins favorable pour les cas d’une certaine intensité (Lancereaux, Fournier, Engel-Reimers, Negel, Brault, Balzer et Alquier, etc...). Il y a des cas de mort rapide, et surtout bon nombre de cas passent à l’état chronique, et se compliquent de dégénérescence amyloïde ; quelques cas ne guérissent parfois qu’au bout d’un an et plus, ou même après plusieurs années de traitement.
Malgré quelques succès incontestables de la médication spécifique jointe au traitement classique des néphrites, il est sage de ne pas promettre une guérison certaine et de formuler des réserves, d’autant plus que des rechutes ont été plusieurs fois signalées après guérison apparente.
Le pronostic est relativement moins grave pour les néphrites qui se déclarent dès le début de la syphilis que pour celles qui apparaissent à une période déjà avancée de la période secondaire. Cellesci ont plus de tendance à passer à l’état chronique et à se compliquer de dégénérescence amyloïde.
La quantité énorme d’albumine n’est pas un signe absolu de gravité. On a vu guérir des malades qui avaient rendu plus de 30 grammes d’albumine par litre; le malade qui en rendait jusqu’à 110 grammes finit par guérir (Descouts).
Parmi les signes fâcheux il faut signaler l’intensité et la persistance de l’œdème et les hydropisies viscérales, la diminution de l’urine et l’apparition des accidents urémiques.
Traitement. — Que la néphrite soit considérée comme microbienne ou comme toxique, il faut instituer le traitement spécifique ; celuici atteindra les foyers microbiens, s’ils existent dans le rein, ou dans les autres parties de l’économie où ils sécrètent les toxines (Engel- Reimers). D’autre part, l'expérience a montré que le traitement habituel des néphrites ne suffit pas contre la néphrite syphilitique, et qu’il faut lui adjoindre les médicaments antisyphilitiques.
Pour le choix de ceux-ci on peut avoir à hésiter entre le mercure et l'iodure. Mauriac, Lesser et d’autres auteurs inclinent à préférer