NÉPHRITE CHRONIQUE DIFFUSE NON ATROPHIQUE
Dans ce groupe un peu disparate se rangent les cas de néphrite diffuse ou mixte, c’est-à-dire avec lésions de l’épithélium et du tissu conjonctif du rein, mais sans que la sclérose atrophique soit encore dominante. Il contient surtout les formes de passage entre la néphrite aiguë parenchymateuse ou diffuse et l’atrophie rénale. Certains cas sont donc forcément d’un classement difficile, et il faut tenir compte encore de l’amylose qui s’observe souvent dans ces formes.
Étiologie. — Cette variété, lorsqu’elle est primitive, n’appartient pas habituellement aux premiers stades de la ^syphilis, mais elle peut succéder aux formes aiguës qui ont été déjà décrites et dont le début peut être très précoce, comme nous l’avons vu.
Ordinairement elle débute vers la fin de la période secondaire; la statistique la montre apparaissant vers la fin de la seconde année et dans les années suivantes.
Ce développement tardif est une cause de grande obscurité dans le diagnostic de nature de ces néphrites. Il est difficile souvent d’attribuer sûrement à la syphilis des néphrites qui se manifestent bien après la période des accidents secondaires et qui de plus ne
SYPHILIS DU REIN
présentent pas de symptômes assez caractéristiques pour permettre de les différencier sûrement des autres néphrites. D’ailleurs, ces néphrites, même chez les sujets non syphilitiques, ont une étiologie assez obscure et mal fixée; on ne peut les rapporter souvent qu'à des causes banales, communes à beaucoup de sujets.
Pour déterminer le diagnostic, un des meilleurs arguments est de dire qu’il est impossible de ne pas tenir compte d’une maladie aussi féconde en affections viscérales que la syphilis, lorsqu’on la trouve dans les antécédents. Mais presque toujours on rencontre une étiologie mixte, dans laquelle s’associent à la syphilis d’autres causes, telles que l’alcoolisme et, en général, les causes qui peuvent amener des altérations vasculaires.
11 faut aussi s’informer des anciennes maladies du rein qui ont pu évoluer et même guérir avant le développement de la syphilis. Dans un cas Karvonen apprit qu’un de ses malades, à l’occasion d’un contrat d’assurance, avait été reconnu albuminurique un an avant d'être atteint de la syphilis. Il est évident que, dans les conditions de cet ordre, il faut peu s’étonner de ne pas voir réussir le traitement spécifique.
Appartenant habituellement à la période tertiaire, ces néphrites s’observent dans l’âge moyen ou déjà avancé de la vie. D’après le relevé de Karvonen portant sur 25 cas, la plupart des malades avaient de trente à quarante ans, beaucoup de cinquante à soixante; même chiffre après soixante qu’avant trente ans.
La femme est représentée pour un chiffre de cas deux fois et demie supérieur à celui de l’homme.
La néphrite s’observerait aussi surtout dans le cas de syphilis déprimante, conduisant à l’anémie et à la cachexie.
Le traitement spécifique antérieur a presque toujours été insuffisant et même nul dans un tiers des cas (statistique de Karvonen).
Beaucoup de malades avaient présenté divers accidents tertiaires avant ceux de la néphrite.
Les localisations tertiaires concomitantes intéressent par ordre de fréquence : la peau, 11 fois; — le foie, 10; — les os et le périoste, 8; — le testicule, 6; — le système nerveux, 4; — les autres viscères, 6.
La pathogénie de ces néphrites est probablement d’origine toxique. A l’appui de cette opinion acceptable sous toutes réserves, Karvonen invoque l’absence de foyers caractéristiques de la maladie, permettant d’affirmer une origine microbienne, le développement tardif, et la nature diffuse et dégénérative des lésions dès le début de la néphrite.
Anatomie pathologique. — Les altérations des reins n'ont rien de spécifique. La néphrite chronique diffuse se présente sous deux formes principales : le gros rein blanc , et le gros rein tacheté.
I. — Le gros rein blanc est plus volumineux et plus lourd qu’à