‹ Traité de la syphilisChapitre 187 sur 256 · GROS REIN BLANC. — GROS REIN TACHETÉ · texte numérisé non relu

GROS REIN BLANC. — GROS REIN TACHETÉ

l’état normal. D'une consistance pâteuse, il ressemble un peu au rein ■amyloïde. Il est d’une couleur jaunâtre, pâle. La capsule n’est ni Épaissie, ni adhérente. La couche corticale du rein est jaunâtre, plus large qu’à l’état normal; les pyramides sont rouges, hyperhémiées.

Les altérations dominantes au microscope sont la dégénérescence granuleuse et graisseuse des épithéliums à des degrés variables et parfois très avancés dans les tubes contournés, la glomérulite avec prolifération de l’épithélium de revêtement des vaisseaux et de la capsule de Bowman, et enfin l’infiltration cellulaire dans le tissu conjonctif interstitiel, sans organisation encore manifeste.

IL — Le gros rein tacheté s’observe plus fréquemment. Les reins sont volumineux, d’une consistance assez ferme, d’un aspect bigarré avec régions jaunes ou d’un rouge sombre tranchant sur un fond gris jaunâtre et violacé. — La capsule est mince, peu adhérente. — Sur la coupe on trouve de petits foyers hémorrhagiques et une forte congestion des glomérules. — Les pyramides sont d’un rouge sombre, vivement congestionnées.

Au microscope, les altérations épithéliales peuvent être moins accusées que dans la forme précédente ; mais la glomérulite est très intense, plus avancée, déjà sclérosante.

L’inflammation interstitielle est plus envahissante avec des néoformations conjonctives; les parois des vaisseaux sont infiltrées de •cellules et les épanchements sanguins assez nombreux. Quelques canalicules urinifères sont détruits.

Lorsque les malades ont succombé à un stade peu avancé de la maladie, les altérations du rein sont à peu près celles de la néphrite diffuse aiguë, mais ordinairement plus localisées en foyers.

On trouve aussi les stades intermédiaires des lésions qui aboutissent en dernier terme aux deux formes de gros reins ci-dessus décrites.

Parfois les hémorrhagies sont très nombreuses (rein blanc hémorrhagique de Weigert), et le stroma conjonctif plus notablement augmenté, avec tendance à l’induration générale du rein plus marquée.

Si cette tendance s’exagère et si les lésions arrivent à un stade plus avancé, elles aboutissent à la sclérose, avec formation de granulations, épaississement de la capsule, induration et commencement d’atrophie du rein. Les altérations conjonctives se forment toujours en foyers d’étendue variable, signe d’une certaine valeur, mais qui n’appartient pas exclusivement à la néphrite syphilitique, car Wagner a pu le constater dans certaines néphrites des phtisiques.

Enfin, il est à noter que ces foyers ne sont pas toujours liés à des vaisseaux altérés, et que les altérations des vaisseaux eux-mêmes ne sont pas constantes.

Les lésions concomitantes des autres organes sont, d’abord,

SYPHILIS DU REIN

l’hypertrophie du cœur, qui survient comme dans les autres néphrites. Viennent ensuite les complications d’ordre secondaire, œdème pulmonaire, bronchite, broncho-pneumonie, etc...

Symptômes. — Cette forme de néphrite débute insidieusement, et les phases initiales sont presque toujours inaperçues. Dans certains cas le seul symptôme observé est l’albuminurie, qui malheureusement n’est pas toujours assez régulièrement recherchée.

Lorsqu’elle est arrivée à sa période d’état, la néphrite chronique syphilitique diffuse ne diffère pas des variétés correspondantes de néphrite non syphilitique. L’ensemble des symptômes locaux et généraux est parfois le même que celui qu’on observe dans les phases avancées des néphrites diffuses aiguës, et il n’existe pas de démarcation nette entre les deux variétés.

Quelques auteurs, notamment Bazin et Lancereaux, ont trouvé que l’œdème était moins constant que dans la néphrite non syphilitique. Karvonen ne l a relevé que dans la moitié des cas de sa statistique.

On trouve très fréquemment du sang dans l’urine. Il se peut qu’à l’autopsie il y ait un certain désaccord entre les symptômes observés pendant la vie et les lésions du rein : ainsi des urines contenant beaucoup de sang proviennent parfois de reins blancs qui ne présentent que des foyers hémorrhagiques insignifiants.

Dans les formes hémorrhagiques le tableau clinique est assez variable. Elles offrent des exacerbations et des rémissions remarquables. Toutefois ces allures ne sont pas spéciales à la néphrite syphilitique, car Wagner a signalé chez les tuberculeux un mal de Bright hémorrhagique à type récurrent, avec des urines normales dans les périodes de rémission.

Enfin, l’urine, dans ces cas de néphrite hémorrhagique intermittente, contient parfois de nombreux leucocytes, et peut même contenir des détritus floconneux, en sorte que le diagnostic de cette variété avec la néphrite gommeuse peut offrir des difficultés.

Lamarche est le plus souvent torpide, avec des intervalles de rémission. Dans un cas on observa des symptômes de néphrite pendant dix-neuf ans (Karvonen).

Les patients succombent aux progrès de la néphrite, avec des accidents d’urémie ou de cachexie profonde. Ils peuvent succomber aussi par le fait de complications pulmonaires ou cardiaques, ou de telle ou telle affection intercurrente, telle que l’érysipèle.

Pronostic. — Suivant Karvonen, le pronostic immédiat est moins défavorable qu’on ne devrait s’y attendre dans une affection aussi grave. Beaucoup de sujets résistent pendant longtemps, avec des alternatives d’aggravation et d’amélioration ou même de guérison

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