SYPHILIS DES BRONCHES
de courte durée, pour lesquels un traitement mercuriel unique de quelques semaines avait été pratiqué.
Cet homme toussait depuis dix ans, avec des paroxysmes spontanés. Il rejetait du pus et en crachait, à de certains moments, 200 à 300 grammes par vingt-quatre heures. L’expectoration n’était pas fétide et se faisait le matin sous forme de vomiques. Il existait une dyspnée continue, devenant considérable au moindre effort, mais pas de douleurs thoraciques. L’état général était bon, sans amaigrissement. L’examen des poumons montrait la diminution des vibrations vocales dans presque toute l’étendue de la poitrine, un certain degré de submatité, mais nulle part de matité franche, et l'existence de râles sonores, humides, dans toute l’étendue du thorax. Par places existaient de véritables gargouillements sans souffle, plus nets aux bases qu’aux sommets. — Le diagnostic porté fut adénopathie trachéo-bronchique.
Il y avait, en outre, rétraction partielle de la portion inférieure et antérieure du thorax gauche, coexistant avec la disparition totale de la sonorité dans l’espace de Traube, ce qui indiquait d’une façon manifeste l’existence d’une pleurésie partielle sèche ayant soudé le diaphragme aux côtes (symphyse pleuro-costale).
En coïncidence avec ces symptômes pulmonaires, le malade présentait en outre des ganglions inguinaux volumineux et indurés, et surtout des phénomènes d’urémie dyspnéique, dus à un mal de Bright des plus caractérisés (albuminurie, gros cœur, retentissement clangoreux du deuxième bruit aortique, dilatation de l’aorte, hypertension artérielle. — Le malade fut emporté par les phénomènes urémiques vingt jours après son entrée à l’hôpital.
A l’autopsie, on trouve des adhérences pleuro-costo-diaphragmaliques très résistantes, qui font un obstacle considérable à extraire les poumons ; mais ces adhérences ne sont que partielles, « disposées en îlots, dans l’intervalle desquels le tissu pulmonaire fait saillie et a conservé sa souplesse normale », sans nodules gommeux ni dépressions stellaires à sa surface. La palpation des masses pulmonaires donne la sensation bizarre qu’elles sont traversées par des baguettes rigides entre-croisées en tous sens.
A la coupe, on voit une lésion généralisée à tout l’arbre bronchique intrapulmonaire, avec prédominance à la partie moyenne des poumons. Toutes les bronches sont dilatées d’une façon uniforme, cylindriques, avec quelques irrégularités négligeables. La paroi de chaque bronche est transformée en un tissu grisâtre, ferme, résistant* qui empiète sur le parenchyme pulmonaire environnant. Dans ce tissu scléreux existent de petites gommes jaunâtres, arrondies* lenticulaires, dont le nombre est d’autant plus considérable qu’on se rapproche plus de la surface épithéliale ; elles se rencontrent dans les bronches de moyen calibre, mais pas dans les petites ramifications