TYPES ANATOMIQUES
On peut citer Lancereaux, Kôster, Rumpf, Schmâus, Stanziale, Pick, Lamy, Sottas, Weygandt, etc., comme partageant cette manière de voir.
On a fait remarquer que l’endartérite s’étend parfois plus loin sur le trajet de l’artère que le foyer de périartérite qui lui a donné naissance et qu’elle survit à ce dernier, dans le cas d’une évolution prolongée. J’ajoute qu’elle est de par sa structure certainement moins influençable par le traitement. Ces différentes circonstances expliquent que d’excellents observateurs aient cru la forme endartéritique plus fréquente qu’elle n’est en réalité.
Dans un nombre de cas aujourd’hui assez considérable, on a constaté dans les parois d’artères syphilitiques la présence de nodules embryonnaires dont le centre est en état de nécrose avec dégénérescence graisseuse ou caséeuse, et qu'on a, par analogie, désignés sous le nom de gommes des artères.
Baumgarten le premier a observé le fait dans la tunique interne des artères cérébrales. Wendeler a vu des nodules gommeux dans la tunique interne de quelques gros vaisseaux. Sottas a figuré, sur le trajet d’une artériole médullaire, un amas cellulaire avec une cellule géante. Brasch, dans la tunique interne d’une vertébrale, Hoffmann, Lamy et d’autres, dans l’adventice de diverses artères, ont cité la présence de nodules à centre nécrotique.
G. Lion (1) a rapporté une belle observation de thrombose des deux vertébrales par artérite gommeuse : « On constatait au microscope un énorme épaississement de la tunique externe, représenté, d’un côté, par un tissu lymphoïde avec un foyer de nécrose au voisinage des vasa vasorum, de l’autre, par de vastes masses nécrotiques semées d’amas embryonnaires et de quelques rares cellules géantes.
Il n’est pas jusqu’aux grosses artères dans lesquelles on n’ait relevé la présence éventuelle de gommes.
On cite l’observation ancienne, due à O. Weber, d’une gomme volumineuse de l’artère pulmonaire. Rasch a trouvé récemment de petits nodules «ayant la plus grande analogie avec de petites gommes » sur les vasa vasorum de l’aorte. Dittrich, Oppolzer et Virchow ont parlé d’ulcérations des valvules sigmoïdes de l’aorte dues à « des gommes ramollies » ; cette dernière interprétation est probablement sujette à caution.
Des faits que je viens de rappeler et de quelques autres qui existent dans la science il faut retenir : que l’infiltration qui caractérise l’artérite syphilitique peut parfois prendre la forme de nodules gommeux; cela surtout dans l’adventice, plus rarement dans la tunique interne ; — que ces productions affectent tantôt la forme de
(1) Soc. méd. des hôpitaux , 1899, p. 33.
ARTERITE.
tumeurs ou tubérosités facilement visibles à l’œil nu, tantôt celle d’amas cellulaires microscopiques; — que la constatation en est intéressante en ce qu’elle confirme hautement le diagnostic.
Mais, avec Marchand, Oppenheim et Baumgarten lui-même, il faut conclure qu’on ne serait pas fondé à considérer Yartérite gommeuse comme constituant un type anatomique à part. La gomme n’est dans l’artérite syphilitique qu’une simple modalité locale.
Troisième type : Panartérite. — Toutes les tuniques de la paroi artérielle sont enflammées et altérées; tantôt il s’agit d’une infiltration embryonnaire ou lymphocytique diffuse et aiguë ( panartérite aiguë)) — et tantôt d’une transformation fibreuse avec disparition plus ou moins complète des éléments propres de la tunique moyenne ( panartérite fibreuse).
La première variété s’observe dans les cas à marche très rapide, cliniquement foudroyants; la seconde dans ceux à marche lente, de durée relativement prolongée. Cette dernière correspond à une étape avancée de l’organisation des lésions ou, si l’on veut, car cela revient au même, de désorganisation des parois artérielles. Elle constitue le substratum histologique de la forme dite artérite ectasiante et des anévrysmes syphilitiques.
Que si maintenant on se demandait quelle est Y évolution de ces divers types anatomiques et s’ils sont reliés entre eux chronologiquement, on entrerait dans le domaine des hypothèses vagues et des déductions hasardeuses.
La panartérite aiguë est, de par sa constitution, sûrement une forme initiale et récente. Lorsque le malade ne succombe pas, pourraitelle conduire, par localisation du processus, à une endartérite pure ou à une périartérite gommeuse ? Ou bien, panartérite au début, restera-t-elle panartérite en devenant fibreuse ?
Nul ne peut le dire, et la seule chose certaine est que ces diverses variétés, telles que je viens de les décrire, existent réellement. Dans mon livre sur Yartérite syphilitique j’ai eu soin d’en figurer des exemples bien nets pour mettre le fait matériel hors de doute.
Du territoire des artères de l’encéphale je devrais passer maintenant à Yaorte et aux gros vaisseaux du tronc et des membres, pour exposer quelles variétés de lésions histologiques y produit la syphilis. Mais ici les documents valables sont beaucoup plus rares et la plupart ne peuvent être utilisés qu’avec réserve. En effet, il est manifeste que dans les gros troncs artériels les lésions syphilitiques sont sensiblement moins différenciées, par rapport aux artérites toxiques ou infectieuses d’autre origine ; on doit aussi faire entrer en ligne de compte que plusieurs causes peuvent avoir agi simultanément ou successivement.