PÉRIODE D’ULCÉRATION. — BOURBILLON GOMMEUX
La tumeur ouverte, on s’attendrait à la voir, d’une part, donner issue à une quantité de liquide plus ou moins considérable, et, d’autre part, s’affaisser absolument, à la façon d’un abcès qui s’évacue. Eli bien, il n’en est rien. Ainsi :
D’abord, il ne s’écoule en général de la tumeur qu’une faible quantité de liquide ; — liquide, soit dit immédiatement, variable d’aspect : tantôt visqueux, gélatineux, filant et ambré, à la façon d’un mucilage gommeux; — tantôt sanio-séreux, roussâtre ou jaunâtre, et pyoïde; — tantôt enfin (ce qui est plus rare) jaune verdâtre et purulent d’aspect, mais offrant toujours les caractères d’un pus mal lié, grumeleux et charriant des particules solides.
En second lieu, la tumeur (particularité essentielle à noter) est bien loin de subir un affaissement comparable à celui d'un abcès qui se vide. Elle ne se vide pas ; elle ne s’affaisse, au contraire, que très incomplètement et pour une proportion peu importante de son volume. Si bien qu’en réalité elle survit à sa rupture pour les deux tiers ou les trois quarts de ce qu’elle était antérieurement. On la retrouve constituant, sous une coque tégumen taire relativement aplatie par rapport à ce qu’elle était tout à l’heure, une masse solide et dure, laquelle n’est autre que la base non encore liquéfiée de la tumeur.
Et c’est alors qu’entrent en scène les deux phénomènes majeurs de la lésion, ceux qui lui confèrent sa physionomie propre, caractéristique, à savoir : ulcération de surface et apparition du bourbillon gommeux.
1° Ulcération de surface. — Une fois ouverte, la gomme tend à s’ouvrir davantage. La crevasse minime qui s’est faite à son sommet s’élargit rapidement par un processus ulcératif qui détruit la peau excentriquement. Si bien que le simple pertuis central se transforme bientôt en une perte de substance circulaire du diamètre d’une lentille, puis d’une pièce de cinquante centimes, puis d’un franc et au delà, voire bien au delà quelquefois, suivant les proportions de la tumeur. A ce moment, la lésion figure en quelque sorte un monticule au sommet duquel s’est constitué un’ véritable cratère. Examinons l’intérieur de ce cratère, et nous allons y trouver le signe par excellence de la gomme, à savoir le bourbillon gommeux.
2° BOURBILLON GOMMEUX. — A l’orifice de ce cratère se présente quelque chose de singulier, à savoir une masse solide, charnue^ ayant l’aspect d’un tissu mort et constituant ce qu’on appelle le bourbillon.
Qu’est-ce que cela? Rien autre que le tissu même de la gomme ou, pour mieux dire, son cadavre.
Quel en est l’aspect?
Celui d’une masse solide, compacte, adhérente par sa base; celui d’une sorte de parenchyme charnu, de couleur blanc sale ou blanc jaunâtre, que l’on a comparé soit à un « morceau de chair de morue »
GOMMES SOUS-CUTANÉES
(Chassaignac), soit, plus exactement encore, à un « bourdonnet de charpie macérée dans le pus ».
Cette masse est insensible au toucher et à la piqûre. On peut la palper, la piquer avec une épingle, la serrer dans les mors d’une pince, sans éveiller la moindre sensation de douleur. C’est donc bien là un tissu mort.
Elle est encore assez ferme et môme coriace, bien que constituée très évidemment par un tissu en voie de dégénérescence, de ramollissement, de désagrégation. C’est même la conservation d’un certain degré de consistance qui, conjointement avec la coloration blanchâtre que je viens de spécifier, donne à ce produit les apparences de la « chair de morue ».
Bientôt cependant cette masse se désagrège par parcelles et «'s'en va en lambeaux ». On peut, avec une pince, l’étirer en filaments fibrillaires, ce qui, d’ailleurs, se produit parfois spontanément. — Voir, comme spécimen du genre, une très belle pièce du musée de l’hôpital Saint-Louis (Collect. partie., n° llj représentant une gomme en voie d’élimination bourbillonneuse. Du bourbillon désagrégé se sont détachés spontanément des lambeaux fibrillaires, tout à fait analogues d’aspect à des filaments de vermicelle.
Cette masse charnue — ai-je besoin de le dire? — n’est rien autre que le tissu même de la gomme; seulement, c’en est le tissu dégénéré, nécrosé, mortifié, passé littéralement à l’état d’escharre. C’est le bourbillon de la gomme, comme on dit en langage technique; bourbillon véritablement analogue à celui du furoncle ou à celui de l’anthrax, et ne différant de ces derniers que par la qualité des tissus mortifiés. Bref, pour reprendre un mot précité, c’est le cadavre de la gomme.
Aussi bien comporte-t-il cliniquement une signification diagnostique à nulle autre pareille. Se présentant avec l’ensemble des attributs que je viens de décrire, il constitue un signe irrécusable de gomme. Il atteste la gomme; et cela pour la meilleure raison du monde, c’est qu’il est la gomme même, à l’une des périodes de son évolution.
ii. — Ce qui suit n’a plus trait qu’à Y élimination du bourbillon gommeux.
Parenchyme dégénéré, ce bourbillon constitue un corps mort au sein de parties vivantes. A la façon de tout corps mort, il va se séparer de l’organisme. Et, en effet, à dater de ce moment s’établit un processus éliminateur qui consiste en l’expulsion continue de lambeaux bourbillonneux, les uns moléculaires et passant inaperçus, les autres plus ou moins volumineux. Comme règle, le bourbillon s 'émiette de la sorte. Quelquefois cependant il se sépare en gros lambeaux; on l’a même vu tomber presque d’une seule pièce.
Simultanément la peau continue à s’ulcérer au-dessus du bour-