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DURÉE

presque par association aux divers signes qui précèdent. En tout cas, c’est là, sans contradiction possible, le meilleur et le plus sûr attribut objectif de l’ulcère gommeux.

IV. — Période de réparation. — Celle-ci n’est constituée que par des phénomènes d’ordre banal, qui ne sont autres que ceux de toute plaie qui se répare. Ainsi, après avoir conservé un certain temps la physionomie que je viens de décrire, l’ulcère gommeux se déterge et prend un aspect différent. Les débris gommeux achèvent de s’éliminer; — les bords de la plaie s’affaissent; — l’aréole diminue ; — le fond s’élève et se couvre de bourgeons charnus; — la suppuration devient mieux liée, plus verte, analogue au pus des plaies simples, etc.; — puis un processus de cicatrisation s’annonce à la périphérie et envahit progressivement toute la surface de l’ulcère.

La cicatrice de la lésion est d’abord rouge, violacée; — puis elle perd cette teinte rouge pour se foncer et se pigmenter. Elle devient alors brunâtre, maculeuse, parfois presque noire, et reste telle un temps fort long, des années pour le moins ; après quoi elle pâlit pour aboutir finalement à un ton blanchâtre. Mais il n’est pas rare qu’au grand désespoir du malade elle conserve une teinte maculeuse ét pigmentée pour une partie dé l’existence.

D’autre part et très naturellement, elle est toujours plus ou moins déprimée, suivant le degré d’entamure qu’ont subi les tissus. — Inutile d’ajouter qu’elle est permanente et indélébile.

Durée. — Extrêmement variable, mais toujours assez longue.

A ne parler que des cas d’ordre moyen et courant, cette durée oscille entre trois à quatre mois comme minimum et six à sept comme maximum.

Mais que de variétés comporte cette évaluation ! Ainsi, il est des gommes dites rapides qui complètent leur évolution en quelques semaines; — comme aussi, et bien plus fréquemment, il est des gommes dont l’évolution n’est pas terminée après plusieurs années, alors, bien entendu, que n’est pas intervenu le traitement. Comme exemple, MM. Renon et Charrier ont présenté à la société de dermatologie une gomme qui, bien que comptant trois ans d’existence, en était encore à la période de crudité. — Bien plus souvent encore, on rencontre des gommes qui subsistent à l’état d’ulcère gommeux depuis des années, deux, trois, six, huit, dix années et plus.'

Ces variétés de durée peuvent porter sur toutes les étapes de l’évolution gommeuse. Ainsi :

1° Pour certaines gommes, la période de formation est courte, voire très courte (dans les syphilis malignes, par exemple) ; — et pour d’autres, inversement elle est longue, très longue, et cela sans explication possible (cas de MM. Renon et Charrier).

GOMMES SOUS-CUTANÉES

2° Certaines gommes se ramollissent d’une façon rapide, c’est-àdire en quinze jours, en huit jours même, au point de mériter le nom de gommes aiguës ; — et pour d’autres, au contraire, le ramollissement se fait d’une façon lente, languissante, ou bien reste longtemps partiel, c’est-à-dire limité à une portion de la tumeur.

3° Mais c’est surtout sur les deux dernières périodes que portent les différences de durée les plus importantes. Ainsi, telle gomme se déterge rapidement et se cicatrise à brève échéance ; — tandis que telle autre subsiste à l’état d’ulcère un temps fort long, voire parfois indéfini, comme lorsqu’elle subit quelque complication ou notamment, cela va sans dire, lorsqu’elle devient phagédénique.

Pronostic. — Pour l’énorme majorité des cas, les gommes souscutanées ne comportent pas de pronostic sérieux. Formation d’une collection purulente, destruction de la peau dans une certaine étendue, et cicatrice persistante, voilà le maximum des dommages qui peuvent en résulter.

Elles ne deviennent plus ou moins sérieuses qu’en raison de complications surajoutées que j’étudierai bientôt.

Mais ce qu’elles ont de grave (à la façon du reste de tous les accidents tertiaires dont la description va suivre), c’est le témoignage qu’elles comportent d’un état tertiaire en évolution. Elles attestent non pas seulement que la syphilis subsiste dans l’organisme, mais qu’elle est en pleine activité d’évolution et peut se traduire un jour ou l'autre (prochainement peut-être) par quelque manifestation menaçante, un accident tertiaire n’étant, en nombre de cas, comme je l’ai établi précédemment (Voy. page 41), que le présage d'un autre accident tertiaire.

J’ajouterai encore: Unegommeisolée, deuxou trois gommes contemporaines n’ont guère de signification pronostique plus particulière que celle dont il vient d’être question. Mais, tout, au contraire, une pléiade de gommes, soit contemporaines, soit successives, témoigne de ce qu’on appelle une « mauvaise syphilis », c’est-à-dire une syphilis destinée à s’accuser par des manifestations à la fois multiples et graves. La preuve en est que ces gommes multiples s’observent surtout au cours des syphilis malignes précoces ou bien des syphilis qui réagissent sur l’état général pour aboutir à des états de dénutrition consomptive.

De cela je citerai au passage un exemple frappant. Un de mes malades, qui fut affecté d'une soixantaine de gommes à peu près contemporaines, présenta bientôt après une syphilide ulcéreuse de la verge à tendance phagédénique, puis fut pris d’un tabes à marche rapide.

Traitement. — Tant et tant de fautes thérapeutiques ont été commises à propos des gommes qu’il sera tout aussi utile de pré-

TRAITEMENT

PRONOSTIC

ciser ici ce qu’il faut ne pas faire contre elles que ce qu’il convient de faire.

I . — Ce qu’il faut ne pas faire, c’est : 1° opérer les gommes, les enlever, les extirper. Car cela, d’abord, est une opération qui ne laisse pas d’être pénible et qui comporte certains risques, aucune opération, quelle qu’elle soiL n’étant jamais absolument exempte de dangers. En second lieu, c’est là une opération qui a le tort d’être parfaitement inutile, l’iodure de potassium remplaçant ici avec tout avantage le bistouri.

Ce précepte négatif peut ne pas être superflu par ce temps de chirurgie à outrance que nous traversons actuellement. En tout cas, j’affirme qu’il a été plus d’une fois méconnu.

2° Ce qu’il faut ne pas faire également, c’est attaquer les gommes par les caustiques, en vue de les ouvrir ou de les détruire. Des exemples de cette absurde intervention pourraient être cités.

3° Ce dont il faut s’abstenir encore, c’est d’ouvrir les gommes, alors même qu’elles sont fluctuantes, manifestement fluctuantes. Et cela pour deux raisons :

D’abord, parce que cette pratique n’aboutit à rien. La gomme ouverte, on le sait par ce qui précède (Voy. page 75 ), ne s’évacue pas à la façon d’un abcès; elle ne se vide que très incomplètement et pour une faible proportion de sa masse totale. — Puis, on a vu les gommes les plus fluctuantes se résorber sous la merveilleuse action de l’iodure. — Enfin, l’ouverture d’une gomme n’en accélère en rien l’évolution ni le dénouement.

En second lieu, parce que la fluctuation clés gommes est éminemment trompeuse. Certaines gommes sont absolument fluctuantes, fluctuantes sans contradiction possible et au même degré qu’un abcès ; ouvrez-les; il se peut qu’il n’en sorte pas une goutte de liquide. Exemple : J’ai cru opportun (pour une raison que je dirai dans un instant) d’ouvrir la gomme qui est représentée par les moulages n° 10 et 11 de ma collection particulière (musée de l’hôpital Saint-Louis) et qui, je l’affirme, était fluctuante au plus haut degré; or, à ma grande stupéfaction, il n’en est rien sorti, absolument rien, et mon coup de bistouri n’a fait que produire une légère hernie d’une masse blanchâtre, molle, glutineuse, qui se laissait étirer à la pince sous forme de fdaments vermicelliformes.

Donc, ne pas toucher aux gommes, pas de chirurgie pour les gommes , voilà le précepte à observer.

Dois-je ajouter cependant que ce précepte ne saurait être absolu? Il va sans dire qu’il convient de lui désobéir au cas d’indications particulières. Que si, par exemple, une gomme est l’occasion de douleurs ou de troubles fonctionnels qu’il importe de faire disparaître ou bien peut devenir prétexte à décollements, etc., alors, manifestement, l’intervention chirurgicale s’impose.

Traité de la syphilis. — Tome II.

GOMMES SOUS-CUTANÉES. — VARIÉTÉS

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