SECONDAIRE
ÉRYTHÈME TERTIAIRE.
Il n’est pas impossible que, dans la période tertiaire, voire à termes éloignés de cette période, des manifestations cutanées se présentent sous des types différents et même très différents de ceux qui viennent d’être décrits, à savoir sous forme de dermatoses presque identiques comme modalité éruptive aux dermatoses de la période secondaire. Si bien qu’à les juger seulement de par leur aspect objectif, on les croirait secondaires bien plutôt que tertiaires; si bien qu’on serait en droit de les considérer comme l’expression d’une syphilis jeune encore bien plutôt que d’une syphilis ancienne ou, a fortiori, très ancienne, c’est-à-dire remontant à dix, quinze, vingt ans et au delà.
De telles anomalies constituent à coup sûr une exception aux faits d’observation courante, une exception notamment à cette fameuse loi de discipline chronologique d’après laquelle l’importance et la qualité anatomique des lésions doivent être, dans l’évolution normale de la maladie, en harmonie constante avec l’âge de la maladie. Elles n’en sont pas moins authentiques cependant.
A coup sûr, également, elles sont, assez rares; ce qui explique comment elles sont restées longtemps méconnues et comment certaines d’entre elles sont encore sujettes à suspicion pour quelquesuns de nos confrères. Elles ne laissent pas toutefois de se rencontrer de temps à autre en pratique, spécialement dans la pratique de ville (ce dont on verra le pourquoi dans ce qui va suivre).
Je le répète : relativement à l’évolution classique de la diathèse, les manifestations de cet ordre constituent de véritables symptômes déclassés, comme je les ai qualifiées de vieille date. Le mot ayant trouvé faveur, j’aurais mauvaise grâce à le désavouer ; mais je demande qu’il soit compris au sens que lesdites manifestations ne sont déclassées que par rapport à une classification conventionnelle de la maladie (classification basée, à vrai dire, sur les faits d’observation les plus usuels), et non par rapport à une évolution vraie, absolue, dont nous ne pouvons nous flatter encore de connaître toutes les lois.
174 SYPHILIDES TERTIAIRES A MODALITE SECONDAIRE.
Les dermatoses anormales ou déclassées qui prennent parfois place dans la symptomatologie de la syphilis tertiaire sont susceptibles de se présenter sous des modalités objectives diverses. On peut les ranger (quant à présent tout au moins) en quatre groupes, dont la description va suivre.
SYPHILIDE TUBERCULEUSE ATTÉNUÉE ou FRUSTE.
Un premier type de ces syphilides tertiaires anormales nous est offert par une syphilide tuberculeuse sèche singulièrement atténuée comme lésions et presque fruste d’apparences.
Cette syphilide, en effet, au lieu de consister, comme dans son type usuel (V. pages 108 et suiv.), en un semis de tubercules volumineux, saillants, replets, durs, et de couleur jambon foncé, n’est plus constituée que par des éléments éruptifs petits, plats ou ne faisant qu’un minime relief à la surface des téguments, étalés, peu rénitents, sans corps, et de teinte faiblement accentuée. Bref, d’aspect, ces éléments rappellent des papules bien plutôt que des tubercules, et même des papules mal dessinées, planes, indécises de contour.
Si bien que, d’ensemble, la physionomie de l’éruption est bien plutôt celle d’une syphilide secondaire que d’une syphilide tertiaire.
Si bien aussi que l’impression première de tout observateur est pour exclure l’idée qu’une dermatose de cet ordre, si pauvrement formulée, puisse servir d’expression à la syphilis tertiaire, qui a l’habitude de se traduire par des lésions de tout autre importance.
Et cependant c’est bien là une dermatose tertiaire, en dépit de sa superficialité éruptive. Tout le démontre. Car, sans parler de l’argument chronologique, tiré de la date d’échéance dans l’évolution morbide, trois caractères formels confèrent manifestement à cette dermatose le cachet tertiaire, à savoir :
1° Circonscription éruptive ;
2° Coordination méthodique de l’éruption ;
3° Modalité éruptive en groupe ou de configuration circinée.
Détaillons :
1° L’éruption, au lieu d’être éparse, disséminée, voire quasi généralisée, à la façon des dermatoses secondaires, a pour habitude tout au contraire de se limiter à une, deux ou au plus trois régions ; le plus souvent même elle s’isole, se cantonne sur un département unique.
2° Au lieu d’éparpiller au hasard ses éléments éruptifs, comme le fait une dermatose secondaire, elle les coordonne au contraire avec méthode, elles les assujettit à des groupements et des dispositifs spé ciaux, systématiques. Cette sorte de discipline éruptive, si je puis