SYPHILIDE TUBERCULEUSE ATTENUEE, FRUSTE
ainsi parler, témoigne au plus haut degré, comme on le sait, de la qualité tertiaire des lésions.
3° Enfin, les modalités éruptives qu’elle affecte sont précisément celles qui caractérisent d’une façon si pittoresque et si formelle les •syphilides tertiaires et que connaît le lecteur par ce qui précède (V. pages 111 et suiv.), à savoir : modalité en groupement, en bouquet, en coup de plomb ; — modalité circinée, dans ses variétés multiples dites orbiculaire, annulaire, ovalaire, arciforme, en anneau brisé, en arceaux conjugués, etc.
De sorte que, constituée de la sorte, l’éruption se présente avec un cachet tertiaire indéniable, en dépit de la superficialité de ses éléments. Certes, de par ce dernier attribut, elle semblerait devoir être rattachée au groupe des exanthèmes de type secondaire ; mais, d’autre part, sa circonscription, sa coordination méthodique, sa distribution « en bouquet » ou sa configuration circinée sont autant de «ignés qui lui confèrent d’une façon indiscutable la caractéristique propre aux dermatoses d’ordre tertiaire.
Tel est le type de cette singulière syphilide tuberculeuse fruste, atténuée.
Eh bien, ce type s’observe à divers termes de l’étape tertiaire; et, de plus, chose curieuse, il s’observe surtout à termes éloignés , c’està-dire après dix, douze, quinze, vingt ans d’infection, voire parfois à échéances bien autrement lointaines ou même démesurément lointaines. Cela ressort de la petite statistique suivante, dressée d’après 21 cas choisis parmi les plus typiques.
Dans ces 21 cas, l’invasion de cette syphilide tuberculeuse atténuée, fruste, en un mot secondaire d'aspect comme qualité d’éléments éruptifs, s’est faite aux échéances que voici :
7e année 9e — 10e — lie
1 cas.
Total 21 cas.
C’est-à-dire : sur 21 cas, 12 fois au delà de la douzième année; — dont 6 fois au delà de la vingtième !
SYPHILIDES TERTIAIRES A MODALITE SECONDAIRE.
Comme il s'agit d’un sujet nouveau, j’ai l’obligation de citer ici quelques preuves.
I. — Un de mes malades présenta sur un des avant-bras, dans la dixième année de l’infection, un groupe de syphilides large comme la paume de la main, classiquement circiné de contour, et composé d’éléments à peine papuliformes , plats, rosés, squamelleux, et d’aspect absolument secondaire.
II. — Deux autres furent affectés, dans la treizième année de la maladie, d’une syphilide tuberculo-croûtelleuse du cuir chevelu. Or, constituée par de fines papules bien plutôt que par des tubercules vrais, cette syphilide avait tout à fait Y apparence secondaire , à cela près de sa disposition en bouquet sur certains points et en grands arceaux curvilignes sur d’autres (1).
III. — Un de mes clients contracte la syphilis en 1886, en éprouve quelques accidents légers, et se traite environ sept à huit mois.
En 1897, c’est-à-dire dans la onzième année de sa maladie, il est affecté d’un érythème tertiaire aussi typique que possible.
En 1900 (quatorzième année de l'infection), il revient me trouver pour une éruption non moins typique de syphilide tuberculeuse à modalité fruste, constituée comme il suit :
1° Sur la face externe de la cuisse gauche, groupe éruptif très méthodiquement cerclé, de la largeur d’une pièce de S francs (en argent), composé par une série de lésions papuloïdes, les unes isolées, lenticulaires, les autres (et pour la grande majorité) agminées en croissant. Toutes ces papules sont planes et sans relief, non consistantes au palper, « san^ corps », rougeâtres ou rosées (à cela près de deux ou trois qui commencent à se pigmenter), très légèrement ou même, pour mieux dire, à peine squamelleuses sur quelques points. Bref, à part sa circonscription et sa circination méthodique, ce placard a toutes les apparences de la modalité secondaire.
2° Sur la face supéro-externe de l’avant-bras droit, ovale éruptif, d’une correction de contour parfaite, géométrique; — mesurant 5 à 6 centimètres comme grand axe et 3 et demi comme petit axe ; — constitué par un fin liséré rose (de 1 à 2 millimètres de largeur), très légèrement papuleux et faisant à peine relief, dépourvu de toute squame, et servant de cadre à une surface tégumentaire absolument saine. — Ici donc, encore, objectivité secondaire.
IV. — Sur trois autres, j’ai constaté, au cours des onzième, quinzième et seizième années de leur maladie, des syphilides scrotales, orbiculaires ou annulaires, à peine saillantes, à peine papuleuses, plates, non rénitentes, rosées ou rougeâtres, sèçhes et légèrement squameuses, bref, absolument secondaires d’apparence, « aussi secondaires que possible », est-il spécifié dans le t$xte d’une de ces observations.
V. — Un de mes clients, qui ne s’était que fort peu traité jusqu’alors, pré-
(l) Particularité curieuse à relever au passage. Sur l’un de ces malades, ce n’était pas le traitement qui avait fait défaut préalablement à l’invasion de cette syphilide ; car, d’après une comptabilité très exactement tenue par le malade, ce traitement avait consisté en ceci, au cours des onze premières années de la diathèse : 700 pilules de protoiodure, 50 pilules de sublimé, 5 litres de liqueur de Van Swieten, 5 litres de sirop de Gibert, et 650 grammes d’iodure de potassium. — Cette curieuse observation se trouve reproduite en détail dans la thèse du D1' Brauman, p.129 (De Vèrythème circiné tertiaire de la syphilis, Th. de Paris, 1891).