I. — Syphilides tertiaires
Les dermatoses génitales tertiaires se présentent sous les deux types usuels du tertiarisme cutané. C’est dire qu’elles consistent tantôt en des éruptions de modalité sèc/ze, et tantôt en des éruptions de modalité ulcérative. Quelques mots sur chacune de ces formes.
1° Syphilides tertiaires de modalité sèche ou syphilides tuberculeuses. — i. — Peu communes relativement, les syphilides de cet ordre s’observent surtout au niveau du scrotum, plus rarement sur le fourreau et bien plus rarement encore sur le prépuce.
Elles n’offrent sur ces divers sièges que les caractères usuels des syphilides tuberculeuses sèches, caractères que je n’ai plus à décrire. A remarquer seulement qu’elles y affectent assez fréquemment la modalité circinée. Comme exemple, je citerai le fait d’un de mes clients qui, dans la vingt et unième année de sa maladie, a présenté une syphilide tuberculeuse exclusivement pénienne, composée de deux éléments : l’un, régulièrement orbiculaire et large comme une pièce de 50 centimes, sur la peau du prépuce, et l’autre arciforme, figurant un véritable croissant sur le fourreau.
Particularité du même ordre, mais digne d’une mention toute spéciale : ce caractère circiné des syphilides tertiaires est d’une excessive, d’une extraordinaire fréquence pour les syphilides scrotales. Celles-ci, dans l’énorme majorité des cas, se présentent sous forme de circonférences, d’arceaux ou d'arcs de cercle de diamètre variable et quelquefois de diamètre très étendu. Cette configuration n’est pas toujours appréciable au premier coup d’œil, mais elle devient évidente (non moins que très significative au point de vue diagnostique, et c’est là ce que vise ma remarque) dès qu’on prend soin d’étaler le scrotum par distension.
ii. — Des syphilides de même ordre, c’est-à-dire de modalité sèche, peuvent également s’observer sur le gland et cela tout spécialement chez les sujets à prépuce court ou les sujets circoncis. Là, elles se présentent sous deux types :
1° Type lenticulaire , qui se définit de lui-même. Ainsi, un de mes malades, syphilitique depuis sept ans, était affecté d’une syphilide sèche du gland constituée par quatre tubercules secs, régulièrement orbiculaires de contour, légèrement surélevés, et d’un diamètre variable entre celui d’une grande lentille et celui d’une pièce de 20 centimes.
2° Type en nappe , à contours généralement polycycliques. — Exemple: Sur un malade affecté d’une syphilis remontant à huit ans, on observait un placard de syphilide tuberculeuse sèche étalé sur un tiers de la surface du gland, placard à contours sinueux formés par une série de segments de circonférence. — (Soit dit au passage, ce même malade présentait en outre, au niveau de la rainure glando-
GOMMES DE LA VERGE
préputiale, une gomme ulcérée, coïncidence intéressante et témoignant bien de l’étroite parenté de ces deux ordres de lésions, en dépit de leur aspect objectif très différent.)
Enfin, mais seulement à titre de particularité exceptionnelle, je signalerai un cas dans lequel le gland, tapissé sur toute sa surface d’une couche confluente de tubercules secs, avait pris un aspect vraiment extraordinaire. Criblé de tubercules mamelonnés, pisiformes, confluents au point de se presser les uns contre les autres, il était devenu pour ainsi dire méconnaissable. Son aspect était celui d’une mûre à gros mamelons.
2° Syphilides tuberculo-ulcéreuses. — Bien plus communes que celles de type sec. — Susceptibles de toute localisation sur les parties génitales, mais affectant de préférence les départements muqueux de la région (gland, rainure, méat).
Les lésions de. cet ordre présentent les caractères objectifs des syphilides tertiaires ulcéreuses de tout siège, caractères connus, que je passerai sous silence. A fortiori sont-elles identiques d’aspect aux ulcérations de même siège, mais dérivant de processus gommeux hypodermiques ou dermo-hypodermiques que je vais décrire dans un instant. Elles leur sont même identiques de tout point, à cela près d’une seule différence consistant en ce que leur base ne présente pas au palper la rénitence qui sous-tend ou encadre ces dernières. Mais, réserve faite pour ce seul caractère, elles leur restent absolument assimilables, à ce point qu’en pratique il est le plus souvent impossible de les en différencier. Aussi bien, en vue d’éviter des redites, confondrai-je leur description avec celle des lésions dont l’exposé va suivre.