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II. — GOMMES GÉNITALES

Assez communes, contrairement à l’opinion courante. Si on les a considérées jusqu’à ces dernières années comme « plus ou moins rares », c’est que bien souvent on les a méconnues comme nature, en les rapportant (dans leur étape ulcéreuse, bien entendu) soit au chancre simple, soit même au chancre syphilitique.

Quant à leur siège, elles se distribuent naturellement en deux groupes: gommes des départements cutanés de la verge (fourreau, peau du prépuce et du scrotum); — et gommes des départements muqueux. Celles du premier groupe ont été décrites, dans un chapitre précédent, avec les gommes du tissu cellulaire. Celles du second groupe, infiniment plus fréquentes et comportant un intérêt bien supérieur, nous restent seules à étudier ici.

Échéance d’apparition. — Ce sont des accidents de caractère tardif. Ainsi:

1° Rares au cours des trois premières années de la maladie, ils Traité de la sithilis. — Tome II. 13

SYSTÈME GÉNITAL

n’acquièrent une réelle fréquence que vers la quatrième année.

2° Tandis que, dans les dix premières années, leur niveau de fréquence se tient notablement au-dessous du niveau moyen du tertiarisme, tout au contraire il s’élève au-dessus et bien au-dessus pour les vingt années suivantes, c’est-à-dire de la onzième à la trentième (1).

3° Enfin, il n’est pas rare de les voir figurer dans les étapes tardives ou même les plus tardives de la maladie. J’en ai observé trois cas aux trente-huitième, trente-neuvième et quarante- cinquième années de l’infection. De même M. Mauriac en a cité deux cas à trente-six et quarante ans au delà du chancre.

Voici, au reste, ce que m'a fourni à ce sujet le dépouillement de 139 observations personnelles, où la date d’invasion de lésions gommeuses génitales a pu être exactement déterminée.

Échéance d’invasion des gommes génitales.

Au cours de la lre année 2 cas.

— lie 3

• A reporter 126 cas.

(1) Au cours des dix premières années de la maladie, leur moyenne de fréquence correspond à 52 p. 100, alors que la moyenne générale de fréquence du tertiarisme est de 80 p. 100.

Plus tard, au contraire, elle s’élève, à savoir :

De la 11e à la 20e année, à 34 p. 100, la moyenne commune étant de 13 p. 100 ;

De la 21e à la 30e année, à 13 p. 100, la moyenne commune répondant à 7 p. 100. (Statistique personnelle.)

GOMMES DE LA VERGE. 195

Report 126 cas.

Au cours de la 24e année 3 —

Total 139 cas.

Localisation. — Les gommes génitales ont un siège de prédilection par excellence, à savoir : la rainure glando-préputiale , où elles se localisent dans plus de la moitié des cas (75 lois sur 139 malades).

Vient en seconde ligne le gland ; — puis, par ordre de fréquence décroissante, la muqueuse préputiale, le méat, l’urèthre et le frein.

Voici, au surplus, les résultats qui m’ont été fournis par les 139 cas en question :

Rainure glando-préputiale 75 cas.

Gland.. 38 —

Muqueuse préputiale 17 —

Méat uréthral 13 —

Urèthre 12 —

Frein 5 —

160 cas.

Parfois aussi, comme en témoignent les chiffres précédents, ces lésions peuvent affecter simultanément plusieurs sièges, comme rainure et gland, rainure et méat, gland et urèthre, etc.

Étude clinique. — Les gommes génitales n’ont pas d’autre symptomatologie que les gommes de tout siège. Il suffira donc de signaler simplement ici quelques détails qui leur sont plus particuliers.

Dans leur période initiale (période de crudité), ces gommes se présentent sous trois formes qu’on peut qualifier ainsi : gommes nodulaires ; — gommes lamelleuses ; — et gommes diffuses.

I. Dans la forme nodulaire, qui est infiniment la plus commune, elles sont constituées par de petites tumeurs solides, comparables comme volume à un grain de cassis ou à une petite olive. — Il en est de plus petites, ne dépassant pas les proportions d’un pois, d’un pépin de poire, d’un grain d’orge, etc. ; — comme aussi (mais plus rarement) de plus grosses, affectant alors les dimensions d’une noisette d’une cerise, d’une demi-noix. — Exceptionnellement on en a vu de plus

GOMMES DE LA VERGE

importantes. Ainsi j’en ai rencontré une qui, occupant à la fois la rainure et le gland, offrait bien le volume d’une petite noix.

Comme forme, elles sont généralement globuleuses ou olivaires, parfois hémisphériques.

A simple vue, elles sont souvent inappréciables, surtout alors qu’elles sont encore jeunes. Plus développées, elles s’accusent à la fois et par un léger relief et par une modification d’aspect de la muqueuse, laquelle, à leur niveau, prend un ton sombre, foncé, ou bien, inversement (mais cela seulement alors qu’elle est distendue à l’excès par l’infiltrat sous-jacent), offre une tonalité blanchâtre et exsangue, comme cela s’observe parfois à la surface des callosités chancreuses exubérantes.

Mais ce qui les distingue surtout et ce qui en constitue pour l’observateur le signe par excellence, c’est, au toucher, la perception d’un noyau dur , d’un calus bien circonscrit, comme si un corps étranger, tel qu’un noyau de cerise, se trouvait enchâssé dans les tissus.

D’une part, ce calus s’accuse par une résistance bien accentuée, exactement comparable à celle de l'induration chancreuse , et se détachant nettement sur la souplesse physiologique des tissus ambiants. — D’autre part, il se présente bien circonscrit, bien défini, sans se perdre et s’atténuer par transition dans les parties voisines. — En sorte qu’il donne aux doigts qui l’explorent la sensation d’un noyau pathologique ayant son individualité-, isolé, défini, délimité, en un mot tel que serait (je reprends à dessein la comparaison) un corps étranger inséré sous les téguments.

Ce calus gommeux est essentiellement aphlegmasique. Il naît et évolue à froid. A son niveau, comme autour de lui, nul signe de réaction inflammatoire, nulle rougeur,- nul empâtement. Et surtout pas le moindre phénomène douloureux. Spontanément, ce noyau est d’une indolence complète, et il n’est pas moins insensible au toucher, à la pression. On peut l’explorer, le palper, le presser, sans déterminer la moindre souffrance. — Aussi bien arrive-t-il assez souvent que des lésions de ce genre échappent plus ou moins longtemps à l’attention des malades, qui ne s’en aperçoivent que par hasard à une époque où elles ont acquis déjà un certain développement.

Le plus habituellement on n’observe qu’un seul de ces noyaux gommeux. Il est plus rare qu’on en rencontre simultanément plusieurs, à savoir deux, trois ou quatre au maximum.

En résumé, donc: noyau dur, et d’une dureté comparable à ce qu’est l’induration chancreuse ; — noyau nettement circonscrit, bien délimité ; — noyau aphlegmasique et indolent, voilà les attributs de cette curieuse lésion; curieuse lésion, car rien n’est plus étrange au premier abord (et je puis ajouter, rien n’est moins connu) que ces calus de la verge, qui bien souvent ont donné lieu à des

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