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LÈVRES

La région des lèvres sert assez fréquemment de siège aux manifestations de la syphilis tertiaire, et à des manifestations de divers ordres. #

I. — On y observe d’abord des SYPHILIDES TERTIAIRES de tout genre, à savoir :

1° Pour le segment cutané, des syphilides tuberculeuses sèches, soit sous la forme de tubercules en groupes, soit, plus souvent, sous la forme étalée en placards, en nappe; — ou bien des syphilides tuberculo-ulcéreuses se présentant là presque toujours encroûtées ou, bien plus rarement, sous la modalité d’ulcérations à découvert.

2° Pour le segment muqueux, des syphilides tuberculo-ulcéreuses avec les caractères usuels des ulcères gommeux.

3° Assez fréquemment aussi, des syphilides de forme mixte, qui, à cheval sur le département cutané et le département muqueux, se présentent à la fois sous la forme sèche ou croûteuse dans leur segment cutané et sous la forme ulcéreuse dans leur segment muqueux.

Ces divers types de syphilides n’offrent rien de spécial comme objectivité. Je ne ferai donc, à leur propos, que relever les quelques particularités suivantes :

î. — Elles affectent volontiers telle ou telle variété du mode circiné (variété orbiculaire, arciforme, en arceaux conjugués, voire en couronne). Ainsi une pièce du musée de Saint-Louis (n° 408) représente une syphilide tuberculo-crustacée qui décrit sur la lèvre supé-

SYPHILIS TERTIAIRE DES LEVRES

rieure un anneau croûteux presque complet et à centre sain. — Sur une de mes malades les deux lèvres étaient le siège d’une syphilide tuberculeuse sèche qui dessinait autour de l’orifice buccal toute une série d’arceaux conjugués.

ii. — Elles offrent parfois une étendue plus ou moins considérable. Ainsi il n’est pas rare de les voir s’étaler sur toute la surface d’une lèvre, spécialement de la lèvre supérieure.

D’autre part, elles sont très souvent continues avec des syphilides avoisinantes, syphilides du nez, des joues, du menton. Exemple : dans un cas observé parle Dr Besnier (V. pièce n° 1659 du musée de Saint-Louis), une de ces syphilides occupait absolument toute la lèvre supérieure très hypertrophiée, la sous-cloison, un segment de la lèvre inférieure et une grande partie de la joue gauche, en couvrant d'une nappe ulcéreuse un segment considérable du visage.

m. — Elles sont assez souvent hypertrophiques pour cette raison qu’elles coïncident avec des infiltrations gommeuses des tissus sousjacents. Ce sont alors des lésions mixtes, dermiques et hypodermiques à la fois, qui confèrent aux lèvres, d’une part, une exagération de volume plus ou moins considérable, parfois énorme, et, d’autre part, un aspect vraiment hideux de par leurs croûtes épaisses, foncées, brunâtres, noirâtres, voire absolument noires. (V., comme exemples, diverses pièces du musée de Saint-Louis, notamment les pièces nos 812, 960, etc.).

îv. — Ce sont, enfin, des manifestations à récidives fréquentes, voire à récidives in situ. — Une jeune femme que j’avais traitée et guérie d’une syphilide tuberculo-croûteuse située sous la sous-cloison, fut reprise quelques années plus tard d’une lésion de même ordre située exactement au même point. — Un de mes clients, qui avait contracté la syphilis en 1860 et ne s’en était traité que pendant quarante jours, fut pris en 1870 d’une syphilide tuberculo-crustacée bilabiale, laquelle se perpétua quatre ans et demi par une série de recrudescences ou de récidives. Or, deux ans après, cette même syphilide reparut au même siège. Energiquement traitée, elle guérit plusieurs fois, mais toujours pour se renouveler dès qu’on suspendait la médication spécifique. Elle en était à sa septième récidive dix-huit mois plus tard quand le malade, sans doute découragé, suspendit ses visites chez moi.

Mais il y a plus encore. La syphilide tuberculeuse sèche périlabiale est presque fameuse par l’étonnante multiplicité possible de ses récidives. Il n’est pas rare qu’elle se répète une nombreuse série de fois.

Sur une de mes malades je l’ai vue se reproduire cinq fois en trois ans, après quatre disparitions complètes, absolues.

Une autre de mes malades est restée sujette pendant quatre à cinq ans à d’incessantes recrudescences ou récidives d’une syphilide

SYPHILIDES.

GOMMES

tuberculeuse sèche qui se cantonnait invariablement sur l’une ou l’autre lèvre, quelquefois sur l’une et l’autre à la fois. Cette syphilide était cependant de modalité superficielle et bénigne d’apparence. Elle affectait invariablement la forme d’arceaux conjugués. Soumise au traitement, elle disparaissait (en général assez lentement), mais pour reparaître quelques mois ou même quelques semaines plus tard. « C’est un vrai jeu de cache-cache, disait cette femme; quand je me traite, je n’ai plus rien ; mais, dès que je ne me traite plus, cela revient presque aussitôt. Alors, nouveau traitement, nouvelle disparition. Puis je cesse le mercure, et me voici reprise. Cela, je crois, ne finira jamais. » Je ne parvins à avoir raison de ces continuelles récidives que par l’usage longtemps poursuivi, avec intermittences, des injections de calomel.

A noter au passage un point curieux. Cette forme de syphilide labiale à récidives multiples est incomparablement plus commune chez la femme que chez l’homme. — De cela quelle peut être la raison ?

v. — Le diagnostic de ces diverses lésions est généralement facile de par leur physionomie objective. Ce n’est pas cependant qu’il n’ait donné lieu à de fréquentes erreurs. Pour ma part, je m’accuse d’avoir pris pour un lupus une syphilide de la lèvre supérieure et de la sous-cloison sur une jeune fille hérédo-syphilitique. Ce prétendu lupus, que j’avais d’ailleurs réussi à guérir par les scarifications, étant venu à récidiver quelques années plus tard, je le soumis alors au traitement spécifique, et une guérison des plus rapides vint témoigner en toute évidence de mon erreur première. De même, dans un cas précité du Dr Besrtier, une vaste ulcération de la lèvre inférieure et des parties attenantes fut considérée longtemps comme de nature tuberculeuse et traitée comme telle par divers moyens ad hoc (injections de lymphe de Koch, injections de gaïacol, ruginations, scarifications, cautérisations, etc.). Elle finit par guérir après un an, mais pour récidiver bientôt in situ. Soumise alors au traitement spécifique, elle se cicatrisa en cinq semaines ! Ce qui démontra une fois de plus, dit M. Besnier, « la nécessité de faire intervenir ce qu’on appelle le traitement d’épreuve dans tous les cas qui peuvent laisser place à la moindre incertitude diagnostique ».

II. — LÉSIONS GOMMEUSES. — Celles-ci (bien étudiées par le Dp Tuffier sous le nom de labialites tertiaires) (t) se manifestent sous les deux modalités usuelles aux lésions gommeuses de tout siège, à savoir : celle de tumeurs circonscrites et celle d’infiltrats diffus.

1° La véritable tumeur gommeuse labiale est rare, et cela plus encore chez la femme que chez l’homme (Tuffier).

(1) Gommes et scléroses syphilitiques des lèvres. — Labialites tertiaires ( Revue de chir., 1886, t. VI).

SYPHILIS TERTIAIRE DES LEVRES

Elle constitue une manifestation généralement tardive.

Elle affecte la lèvre supérieure plus souvent que l’inférieure.

Elle est soit unique, soit un peu plus souvent multiple. Dans ce dernier cas, on rencontre deux, trois, quatre et jusqu’à cinq petites tumeurs dans l’épaisseur de l’une et l’autre lèvre. Comme exemple, je citerai le cas d’une de mes malades sur laquelle j’ai observé cinq gommes du volume d’un noyau de cerise dans les deux lèvres, à savoir: deux dans la moitié gauche de la lèvre supérieure, deux dans la moitié gauche et une dans la moitié droite de la lèvre inférieure (sans parler encore d’une sixième, plus petite, dans la joue).

Les tumeurs gommeuses labiales sont non pas sous-cutanées, mais situées dans l’épaisseur même de la lèvre.

Elles n’offrent guère qu’un petit volume, comparable à celui d’un noyau de cerise, d’une olive, ou, au plus, d’une petite noisette.

Elles sont arrondies ou olivaires. Quelquefois cependant elles se présentent aplaties en forme d’amandes.

Leur symptomatologie est de tous points identique à celle des gommes en général. C’est dire qu’elles sont originairement dures, puisqu’elles se ramollissent, s’ouvrent, et dégénèrent finalement en ulcérations d’aspect gommeux.

Ces ulcérations sont plus ou moins étendues ; — en général, comparables aux dimensions d’un ongle ; — quelquefois un peu plus larges (comme dans la pièce n° 1401 du musée de Saint-Louis). — Exceptionnellement on en rencontre de bien plus considérables, par fusion d’ulcérations voisines, comme sur( un de mes malades qui présentait une ulcération de 5 centimètres de long, c’est-à-dire comprenant les trois quarts de la lèvre inférieure et, de plus, intéressant l’une des commissures. Cette ulcération était extrêmement irrégulière de bords et de fond, anfractueuse, ravinée, et offrait le plus mauvais aspect; néanmoins, elle céda rapidement au traitement spécifique, et même, contrairement à ce qu’on aurait pu prévoir, ne laissa à sa suite qu’une cicatrice peu déprimée.

Bouisson (qui, le premier, s’occupa de ces tumeurs labiales et les décrivit dès 1846) dit que, même après résolution, elles peuvent déterminer un état atrophique de la lèvre, « laquelle diminue d’épaisseur, s’amincit et perd sa résistance naturelle ». Je n’ai pas jusqu’à ce jour rencontré pareil fait.

A noter enfin cette particularité curieuse (mais n’ayant du reste rien de spécial) que les ulcérations dérivant de lésions gommeuses labiales peuvent simuler parfois le chancre primitif. Sur une femme de mon service, une ulcération de ce genre, située sur la lèvre inférieure, s’était encroûtée et avait pris très exactement l’aspect, la physionomie d’un accident primitif croûteux, au point que tout le monde s'y trompait au premier coup d’œil, d'après les seules données objectives. La complète absence d’adénopathie, sans parler des anté-

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