‹ Traité de la syphilisChapitre 86 sur 256 · LÉSIONS GOMMEUSES · texte numérisé non relu

LÉSIONS GOMMEUSES

cédents spécifiques connus, rectifiait seule cette erreur d’impression oculaire (1).

2° En d’autres cas les lésions gommeuses labiales, au lieu de se produire sous forme d’une ou de plusieurs tumeurs bien définies, bien circonscrites, affectent au contraire la modalité d’infiltrations diffuses, d’infiltrations en nappe.

Elles se présentent alors à l’état de néoplasies étalées, d’ailleurs très variables comme proportions et comme importance. Tantôt elles se limitent à un segment d’une lèvre; et tantôt elles intéressent la lèvre tout entière, voire en irradiant sur la joue ou la base du nez.

Dans ce dernier cas, elles aboutissent parfois à créer de véritables hypertrophies labiales, s’accusant par une exagération considérable de volume, et cela à la fois comme hauteur, comme largeur et comme épaisseur. La lèvre affectée peut alors devenir presque géante , c’est-à-dire doubler, tripler de dimensions.

* Un bel exemple de ce genre a été déposé par le D1' Guérin au musée de l’hôpital Saint-Louis. On voit sur cette pièce une lèvre supérieure énorme , mesurant 4 centimètres de hauteur avec un relief en proportion ; et, d’autre part, cette tuméfaction labiale se continue avec une tuméfaction analogue de la joue semblablement infiltrée dans sa moitié interne. — Des spécimens de même ordre sont également fournis par les pièces n0s 812 et 960.

Ces infdtrats massifs offrent au doigt, dans leur période de crudité, une fermeté, une rénitence, une dureté considérables. Plus tard, ils se ramollissent par foyers, par départements, et s’ouvrent par une série de cratères qui s’élargissent ensuite, en constituant autant d’ulcères gommeux. — Quelquefois encore ils s’ouvrent par sphacèles cutanés plus ou moins étendus.

Enfin, presque toujours ces infiltrations en masse se compliquent d’une infiltration cutanée de même ordre; en sorte que la peau s’affecte pour sa part à leur surface, se détruit, s’ulcère et se recouvre

(1) Point intéressant, à signaler au passage.

Je possède, clans ma collection iconographique, trois photographies aquarellisées, dues au talent d'un habile artiste, M. Méheux. Ces trois photographies représentent: l’une, un chancre syphilitique croûteux de la lèvre supérieure ; — la seconde, une gomme encroûtée de même siège ; — et la troisième, une lésion ulcérocroûteuse de la lèvre inférieure, lésion dérivant d’une cautérisation que se fit imprudemment une de mes malades avec de l’eau régale, sur une fissure médiane de cette lèvre.

Or, bien que très dissemblables comme qualité de l.ésions, ce chancre, cette gomme et cette brûlure offrent une identité objective absolue. A ce point que le syphiligraphe le plus compétent — serait-il un Ricord — ne parviendrait pas à les différencier objectivement. ,

Quel témoignage à l’appui de cette vérité cependant si méconnue, à savoir que les lésions les plus diverses, les plus distantes et les plus étrangères les unes aux autres comme nature, peuvent affecter comme caractéristique extérieure, comme faciès , non pas seulement des analogies, mais des ressemblances, voire parfois des identités absolues !

SYPHILIS TERTIAIRE DES LEVRES

de grosses croûtes d’un aspect sombre, noirâtre. L’aspect de telles lésions devient alors véritablement hideux, comme on en peut juger par diverses pièces déposées dans les vitrines du musée de Saint-Louis.

(Dès maintenant, je noterai qu’à tous égards, notamment par sa dureté et par sa terminaison ulcéreuse, cette infiltration gommeuse en nappe se différencie absolument d’une autre lésion qu’il me reste à décrire sous le nom de syphilome hypertrophique diffus.)

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