SYPHILIS HÉRÉDITAIRE
On désigne sous le nom de syphilis héréditaire, celle que l'enfant apporte en naissant. Elle a pour caractère essentiel l'absence d'accident primitif, comme si la syphilis avait commencé pendant la vie intra-utérine et ne devait présenter après la naissance que les périodes ultérieure de son évolution .
Tantôt; les accidents syphilitiques se montrent dès la naissance, c'est la syphilis héréditaire précoce. Tantôt, ces accidents n'apparaissent qu'à un âge relativement avancé de 15 à 25 ans, c'est la syphilis héréditaire tardive.
« Sous le nom de S. H. tardive, on désigne, dit le professeur Fournier, l'ensemble des accidents syphilitiques qui, dérivent d'une infection héréditaire, se produisent à un âge plus ou moins avancé de la vie, c'est-à-dire au cours de la deuxième enfance, de l'adolescence et de l'âge adulte. Par opposition à la S. H. précoce, qui succède immédiatement à la naissance, la S. H. tardive est celle qui fait ses manifestations dans un âge plus distant de la naissance et cela, soit qu'elle entre en action à cet âge, soit qu'elle ait été précédée d'autres accidents de môme origine dans le premier âge ».
Les manifestations articulaires s'observent aussi bien dans la S. H. précoce que dans la S. H. tardive et elles peuvent présenter les mêmes caractères.
Tantôt les accidents articulaires sont les seules manifestations de l'hérédo-syphilis ; tantôt et c'est le cas le plus ordi naire, les manifestations articulaires sont précédées ou accompagnées d'autres accidents de la même diathèse.
Dans le premier cas, il est souvent difficile de rapporter les
arthropathies à leur véritable cause . Pourtant, il est presque de règle de retrouver chez les ascendants et les collatéraux des accidents qui mettent sur la voie du vrai diagnostic, soit chez les petits malades eux-mêmes, des stigmates osseux ou oculaires qui empêchent d'hésiter.
De même que les différentes manifestations de la S. H. peuvent revêtir d'emblée les caractères et l'allure des accidents tertiaires de la syphilis acquise, de même pour les localisations articulaires, les arthropathies peuvent prendre l'allure chronique et les caractères des arthropathies que nous avons étudiées dans la syphilis tertiaire.
Depuis longtemps les manifestations articulaires de la S. H. sont connues, elles ont été bien étudiées en Allemagne, en Angleterre et en France.
En Allemagne, Tétude de ces arthropathies semble se confondre avec celle de l'ostéo-chondrite du type Parrot, Henoch, Levvin (1868), Waldeyer et Kœbner, Gûterbock dans deux mémoires (1878-1883), Knaak [de Brème (1879)] Max Schûller (1883) écrivent sur ce sujet.
En Angleterre, Glutton (1886) et Robinson (1896) se sont surtout occupés de la question. En France de nombreuses thèses (Rauguedat (1883), Danjou (1887), Métayer (1904) et quelques mémoires ont été consacrés à l'étude de ces arthropathies.
Parmi les plus importants citons les descriptions toujours si vivantes du Professeur Fournier, un mémoire de Kirmisson et Jacobson (1897) et une revue de Morestin (1901).
Les arthropathies de la syphilis héréditaire peuvent revêtir plusieurs formes et il y a lieu d'en décrire plusieurs variétés.
Les auteurs allemands divisent les arthropathies de la S. H. en aiguës ou subaiguës et chroniques. Max Schûller, Hueter, Somma, rapportent des cas de la variété aiguë ; pour eux, elle serait caractérisée par un début fébrile (39°), des douleurs articulaires vives, du , gonflement, de la rougeur, de la chaleur des jointures qui s'emplissent de liquide. L'évolution serait d'environ deux mois et pourrait es terminer parla mort.
Henoch se demande s'il s'agit bien là d'une manifestation syphilitique. En France, les auteurs n'admettent pas cette variété. Kirmisson et Jacobson pensent qu'il s'agissait dans ces cas soit de maladie de Parrot, soit d'arthrites suppurées d'origine non syphilitique.
Parmi les arthropathies chroniques, les auteurs étrangers distinguent :
Une ostéo-arthropathie simple.
Une hydarlhrose double.
Une ostéo-arthropathie déformante.
La deuxième variété — hydarthrose double — a été décrite par Glutton en 1886. Pour lui, c'est une variété rare, caractérisée par une hydarthrose toujours symétrique des genoux, s'accompagnant d'indolence fonctionnelle et d'intégrité au moins apparente des extrémités osseuses. Le Professeur Fournier a étudié cette forme et il arrive à cette conclusion que « l'hydarthrose ne fait que masquer les tuméfactions osseuses dont elle n'est qu'un épiphénomène. »
Reste comme caractère particulier de cette variété la symétrie. Est-ce suffisant pour légitimer une variété spéciale ? Nous ne le pensons pas.
Il peut se faire que l'ostéo-arthropathie atteigne les deux genoux, le fait n'est pas rare non plus dans la syphilis acquise, mais ces hydarthroses doubles doivent rentrer parmi les ostéoarthropathies simples.
Nous ne décrirons donc dans la S. H. que deux variétés d'arthropathie.
1° Une ostéo-arthropathie qui s'accompagne le plus souvent d'un épanchement et qui simule la tumeur blanche (pseudotumeur blanche) ;
2° Une ostéo-arthropathie sèche caractérisée par les déformations osseuses (arthropathie déformante) ;