PARTIE III. PRONOSTIC
recueillis plaident fortement contre la signification que M. Ricord croit pouvoir leur donner. Enfin, et surtout, je ne puis m' empêcher de dire que, y eût-il doute, la sécurité des familles s'accommoderait cent fois mieux de ma solution que de celle vers laquelle il penche ; puisque, au cas où celle-ci serait erronée, son adoption deviendrait la source de malheurs épouvantables, — la première, si elle est fausse, n'ayant d'autre inconvénient que d'imposer quelques précautions superflues.
On a essayé de juger la question d'une manière différente. On a allégué les cas dans lesquels l'allaitement d'un enfant infecté a pu se faire sans que la nourrice devint malade. Et de ces observations, indiquées par MM. Ricord, Cullerier, Chailly, Rassereau, on a explicitement tiré la conclusion que la contagion des accidents congéniaux est une chimère! Parmi les satisfaits à qui je fais allusion, MM. Maisonneuve et Montanier méritent de figurer en première ligne ; car après avoir rapporté les observations de M. Cullerier, ils déclarent à deux reprises, « qu'elles ne laissent subsister aucun doute.... que le doute n'est plus permis (1). »
Quant à moi, je ne ferai qu'invoquer un principe élevé par l'assentiment unanime au rang de loi, en rappelant que dans les questions relatives à la contagion, les faits négatifs ne sont jamais admissibles que comme simples présomptions. Sur vingt personnes
(') Ouvrage cité, p. 380 et 381.
qui visitent un varioleux , quinze, pour le moins, échapperont à la contagion. Voulez-vous pour cela la nier? — Trois jeunes gens s'exposent auprès de la même personne, dans des conditions en apparence parfaitement identiques. Deux sont victimes; le troisième reste sain. Direz-vous que la blennorrhagie ne se transmet pas? — L'inoculation artificielle elle-même, où toutes les circonstances favorables au succès de l'opération sont à ladisposition de l'expérimentateur, n'échouera-t-elle jamais? Et concluriez-vous, de ses raresinsuccès, à la non-contagiosité du pus chancreux? — Non, certes : car vous reconnaissez qu'en fait de transmission d'individu à individu, le résultat est soumis à l'influence de certains éléments qu'on ne peut ni tous connaître, ni toujours réunir dans une expérience ; et, malgré l'encourageant exemple du danger affronté trois ou quatre fois sans dommage, vous n'oseriez certes pas garantir de tout risque l'imprudent qui irait s'y exposer une cinquième.
Mais voyons de près, il le faut bien, ces observations, argument si péremptoire aux yeux de quelques syphilographes. Or, je demeure confondu quand, après avoir lu leurs conclusions, j'examine les bases sur lesquelles elles reposent. Ces faits de M. Cullerier, qui ne laissent pas subsister de doutes, qui doivent, diton, balancer avec avantage les mille histoires de nourrissage infectant que la grande voix de la pratique fait chaque jour entendre. ... ces faits sont au nombre de six! (Union médic, avril 1854.)