PARTIE III. PRONOSTIC
mois sans aucun traitement interne. Ils ne firent qu'empirer et doublèrent d'étendue.
Entrée alors le 1 er septembre à l'hôpital, elle y fut traitée par le mercure intus et extra. Mais au bout de 3 jours, sa vulve se couvrit de plaques muqueuses. Dès le 21 septembre, grâce à la continuation du traitement, elles étaient, ainsi que les ulcérations du sein, en voie de diminution. Le 15 octobre, cette femme sortit guérie, avec l'avis de continuer encore son traitement. — Rentrée au bout de deux mois, l'inobservance de ce conseil lui avait occasionné une éruption de taches cuivrées, de syphilides tuberculeuses au cuir chevelu, et une large ulcération au fond de la gorge. Il fallut un traitement sévère et longtemps prolongé pour obtenir la guérison de ces accidents.
Chez une femme T. H... infectée par son nourrisson, et qui rendit ensuite malade son propre enfant et un autre nourrisson, M. Joly, quoiqu'une cicatrice encore visible à son sein montrât, conformément à sa déclaration, par où le virus avait pénétré chez elle, voulut aussi compléter la certitude par l'examen du mari, lequel, dit-il, ne fournit que des résultats négatifs ( l ).
Enfin, encore mieux servi par les circonstances, M. Bergeret ( 2 ) a pu examiner une nourrice et son mari, trois semaines après l'apparition, sur le corps d'un enfant étranger qu'elle nourrissait, de pustules et d'ulcérations au scrotum, au périnée, aux fesses et aux cuisses. Malgré une exploration minutieuse, il lui fut impossible de trouver chez l'un ou chez l'autre la moindre trace apparente de maladie vénérienne. — D'après les conseils d'un médecin qui affirma qu'elle n'avait rien à craindre, cette femme continua l'allaitement. Mais il survint des ulcérations aux lèvres de l'enfant. La nourrice en contracta alors aux deux seins. Plus tard, elle en eut dans la
(') Journ. de mèd., de chirur. et de pharm. de Bruxelles, 1853, p. 611.
( s ) Moniteur des hôpitaux, 3 déc. 1853, p. 11S7.
bouche et à la vulve, et il fallut, pour la guérir, un traitement mercuriel de deux mois de durée.
Ce sont probablement quelques faits semblables à ceux-ci qui ont inspiré à M. Ricord ces mots, véritable et dernière expression de sa pensée, trop souvent travestie ou exagérée par d'infidèles ou trop zélés secrétaires : « Remarquez bien, dit-il (Lettres sur la sijphilis, p. 107), que je ne repousse pas d'une manière absolue ce mode de transmission du nourrisson à la nourrice et de la nourrice au nourrisson. Je dis seulement, ne quittant pas le terrain de l'observation rigoureuse et de l'analyse sévère des faits, que l'existence de ce mode de transmission n'est pas encore prouvée. »
Dans de pareils termes, je me félicite et m'honore de tomber d'accord avec mon maître et ami ; car il ne m'en coûte rien de reconnaître avec lui que, parmi les faits cliniques avancés pour établir ce mode de contagion, il n'en est aucun qui constitue une preuve pleinement démonstrative ; il n'en est aucun où l'observation jour par jour des symptômes, d'une part chez la nourrice et ses parents ou aboutissants, de l'autre, chez l'enfant, ses pères et mère, rende évident que des symptômes bien réellement constitutionnels ont passé du premier à la seconde. Seulement — et en ceci j'ai le regret d'abandonner M. Ricord — j'incline à penser que si le fait probant manque, les faits proba blés abondent, et abondent au point de suppléer par la quantité des uns à l'absence de l'autre. Je suis encore forcé de faire remarquer que les circonstances où ils ont été