PARTIE III. — PRONOSTIC
structure plus solide du mamelon, à l'absence fortuite ou volontairement cherchée de tout rapport avec les organes malades du nourrisson.
Le cas rapporté ci-dessus, de M. Petrini, montre plus spécialement l'efficacité de cette dernière cause de préservation. Deux femmes, pour remplacer sa nourrice habituelle, donnaient quelquefois le sein à un enfant infecté. Elles prirent toutes les deux du mal; la nourrice ordinaire y échappa. Et M. Petrini se demande pourquoi cette dernière resta seule intacte ! Je présume, quant à moi, que, avertie par la marche des symptômes (et peut-être par quelques renseignements sur les antécédents de l'enfant), elle savait à quoi s'en tenir sur leur nature et prenait des précautions contre le danger, tandis que ses amies, moins bien instruites, se laissaient teter sans employer les soins prophylactiques usités en pareil cas.
Là aussi, je le soupçonne, se trouve laraison secrète des faits négatifs qu'a pu recueillir M. Cullerier. Les expériences, surtout quand elles heurtent, comme les siennes, un préjugé en vigueur, ne sont pas acceptées aussi passivement qu'on se le figure par l'ignorante et méticuleuse population qu'elles ont pour sujet. Et quand on songe au dégoût que celles-ci inspiraient, aux craintes dont elles devaient être l'occasion pour les nourrices, à l'active coopération que, pour être strictement accomplies, elles exigeaient de leur part, ne prévoit-on pas les supercheries qu'elles ont dû employer pour en éluder l'exécution, la résistance ou tout au
moins la tiédeur qu'elles ont mises à en remplir de bonne foi les conditions?
Ma seconde objection aurait pu me dispenser de présenter la première ; car elle suffit pour frapper de nullité ces expériences de M. Cullerier. Effectivement, il est formellement spécifié dans son mémoire, que, dans les six observations dont je m'occupe, il s'agit « d'enfants infectés, dont les mères nourrices sont restées saines. » Ce seul mot mères nourrices juge la question. Car s'il est prouvé qu'un enfant vérole ne peut pas donner de mal par l'allaitement à sa propre mère, il deviendra évident que, pour prouver la non-transmissibilité des accidents congéniaux à la nourrice, M. Cullerier est justement tombé sur les seules nourrices qui étaient inaptes à contracter ces accidents. Or, ce privilège pour la mère nourrice existe bien réellement ; et, comme il constitue en même temps l'un des points les plus intéressants de cette étude, on me pardonnera de l'exposer avec quelques développements.
C'est Colles ( 1 ) qui a le premier, en 1837, donné comme règle constante cette observation, que « un nouveau-né affecté de syphilis congéniale, bien qu'il en ait même des symptômes à la bouche, ne fait jamais venir d'ulcération au sein qu'il tette, si c'est sa mère qui l'allaite, tout en restant capable d'infecter une nourrice étrangère. » M. Baumes, en 1840, avait
(') On the vm. diseas , p. 385.