‹ Traité de la syphilis des nouveau-nésChapitre 126 sur 204 · PARTIE III. PRONOSTIC · texte numérisé non relu

PARTIE III. PRONOSTIC

t'ait la même remarque, qu'il formulait en ces termes : « Une mère ayant porté dans son sein un enfant syphilitique qui doit l'infection au sperme du père, ne contracte pas, généralement, en nourrissant son propre enfant, la maladie syphilitique, comme pourrait la contracter une nourrice étrangère ('). » — M. Égan, en 1846, a confirmé, par son expérience personnelle, la réalité de cette observation ( 2 ).

Cette règle se conçoit, se pressent même à merveille, d'après les seules données de la théorie ; car elle n'est pas autre chose qu'une des applications de la loi d'unicité de la vérole constitutionnelle. Si, en effet, il est constant que la syphilis ne se déclare jamais deux fois successivement sur le même individu, une femme qui a mis au monde un enfant infecté est, par cela seul qu'elle a déjà eu la maladie elle-même, incapable de la reprendre de lui. Je dis qu'elle l'a eue elle-même. Effectivement, cet enfant n'a pu recevoir la vérole congéniale que de sa mère ou de son père. Si c'est de sa mère, ce que j'avançais est prouvé sans aller plus loin. Et si c'est de son père, l'influence infectante du fœtus sur la mère* trouve (indépendamment des autres motifs qui l'appuient) dans l'inaccessibilité de celle-ci à la contagion par l'allaitement de son enfant, un des plus forts arguments qu'elle ait à désirer. Car cette inaccessibilité n'est pas une hypothèse ; c'est un fait d'expérience, établi par l'assenti-

(') Précis théor. etprat. des mal. venir., t. I, p. 180. (*} The Dublin quaterly journ., mai 1846.

ment des autorités recommandables que j'ai citées. Et si la théorie l'explique, à son tour, il sert, lui, de preuve à la théorie, sans qu'on puisse taxer de cercle vicieux cet échange parfaitement logique entre une, prévision rationnelle qui emprunte à l'expérience de quoi passer à l'état de réalité, et un fait réel qui ne demande au raisonnement que son interprétation.

Des cas exceptionnels se trouvent néanmoins dans les auteurs. Jaloux de savoir moi-même à quoi m'en tenir sur la justesse de la loi de Colles, j'ai recherché ces cas, et je me suis assuré qu'ils ne la contredisent qu'en apparence. L'analyse succincte de chacun d'eux suffira, je le pense, pour faire passer cette conviction dans l'esprit du lecteur ; et elle pourra, en même temps , servir à bien marquer dans quelles limites j'entends renfermer l'application du principe même.

Dans une première catégorie, la plus nombreuse, les choses se passent ainsi : Une mère qui allaite son enfant le confie accidentellement à une autre nourrice malade. L'enfant prend le mal de cette dernière et le rapporte ensuite à sa propre mère. — L'observation d'Àmbroise Paré est un exemple de ce mode de transmission. Dans celle, rapportée ci-dessus, de M. Facen, c'est également de la même manière que la syphilis se développa chez la mère de l'enfant qui avait été infecté par la nourrice du premier enfant, cause de tout le mal. — M. Bertherand (') a vu une dame être at-

(') Ouvrage cité, p. 333.

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