PARTIE I. ÉTIOLOGIE. J
Le fœtus se fait déplus en plus libre de l'enclave maternelle; aussi, à cette époque, l'avorlement par suite de causes portant sur la mère, devient-il beaucoup plus rare. Mais à quel moment cette indépendance s'effectue-t-elle au point d'affranchir le fœtus de subir l'infection syphilitique que sa mère contracterait alors '? On l'ignore : mais ce qu'il y a de certain, ce que constatent le jugement desmeilleurs observateurs et l'expérience journalière, c'est que, durant les derniers mois, cette influence s'affaiblit, puis s'annihile.
Je suis heureux de pouvoir invoquer à l'appui de ces lois, déduction toute naturelle des données physiologiques, l'autorité si décisive en pareille matière de M. Ricord. Conduit probablement par le même raisonnement, il est arrivé aux mêmes conclusions sur l'indépendance de l'ovule dans les premiers temps de la conception. « Quand c'est la mère qui infecte le fœtus, m'écrivait-il le 1 G mars 1849, ce ri est qu'à une certaine époque de la gestation que cela a lieu ; l'ovule ne paraît pas avoir la même influence, ou être tout d'abord dans les mêmes conditions que le sperme ou matière fécondante. » Ces paroles, malgré leur laconisme, seront une réponse suffisante à cette question que pose M. Prieur (M : « Existe-t-il des cas bien authentiques de mère affectée d'accidents secondaires dans les premiers mois de sa grossesse, qui n'ait pas transmis la syphilis à son enfant? » Du reste, à part les premières semai-
(') Thèses de Paris, 1851, p. 28.
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nés, nous sommes entièrement de l'avis de M. Prieur sur la presque certitude de la transmission en pareille conjoncture.
Quant à l'immunité propre à l'extrémité opposée de la gestation, elle a également des défenseurs parmi les médecins les plus compétents. « Jusqu'au sixième mois, disait M. Ricord à sa clinique de 1847, la mère peut transmettre une vérole constitutionnelle acquise pendant la gestation ; mais si l'infection de la mère a lieu dans les trois derniers mois, il n'est pas sûr que la transmission soit possible. » — « On n'a pas, écrit de son côté M. Prieur, qui a traité spécialement ce sujet, on n'a pas d'exemple de syphilis héréditaire, la mère s'étant infectée dans les deux derniers mois de la grossesse. » J'ai dû m'attacher à établir la justesse de ce principe jusqu'ici plutôt pressenti, on peut le dire, qu'expérimentalement démontré.
Il est assez remarquable, en effet, que pas une observation authentique ne soit venue démentir cette règle. On manque, il est vrai, de faits prouvant qu'une femme enceinte peut, impunément pour son enfant, prendre la vérole deux ou trois mois avant terme. Mais pourquoi? Uniquement parce que l'enfant arrive alors bien portant, et qu'on n'a guère l'habitude de publier des observations où la bonne santé des sujets est la seule circonstance à noter. — Mais la contreépreuve s'offre, facile à instituer; car si l'on prend la peine d'examiner tous les cas d'enfant vérole par cette voie, où l'époque de l'infection de la mère a été notée,