‹ Traité de la syphilis des nouveau-nésChapitre 17 sur 204 · PARTIE I. ÉTIOLOGIE · texte numérisé non relu

PARTIE I. ÉTIOLOGIE

venant ensuite grosse, elle accouche d'un entant syphilitique. Évidemment, il y a dans cette série de phénomènes la démonstration que je demandais; car le mari de la nourrice est resté, dans la succession des phénomènes syphilogéniques, entièrement en dehors ; il n'a pris à la procréation de son enfant qu'une participation irréprochable. La mère était seule malade, récemment malade, devenue malade par une voie qui ne laisse ni doutes, ni soupçons, ni mystères. A elle seule on doit donc rapporter l'infection de l'enfant à qui elle donne le jour.

Les exemples de cette succession d'accidents ne sont point rares, mais je n'ai besoin que d'en citer un petit nombre pour montrer qu'ils ont été connus des observateurs les plus compétents.

Une nourrice saine allaitait heureusement depuis trois mois la petite fille de M. de B..., lorsqu'elle prit un second enfant qui, quinze jours après sa naissance, eut des plaques muqueuses à la vulve et à la bouche et mourut à trois mois.

Cette femme, trois mois après la mort de cet enfant à qui elle avait donné le sein, s'aperçut, sur elle-même, d'un grand nombre de plaques muqueuses aux parties génitales. Six mois après, étant accouchée d'une petite fille, son enfant qui, à sa naissance, avait toutes les apparences de la santé, et qu'elle allaita aussi, son enfant, dis-je, présenta, à deux mois et demi, une trentaine de plaques muqueuses à la vulve, au périnée et en haut des cuisses ( l ).

M. Lallemand ( 2 ) rapporte que M me de C..., femme d'un colonel qui avait eu de nombreux accidents vénériens, con-

(') M. Cazrnave. Revueméd. de Paris, I8S2, p. 409. {'-, Jown. unie, t. XXVII, p. 132.

tracta la syphilis de son mari. Leurs enfants offrirent tous des symptômes de cette maladie, à laquelle les trois premiers succombèrent.

Le 4 me eut les mêmes symptômes, — taches cuivrées à la peau et pustules de l'anus. — La nourrice à qui on le confia prit une ulcération au sein, et ne fit qu'un traitement incomplet. Devenue alors enceinte, elle eut un enfant maigre et chétif, qui ne vécut que cinq jours. — Au bout de 15 mois, elle eut un second enfant : celui-ci resta sain jusqu'à 3 mois. Mais il eut à cette époque des taches brunes et des boutons aux lèvres et au fondement, que M. de G... reconnut pour être exactement semblables à ceux dont ses propres enfants avaient été atteints. M. Lallemand soumit cette femme à un traitement méthodique et complet. Elle a eu depuis lors un enfant qui, âgé maintenant de 18 mois, dit l'auteur, n'a jamais offert la moindre trace d'affection vénérienne.

M. Bertherand ( l ) rapporte qu'une nourrice saine et d'antécédents excellents, avait reçu l'enfant d'une dame 0. Bientôt après, elle prit et allaita un second enfant qui avait des boutons dans les aines, rendait du pus par la bouche et le nez, et qui mourut au bout de trois mois. La nourrice fut affectée de plaques muqueuses à la vulve. Elle devint ultérieurement enceinte, et accoucha, dit M. Bertherand, d'un produit infecté.

Enfin M. Bardinet ( 2 ) a cité l'histoire d'une femme Fra...

(') Précis des mal. vénér., 1832, p. 336.

{■) M. Bardinet. (De la syphilis héréditaire et de sa transmissibilité.) Celte remarquable monographie consacrée particulièrement à démontrer la contagiosité de la vérole héréditaire par le l'ait de l'allaitement, a été présentée à l'Académie de médecine de Taris, le 28 décembre 1832. L'auteur a mis son travail encore inédit à ma disposition avec une obligeance dont je ne serai pas seul à le remercier. Mais quelque intérêt que mes lecteurs puissent trouver aux observations que je me suis cru autorisé à lui emprunter, il ne saurait approcher de l'impression qu'est destinée à produire, lorsqu'on la connaîtra en entier, cette œuvre si riche de faits, si puissante de déduction.

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qui après avoir reçu pour l'allaiter un enfant atteint de syphilis héréditaire, contracta au bout de deux mois des ulcérations spécifiques au sein. Devenue alors elle-même enceinte, elle accoucha d'un enfant mort. Elle devint plus tard enceinte une seconde fois, et accoucha d'un enfant chez lequel il se développa, vers le 3 me mois, des pustules muqueuses à la marge de l'anus et des ulcérations à la gorge.

Mais un cas plus probant encore sous ce rapport est celui qu'a vu M. Bergeret, où un enfant né de la femme C... mourut à7 semainesde la syphilis constitutionnelle. Or, la femme C... elle-même avait pris cette maladie d'un nourrisson qui la tenait d'une voisine, la femme N..., laquelle l'avait contractée d'un nourrisson qui s'était infecté entêtant la femme P..., contaminée elle-même par un nourrisson étranger ! (*) De cette série si effrayante de transmissions, nous ne voulons, pour le moment, conclure que à la possibilité de l'infection de l'enfant par une influence ayant agi exclusivement sur la mère. — Il faut ajouter que, avant d'être atteinte de syphilis, la femme C... avait eu cinq enfants, tous d'une constitution robuste et d'une excellente santé.

Je me résume et je dis : Les cas de syphilis transmise à l'enfant par une mère cpie son mari a rendue malade sont tellement nombreux, qu'ils avaient suffi jusqu'ici pour persuader de la réalité de l'infection par l'ovule syphilitiquement altéré. A nos yeux cependant, ils rendent le fait plus probable que certain. Mais, en tenant de ceux dont je viens de parler en dernier lieu le compte qu'ils méritent, je ne puis croire que la thèse à laquelle ils ont trait rencontre encore quelque incrédulité.

B. Influence de la mère infectée après la conception,

(') Le Moniteur des hôpitaux, 29 novembre 1853.

— Plusieurs auteurs réservent à l'affection qui dépend de cette cause le nom de syphilis congéniale, appelant héréditaire celle qui est communiquée par des parents atteints de vérole constitutionnelle avant le coït fécondant. Ils font de ces deux variétés deux espèces aussi différentes sous le rapport de la marche, des symptômes et de la gravité du mal qu'au point de vue étiologique. Nous verrons plus-loin, en traitant de l'évolution de l'affection, ce qu'il faut penser d'une pareille théorie. Pour le moment, un seul point nous doit occuper : établir l'existence de cette cause d'infection et déterminer les conditions où elle réalise ses effets.

Nous avions rassemhlé un certain nombre d'exemples de syphilis fœtale résultant de l'infection communiquée à la mère ultérieurement à la conception. Mais personne ne doutant du fait, il nous a semblé complètement superflu de grossir notre travail de ces preuves. Qui conteste aujourd'hui cette influence exercée sur l'enfant par les matériaux impurs de nutrition qui lui proviennent alors de la circulation maternelle ?

Une autre question, à ce sujet, intéresse plus directement la pratique : Jusqu'à quelle époque de la grossesse la syphilis que la mère vient de contracter peulelle s'étendre à l'enfant? En d'autres termes: Y a-t-il une époque de la grossesse après laquelle la syphilis que prend la mère ne peut plus se transmettre au fœtus '!

En examinant de près les rapports qui unissent l'embryon à sa mère et les modifications successives de

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ces rapports, on apprend que plus la gestation avance et plus ces liens se relâchent. Après la formation du blastoderme, les liquides nutritifs pénètrent directement à travers les membranes de l'œuf. — De la troisième semaine au quarantième jour, existe la vésicule ombilicale qui par les vaisseaux ompbalo-mésentériqucs concourt à la vie végétative de l'embryon. — A mesure qu'elle disparaît, l'allarïtoïdô la remplace, origine première de la circulation entre la mère et son fruit. — Plus tard, l'allantoïde refoulant le chorion se couvre- de villosités dans le point où ce dernier adhère à la matrice ; et dès lors, la circulation placentaire est établie avec son organe principal. Avec le placenta qui lui tient du sang en réserve, avec le cœur qui le lance dans toutes les parties de son corps, le fœtus a une existence déjà moins dépendante, en attendant que l'exercice de ses fonctions digestives et le jeu de ses poumons lui permettent de se suffire pleinement à luimême. Ainsi l'ovule, d'abord simple portion d'un organe de la mère, se nourrit comme par imbibition ; puis il devient le siège d'un développement vasculaire nouveau ; bientôt il acquiert deux ordres de vaisseaux, fait subir au sang qui lui est envoyé une certaine élaboration, vit enfin d'une vie organique de plus en plus indépendante, jusqu'à ce qu'il se sépare entièrement de l'être sur lequel il était greffé.

On reconnaît aisément dans ces transformations quatre périodes très-distinctes, relativement à la dépendance où l'embryon est de la mère. D'abord il n'est

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qu'une parcelle de sa substance. En second lieu, et pendant quelque temps, il subsiste et s'accroît aux dépens exclusifs de la masse albumineuse qui l'entourait dans la trompe, ainsi que de la membrane vitelline. Aussi, suis-je convaincu que si une femme prenait la syphilis deux ou trois jours après avoir conçu et s'en guérissait rapidement, l'enfant n'en porterait pas de marques. On comprend d'ailleurs que cette supposition n'est guère de nature à jamais recevoir la sanction d'une expérience positive ; mais je crois qu'elle rend logiquement compte de plus d'un cas où, faute de la connaître, on s'étonne qu'une femme atteinte de syphilis dans les premières semaines de sa grossesse ait ensuite donné le jour à un enfant sain.

Dans une troisième période les deux courants vasculaires de l'embryon et de la mère s'abouchent, les relations deviennent intimes 'et directes. C'est alors que la transmission par le sang, — contagion véritable, quoi qu'on en ait dit, — peut s'opérer, et s'opère en effet. A ce moment, si la mère est réellement sous le coup de la diathèse, on ne comprend guère que le fœtus échappe à cette source d'intoxication, influence forcée, pour ainsi dire, puisqu'elle distille continuellement et comme goutte à goutte dans ses veines un poison contre l'introduction duquel la nature ne lui fournit aucun moyen de défense.

La quatrième période n'a pas de limite tranchée, ou du moins de point de départ distinct, car elle se continue par une transition graduelle avec la précédente.

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