PARTIE II. MARCHE DE LA MALADIE
pustules noirâtres très-distinctes. — Gilbert (*) parle d'un garçon « qui présenta au moment de sa naissance des pustules plates, d'un rouge brun lenticulaire, disséminées sur le dos, les fesses et les cuisses, et qui mourut quelques jours après. » Un autre, observé par le même auteur, « offrit en naissant des taches pustuleuses aux fesses et aux cuisses : » sa mère était atteinte de douleurs ostéocopes intenses.
Guérard ( 2 ) accoucha une dame d'un enfant « couvert de taches fauves que tout le inonde reconnut « pour être des symptômes syphilitiques. » M. Landman a publié ( 3 ) l'histoire d'un enfant que l'accoucheuse vit naître avec des taches cuivrées sur le corps et des pustules aux grandes lèvres. — Sir A. Cooper déclare avoir vu « plusieurs enfants venir au monde avec une éruption cuivrée évidemment syphilitique à la paume des mains, à la plante des pieds et sur les fesses ( 4 ). »
Mais il y a plus : dans le sein de la mère la diathèse syphilitique peut déjà avoir réalisé des manifestations extérieures parfaitement dessinées. Si un enfant est expulsé mort, et que son corps offre des vestiges accusateurs de vérole, évidemment l'apparition de ces lésions a dû précéder la naissance, puisque leur développement même suppose nécessairement la vie. Or.
(') Berlin, ouvr. cité, p. 100 et 101.
( 2 J Journ. de Siébold, 1. c.
( 3 ) Ann. méd. de la Flandre occidentale, mars 18;i2, p. 4(0.
(*) TheLancet, t. IV, an. 182.Ï.
ces exemples existent. Cullerier (') cite l'observation d'un enfant mort-né, venu au monde avec des pustules vénériennes.
M. Deville (*) a observé chez un enfant mort-né des plaques muqueuses bien caractérisées et en grand nombre, sur diverses parties du corps.
Une femme cliente de M. Simon ( 3 ) avait contracté la maladie vénérienne; et depuis lors, à chaque grossesse, elle accouchait, vers le septième ou le huitième mois, d'un enfant mort qui portait des marques évidentes de syphilis.
Mais quelque incontestable qu'il soit, ce mode d'évolution n'en demeure pas moins une exception. En thèse générale, c'est après un certain laps de temps de santé apparente que l'enfant commence à présenter les signes de la diathèse qu'il a reçue avant de naître. Tous les auteurs, d'accord en cela, expliquent cette incubation de la même manière. L'effet plus ou moins irritant des agents extérieurs, l'exercice commençant des fonctions endormies jusque-là, constituent poulie nouveau-né des causes d'évolution bien comparables, quant à leur genre d'influence, à celles de toute sorte qui favorisent chez l'adulte l'éclosion plus ou moins prompte des symptômes constitutionnels après la cicatrisation d'un chancre primitif. Ce ne sont point là, nous venons de le voir, des conditions tout à fait in-
(0 v oy. dans Bertin, ouvr. cité, p. 99.
(*) Bouchut, ouvr. cité, p. 859.
( 3 ) Journ. des conn. mùl.chir., 1835, p. 257.
dispensables de leur production, puisque l'enfant les apporte parfois en venant au monde. Mais néanmoins il y a presque toujours un certain nombre de jours pour le moins entre la naissance et la première poussée constitutionnelle.
Or quelle est, terme moyen, la durée de celte période latente? Ce n'est point un intérêt de simple curiosité qui porte le praticien à le rechercher. 11 a besoin de la connaître pour savoir : à quelle époque il est fondé à rassurer les parents de l'enfant sur sa santé; jusqu'à quel âge il faut faire surveiller chez lui le développement possible des symptômes ; avec quelle réserve on peut, aux diverses époques, le confier à une nourrice; s'il faut toujours attendre que les accidents éclatent chez le nouveau-né pour soumettre ses père et mère à un traitement antisyphilitique en vue de grossesses futures, etc., etc. Somme toute, celle détermination, sans conslituer pour lui une nécessité de premier ordre, est du moins l'un des desiderata que le spécialiste a le plus souvent occasion de concevoir dans ses rapports si délicats avec les familles (').
(') Je puis prouver, par une erreur échappée à un homme de talent, la haute nécessité d'avoir sur ce point des notions précises. Dans une discussion sur la contagiosité des lésions syphilitiques du nourrisson, M. Henriette, voulant établir que les enfants trouvés de l'hospice de Bruxelles ne sont pas aptes à infecter les nourrices à qui on les livre, dit : « Ces enfants restent onze jours pleins avant de sortir de l'hospice. Un germe de syphilis secondaire ne resterait pas ainsi onze jours à l'état latent, sans même se faire soupçonner. » {Jour, de méd., de chir. et de pharm. de Bruxelles, mars 1853, p. 317.) On va voir immédiatement combien serait
Le témoignage des autorités et celui des faits, consultés chacun isolément, concordent tous les deux sur ce point à une solution presque identique. Ainsi :
Nisbet déclare que les symptômes paraissent quinze jours après la naissance.
Doublet n'a jamais remarqué que le mal tardât plus de huit jours à éclater.
Selon Babington (Voy. œuvres d'Hunter), c'est aune époque qui varie en général entre trois et cinq semaines après sa naissance que la santé de l'enfant commence dans ces cas à s'altérer.
A en croire M. Gibert (*), ordinairement l'éruption se montre à la fin du premier ou dans le cours du second mois de la naissance.
MM. Trousseau et Lassègue ( 2 ) posent la première limite à une semaine, la dernière, mais tout à fait exceptionnelle, à sept mois. Pour le plus grand nombre des cas, c'est entre le premier et le troisième mois qu'ils placent le début des symptômes.
M. Huguier ( 3 ) énonce que le plus ordinairement, les symptômes syphilitiques apparaissent chez les nouveau-nés du troisième au vingt-cinquième jour, et même plus tard, ajoute-t-il avec raison.
Simon ( 4 ) dit que c'est du huitième au quinzième
trompeuse la sécurité basée sur la considération d'une période de santé, aussi restreinte que celle dont M. Henriette se contente.
(i) Maladies de la peau, p. 47S.
( 2 ) Arch. gén. de rnéd., numéro d'ocl. 1847.
(■') Séance de l'Acad. de méd. du 13 juillet 1840.
('') Journ. dcsconn.méd.-chir., 1835.