MARCHE DE LA MALADIE
Envisageons maintenant la syphilis infantile, abstraction faite des lésions qu'elle engendre, et au point de vue seulement de son évolution.
L'époque d'apparition, particulière à chaque symptôme a été signalée précédemment ; le lecteur connaît aussi la place et le degré de fréquence qu'ils occupent les uns par rapport aux autres. Il ne reste donc qu'à étudier l'affection en elle-même, dans son début, ses progrès, ses retours séparés par des intermittences plus ou moins longues, plus ou moins complètes, et jusque dans ses conséquences les plus éloignées. C'est ce qui va faire l'objet des chapitres suivants.
{ 1. — Epoque d'apparition.
Le premier point à déterminer est celui-ci : Un enfant peut-il présenter, dès sa naissance, des symptômes de syphilis constitutionnelle? Certes, s'il est un
problème facile à résoudre, sur lequel les doctrines les plus opposées puissent tomber d'accord sans se compromettre, c'est celui que je viens d'énoncer. Question de fait, les faits suffisaient à la juger et devaient, ce semble, l'avoir déjà jugée sans appel ! Eli bien ! sur ce terrain même les dissidences les plus prononcées se rencontrent encore. Il suffit, pour s'en faire une idée, de savoir que, tandis que M. Ricord (') « nie qu'un enfant puisse naître avec des symptômes constitutionnels, » Rosen ( 2 ) dit « n'avoir vu que des enfants malades dès leur naissance ! »
Je comprends à merveille que des observateurs un peu sévères refusent d'admettre comme preuve de vérole, avec Doublet, une tumeur steatômateuse au grand angle de l'œil, ou un ulcère chancreux à la fourchette ; avec Cullerier, des choufleurs ; avec Gilbert, une petite excroissance frangée près de la commissure du vagin; ou la semi-coclion de F allope, ou la précoce vieillesse de Faguer ( 3 ). Mais il ne manque pas de cas fort authentiques, et où les lésions constatées à l'instant même de la naissance offraient tous les signes des accidents syphilitiques constitutionnels les mieux caractérisés. J'en ai déjà cité, d'après Rondelet, un incontestable. Doublet ( 4 ) a vu un enfant né avec des
(') C'est là du moins le langage qui lui est piété dans la Gaz. deshép. (V. an. 1846, p. 13.) ( 2 ) Nils Rosen de Rosensteiu, Mal. des enf., p. 510. ( 3 J Thèse de Paris, 1783.
( 4 ) Essai sur la mal. vén. des nouv.-nés, Paris, nov. 1781.