SECTION A
SYPHILIS CONGENIAI.E.
Pour déterminer ce qu'il y a de réel dans les différentes influences auxquelles a été attribuée celte espèce de transmission syphilitique , il faut décomposer le problème. Nous les examinerons donc les unes après les autres, tant selon leur provenance de chacun des deux parents, que selon qu'elles se sont exercées avant ou après l'instant de la fécondation.
i 1. — Influence Ju père.
Le père étant seul syphilitique, peut-il donner la vérole à l'enfant? — Si cette première question a été posée sous forme dubitative ; si beaucoup d'auteurs croient que le pouvoir du père à cet égard est plus restreint que celui de la mère ; si quelques autres, comme Vassal , comme M. Bouchut, contestent encore la réalité de ce pouvoir, il en faut surtout accuser une circonstance particulière aux faits de ce genre. Le père , effectivement , n'est presque jamais affecté sans rendre sa femme malade avant ou durant la grossesse. Et, quand l'enfant naît avec des accidents vénériens, on ne sait plus auquel des deux il les doit. Or, comme la mère, — infectée la dernière , et, de plus, souvent fort mal soignée à cause des obstacles que la gestation oppose au traitement, — reste le plus ordi-
nairement au moment de l'accouchement la seule malade, c'est sur elle qu'on voit alors les symptômes, et c'est elle qu'on accuse de les avoir transmis.
Cependant, malgré les difficultés inhérentes à cette constatation de l'influence paternelle , il est peu de spécialistes qui n'aient été à même de la faire. Aussi n'ai-je vu qu'avec étonnement M. Trousseau [Gazette des hôp., 1846, p. 571) prêter à M. Ricord cette opinion, « qu'il n'est pas possible qu'un père ^érolé puisse donner la vérole à l'enfant, si d'abord il n'a communiqué un chancre à la mère. » L'illustre chirurgien de l'hôpital du Midi s'est trop ouvertement expliqué sur ce point, dans mainte publication, pour qu'on puisse interpréter comme négation de l'influence infectante du géniteur véritable la prudente réserve qu'il aime à garder dans ces questions si délicates de paternité..
Du reste, des faits nombreux, précis, apportent à cette thèse une démonstration péremptoire. M. le professeur Cederschjold (') dit avoir vu souvent des enfants atteints, quelques semaines après leur naissance, de taches cuivreuses au front, d'ulcères à l'anus, etc.
Il ajoute : « Les mères étaient saines, rien ne faisait présumer qu'elles eussent été infectées. »
Swédiaur ( 2 ) cite un dragon atteint d'ulcère syphilitique à la gorge, dont l'enfant fut affecté du même symptôme. « La
(') Tisdscrifl for Lakare, B. VII, n° 10, 1840.
( 2 ) Tr. comp. des mal. venir, ou syphil., t. Il, p. 1 1 .