PARTIE III. PRONOSTIC
lient ces variétés? A un seul élément : à la place que tel ou tel d'entre eux occupe dans l'ordre chronologique de l'évolution syphilitique. Plus ils se rapprochent du début de l'intoxication vénérienne, plus ils sont actifs , douloureux , envahissants, communicantes, — et réciproquement. Un coup d'oeil jeté sur le tableau de la maladie prouve la vérité de cet aperçu. Ainsi :
Le chancre primitif est toujours et fatalement inoculable; il ravage les tissus, cause des souffrances et un ensemble souvent grave de phénomènes réactionnels.
Le tubercule muqueux — très-habituellement le second symptôme en date — n'est plus inoculable à la lancette. Mais de nombreuses autorités admettent positivement, d'après des faits, sa transmissibilité par le contact. Il envahit des places étendues et y détermine souvent de vives cuissons.
Les pustules et macules constitutionnelles — qui apparaissent en général plus tard — ne sont ni inoculables ni contagieuses. Mais elles se propagenl encore, par le sang, des parents à l'enfant. Elles éveillent si peu de susceptibilités que l'on voit parfois un individu les porter, sans s'être douté de leur existence, pendant plusieurs semaines.
Enfin les symptômes tertiaires, réfractaires à tous les modes d'inoculation et de contagion, ont, selon d'imposants témoignages, également perdu la propriété de se communiquer par génération, du moins avec les caractères spécifiques de la vérole. Ils res-
lent fréquemment méconnus, sons forme d'engorgements chroniques ; et s'ils provoquent parfois de vives souffrances, cela tient seulement à la structure analomique particulière du système organique qu'ils attaquent de préférence, et dans lequel l'inflammation ne peut s'élever à un certain degré sans occasionner le phénomène de l'étranglement.
Or, celte atténuation progressive n'est pas un effet sans cause. Elle résulte de l'affaihlissement que l'action dépurative de l'organisme imprime à tontes les influences morbides, aux virus en particulier. Le pus chancreux en passant par les ganglions lymphatiques y dépose une partie de sa virulence; et la preuve, c'est qu'il n'y a jamais sur le trajet du même vaisseau lymphatique qu'un seul bubon chancreux, le second ganglion atteint ne Tétant plus par un virus assez puissant pour y déterminer, comme dans le premier qu'il a traversé, une suppuration inoculable. La preuve encore, c'est que lorsqu'un bubon suppure spécifiquement, le virus a subi dans cette élaboration une neutralisation tellement énergique qu'on le voit bien rarement rester capable d'engendrer la vérole constitutionnelle ('). — Plus loin, le virus, passé dans la circulation, suscite une première poussée de manifestations générales; mais il s'épuise peu à peu soit par
(') M. Kicord fait avec raison un dogme classique de cette exlième rareté de la syphilis constitutionnelle à la suite des chancres <|iii ont causé des bubons terminés par la suppuration virulente,
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ces manifestations mêmes, soit par l'élimination graduelle de ses principes, qu'entraînent les diverses sécrétions naturelles ou morbides, agents si précieux et si remarquables de la dépuration physiologique qui s'accomplit incessamment dans le corps humain. Aussi les différents symptômes qui se montrent successivement, à intervalles plus ou moins grands, perdent-ils de plus en plus , ainsi qu'il vient d'être exposé, leurs caractères aigus et s'adoucissent-ils, suivant une expression populaire, en devenant vieux.
De ces conditions heureuses aucune n'existe pour le foetus. D'abord le virus lui est apporté soit par le sperme, soit par l'ovule, soit directement par le sang du placenta. Il entre donc immédiatement dans les éléments de sa formation ou dans son système vasculaire, sans avoir pu être modifié par cette digestion lymphatique qui affranchit souvent l'adulte de ses fâcheuses conséquences. — D'autre part, sans défense contre ses attaques, le fœtus se trouve également dépourvu des moyens de remédier à leur effet ; car les sécrétions et exhalations par lesquelles les principes délétères pourraient être expulsés font défaut pendant la vie intra-utérine ou y restent à l'état rudimentaire.
Aussi quand ce virus, vierge encore de toute élaboration neutralisante, vient à éclater sollicité par les mille aiguillons de la vie extra-utérine, faut-il s'attendre à une explosion aussi dangereuse par la nature de chacun de ses effets que par leur prompte et simultanée irruption. En fait, les symptômes qui se
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déclarent alors ont des accidents primitifs la puissance de s'étendre de proche en proche, la faculté contagieuse, les allures aiguës ; et ils ont en même temps des accidents constitutionnels la propriété d'apparaître en nombre indéfini et à la fois sur les parties les plus diverses. L'expérience ne confirme donc que trop pleinement ces données, que j'aimerais moi-même pouvoir qualifier de simples présomptions théoriques. Ces ulcères rongeants qui rappellent les temps fabuleux do la syphilis du quinzième siècle ; — ces suppurations qui détruisent en une semaine la sculpture osseuse des fosses nasales; — ces bulles envahissant presque à vue d'oeil la totalité du tégument externe ; — ces croûtes hideuses sous lesquelles la face de l'enfant reste ensevelie jusqu'au dernier jour ; — ces foyers purulents qui creusent le parenchyme des viscères les plus essentiels ; — ces plaques muqueuses entassées et adossées, qui se propagent et se multiplient avec une rapidité que rien n'arrête ; — la contagiosité incontestable de plusieurs de ces lésions tégumentaires ; — la profonde et subite atteinte que de telles altérations portent à la santé; — la précoce cachexie, et la terminaison trop ordinaire qui est sa conséquence, tout ne lémoigne-t-il pas d'une férocité particulière de l'agent morbide, tout ne caractérise-t-il pas ici des symptômes à qui rien ne manque de l'activité dévorante des primitifs non plus que de la généralisation presque instantanée des constitutionnels ?
.1 avais donc raison de dire, en commençant ce clia-