PARTIE III. — PRONOSTIC
pas inoins difficile à pénétrer. Essayons cependant. J'attribue, pour ma part, à deux causes distinctes, mais toujours unies, la nocuité supérieure de la syphilis congéniale : son mode d'origine d'abord, puis des conditions qui sollicitent son explosion.
Quand un homme l'ait gagne la vérole constitutionnelle, elle suscite dans son organisme un changement profond ; mais ce changement, ne s' opérant qu'à la faveur du travail de renouvellement moléculaire du corps, ne peut être ni plus rapide ni plus intégral que lui. La modification est donc essentiellement lente. De plus, elle demeure longtemps partielle, puisqu'elle s'exerce plutôt sur les molécules apportées à partir du moment où elle a commencé à agir, que sur celles qui existaient précédemment. — Bien loin de là, la vérole qui préexiste au développement de l'être imprime son cachet à tout le mouvement qui va faire de l'ovule un embryon, de l'embryon un fœtus. Pendant neuf mois, le nisus créateur ressentira sa fatale influence; pas une fibre, pas une cellule ne s'ajoutera à celles déjà organisées, sans que la perversion dyscrasique ne vicie les unes comme les autres, dans leur composition histologique aussi bien que dans leur mode d'agrégation. Les fonctions et l'accroissement du germe devenant homme n'échapperont pas une minute au poison toujours présent, toujours actif. En un mot, on peut résumer avec non moins de justesse que de clarté cette différence fondamentale, en disant •pie, chez l'adulte, le virus n'altère que les éléments
de la nutrition, tandis que, pour le fœtus, il altère tout à la fois ceux de la formation et ceux de la nutrition.
Le second ordre de causes explique peut-être mieux encore la différence entre les deux syphilis. Un adulte prend un chancre; au hout de deux, trois ou quatre mois, les symptômes constitutionnels se montrent. Mais se montrent-ils toujours simultanément, toujours en même nombre , toujours sur les mêmes points? Non, assurément; et c'est ici que les causes occasionnelles laissent apercevoir leur puissance. Si les accidents envahissent successivement chez lui le gosier, le cuir chevelu, l'anus, la peau, etc., c'est que la vitalité dominante de ces parties y a appelé dans l'ordre correspondant la fluxion syphilitique. Si, d'autre part, les phénomènes apparaissent au printemps, après de violentes émotions, à la suite de fatigues ou d'excès, c'est que, en vertu de ces circonstances, un stimulus s'est surajouté à la diathèse qui sommeillait, et l'a mise enjeu. Si enfin les lésions affectent de préférence certains organes, l'œil, le testicule, la muqueuse buccale, la pituitaire, etc., c'est souvent parce qu'une suractivité fonctionnelle ou des maladies antérieures, ayant habitué de longue main ces localités à des mouvements congestifs, ont fixé de préférence sur elles la décharge morbide.
Mais, on le conçoit, ces causes se rapportant, les unes à une époque, les autres à un tissu, celles-ci à un organe, celles-là à une région^ elles ne peuvent solliciter les jetées syphilitiques locales que de temps
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en temps et alternativement sur certaines parties ; car toutes les périodes de la vie et tous les points du corps humain ne peuvent être sur le pied de l'égalité devant l'empire de ces causes , ne sont en mesure d'offrir toutes à leur action une prédisposition identique et simultanée.
Eh bien ! ce qui serait une chimère chez l'adulte devient une triste mais frappante réalité à la naissance. La révolution instantanée et fondamentale que produit dans tout l'organisme le début de la vie extrautérine en donne l'explication la plus plausible ; car c'est là une cause d'évolution dont aucune des perturbations auxquelles l'adulte est exposé ne saurait égaler la puissance. Même en les supposant toutes réunies, quelle influence morbide ou physiologique, physique ou morale, pourrait imprimer aux fonctions ce changement, presque équivalent à une seconde création? Qui pourrait surtout l'imprimer en un seul moment? Aussi ne nous étonnons pas si, sous le coup de fouet des nouveaux devoirs que la nature leur impose subitement alors, peau, muqueuse, foie, poumons, thymus, orifices digestifs et respiratoires sont appelés en même temps et à des services et à des ma* ladies ignorés jusque-là. Si un excès accidentel de travail vital suffisait, chez l'adulte, pour attirer sur eux les fluxions diathésiques, ils y donnent maintenant une toute autre prise; car, à cet instant, il ne s'agit point pour eux d'une suractivité passagère ; ils n'affectent pas seulement un type de fonctionna-
2t2 DE LA SYPHILIS DES NOUVEAU-NÉS.
lité différent : ils commencent réellement à vivre.
Comprenez-vous maintenant pourquoi les manifestations de la syphilis congéniale s'opèrent en quelques jours, sur toutes les régions, sévissent à la fois sur les téguments et les viscères, dépassent en rapidité et en étendue les invasions constitutionnelles les plus furieuses dont nous soyions témoins à l'âge mûr? Les considérations précédentes suffiraient déjà à rendre compte de la fâcheuse prérogative qu'elle exerce à cet égard. Celles que je vais actuellement exposer, prenant la question à un autre point de vue, compléteront l'explication.
Les accidents congéniaux ne se différencient pas seulement de ceux de l'adulte par l'instantanéité et la multiplicité de leurs apparitions : ils s'en font aussi distinguer par l'acuité et par Y extensivité de chacune des lésions auxquelles ils donnent lieu. La première propriété leur vient , nous l'avons vu , de leur origine : ils doivent la seconde à leur nature. Ce point est assez difficile à bien préciser ; et pour faire saisir ma pensée, j'ai besoin d'invoquer encore le seul ternie de comparaison qui s'offre en pareille matière, l'exemple de la syphilis des adultes.
C'est un fait d'observation que , parmi les symptômes de toute espèce que cette dernière affection engendre durant sa marche, il y en a d'aigus et de chroniques, de progressifs et de circonscrits, de douloureux et d'indolents, de fébriles et d'apyrétiques, de contagieux et do non contagieux. Or, à quoi tien-