PARTIE III. PRONOSTIC
rôle de ces ravages, c'est dans son antidote que quelques auteurs ont prétendu signaler le coupable. Traduisant en précepte formel une pareille aberration, de Blegny, dès 1673, n'avait pas craint d'énoncer que « il faut attendre, pour traiter une femme enceinte syphilitique, que la grossesse soit un peu avancée , parce que jusque-là l'enfant est trop faible pour résister à l'émotion que cause le mercure ( 1 ). » Depuis lui, la même tradition a rencontré de loin à loin des représentants jusqu'à nos jours. Et (pour ne citer que le plus récent et le plus recommandable ) je la trouve, en dernier lieu, personnifiée en M. Huguier. Ce savant praticien, dans un mémoire lu à l'Académie de médecine, en 1 840 ( 2 ), a positivement dit : «La syphilis abandonnée à elle-même n'est pas une cause d'avortement aussi puissante qu'on le croit. L'avortement arrive surtout aux femmes traitées par le mercure. »
Mais de tous les débats qu'a soulevés la syphilis congéniale, il n'en est aucun peut-être aussi susceptible que celui-ci de recevoir une solution claire et décisive. Et s'il est en pathologie une vérité rigoureusement démontrée, c'est sans contredit la fréquence de l'avortement chez les femmes grosses vénériennes, et le pouvoir direct de la syphilis pour produire cet accident. Les recueils scientifiques regorgent véritablement d'observations où l'on voit trois, quatre, six couches, chez une mère syphilitique, aboutir inévitable-
(') L'Art dé guérir les mal. vénér., elc, p. 2(i'i. (*) Séance du 1 i juillet.
ment soit à l'avortement, soit à la naissance d'enfants véroles. Je n'en citerai que deux exemples.
Bertin ( l ) a traité une femme de 2b' ans, attaquée de pustules plates aux grandes lèvres. Elle les avait déjà eues six ans auparavant, lors de sa première grossesse, qui se termina par un avortement à G mois.
Le second enfant vint à 7 mois et vécut 8 heures.
Le troisième naquit mort à 7 mois et demi.
Le quatrième vint enfin à terme , mais ne vécut que 1S heures, et présenta, en naissant, des pustules à l'anus.
Le cinquième, né aussi à terme, eut des pustules aux fesses, des ulcères aux lèvres ; il mourut à semaines.
Enfin le sixième, aussi affecté de pustules aux fesses et au cuir chevelu, put atteindre le quatrième mois sans avoir été traité. On le soumit alors à l'usage du mercure, dont l'administration rétablit sa santé.
Car. Fréd. Haase ( 2 ) dit qu'une femme de 22 ans contracta de son mari des ulcères et des condylômes à la vulve et au gosier. Une première fille vint à 8 mois, morte. Il en fut de même du second enfant et du troisième. Le quatrième arriva à terme, mais avec un hydrocéphale, et mourut à 7 mois. Le cinquième eut, à la face, un ulcère serpigineux qui ne put être guéri que par le mercure gommeux de Plenck, et il infecta sa nourrice. Le sixième naquit avec un érythème général et succomba peu à près. Enfin le septième est assez bien portant, mais a été pris de scrofules vers l'âge de 2 ans. L'auteur ajoute que le père et la mère, satisfaits de leur propre santé, ont refusé de se soumettre à un traitement.
Des coïncidences frappantes prouvent ici la nature de la cause qui a déterminé l'avortement. Dans ces
(') Ouvrage cilc, p. 142.
( a ) Comment., Dresde, 1828, p. 18.