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Traité de la syphilis

De tous les ouvrages de John Hunter, il n’én est point auquel il ait consacré plus de travail et qu'il ait été plus désireux de perfectionner, que son Traité de la syphilis. «Je ne veux point, disait-il à un ami, que ce soit ‘une simple affaire de librairie, un ouvrage dont chaque nouvelle édition rende la précédente inutile. J'ai soumis à une assez longue épreuve les doctrines qui y sont consignées, pour qu'elles soient désormais un objet de conviction; et afin d'en rendre le style plus facile à comprendre, je rassemble un comité de trois médecins (*), aux corrections desquels chaque page est soumise. » Il paraît que ces corrections du style ont été adoptées dans la seconde édition, car , en comparant celle-ci avec la première, on y remarque un grand nombre de modifications qui portent sur la forme, et qui ont été faites dans l'intention évidente de rendre les phrases plus claires et plus élégantes. Il est douteux toutefois que l'on ait beaucoup gagné au change. Le style est certainement devenu moins rude, mais il est aussi moins énergique,

(*) Sir Gilbert Blane, George Fordyce et David Piteair: A parait qu’ils s’adjoïgnirent le D" Mars,

et parfois moins net et moins arrété. Cependant , comme : les corrections se sont étendues dans quelques endroits à des points plus importants que le style, la seconde édition doit être considérée, sans aucun doute, comme Jexpression des dernières recherches de Hunter, et comme renfermant ses conclusions définitives. La troisième édition a été publiée après sa mort par Sir Everard Home, qui a généralement adopté le texte de la premiére édition, et a ajouté quelques passages qui n’ont certainement jamais été écrits par John Hunter. Nous avons donc suivi le texte de la seconde édition comme étant le plus exact; mais comme les additions faites par Sir E. Home sont tirées de matériaux laissés par Hunter, nous avons jugé convenable de ne pas les omettre entiérement, et celles qui ne portent pas seulement sur la forme ont été placées au bas des pages sous forme de notes.

Il’ est incontestable que l'ouvrage, ainsi présenté, porte l'empreinte de l'esprit qui l’a concu et exécuté. Pour en apprécier justement tout le mérite, il est nécessaire de le comparer avec les livres qui, jusque-là, avaient été publiés sur le même sujet en Angleterre. Presque tous semblent avoir été écrits, moins pour augmenter la masse des connaissances que l’on possédait alors sur la maladie vénérienne, que dans la vue d'obtenir un éclat momentané et d'en recueillir les avantages. John Hunter se proposait toujours un but plus élevé. II s’est efforcé d'appliquer à cette maladie les principes généraux de la pathologie, et de la soumettre à l'analyse investigatrice qui lui servait toujours de guide dans ses

philosophiques recherches. Les faits qui sont.dus à son

‘expérience quotidienne ‘sont importants, non à cause de leur singularité, mais pour les inductions auxquelles ils conduisent. Dans beaucoup de circonstances ou la pratique était auparavant incertaine et contradictoire , il a établi des principes méthodiques de traitement; et pour les cas où la pratique était bonne, il lui a donné une base solide, en substituant les inductions de la raison à la routine de l’empirisme. C’est surtout sur les maladies de la vessie et de l’urètre que les observations conte- ‘nues dans cet ouvrage ont répandu les premières lu- -mières; aussi ces observations ont-elles servi de fondement aux connaissances . exactes que nous possédons maintenant sur ces maladies.

Il faut reconnaître cependant que cet ouvrage n'est point sans défauts. On y trouve plusieurs considérations qui sont plus théoriques que pratiques, et quelquesunes des doctrines qu’il renferme n’ont pas obtenu cet assentiment général qui a couronné la plus grande partie des autres travaux de Hunter. On doit chercher l’origine de ces imperfections et dans la nature du sujet, et dans le caractère même du génie de Hunter.

Si l'on veut réfléchir un peu, on comprendra que la maladie vénérienne était un des sujets qui convenaient le moins au génie particulier de Hunter. Les facultés qui le distinguaient principalement des autres savants et qui assurèrent généralement ses succés, étaient une ardeur et une énergie que rien ne pouvait abattre, une industrie que rien ne pouvait fatiguer. Soutenu par de telles qualités, il poussa ses investigations avec une activité sans exemple, et mit en lumière une multitude de faits

qui avaient échappé aux recherches moins énergiques

des autres observateurs. Partout -où nos connaissances étaient incomplètes et confuses, les nouveaux faits qu'il a rassemblés par l’observation, découverts par la dissection, ou établis par l'expérience, ont répandu sur le sujet tout entier Ja clarté la plus vive à la place de l'incertitude et de l'obscurité. Ses vues étaient toujours grandes et généralisatrices; en combinant ses nouvelles découvertes avec ce qui était déjà connu, il en déduisait sans peine des lois qui avaient échappé aux recherches antérieures, et il vérifait ensuite ses conclusions par de nouvelles observations et par une expérience plus éten- -due, C’est plus à l'activité de ses investigations qu’à sa puissance de raisonnement, que nous sommes redevables de ses découvertes. En effet, sa puissance de raisonnement n’était peut-être pas aussi pleinement développée que ses autres facultés; mais ses erreurs de. logique étaient continuellement rectifiées par le nombre considérable et l'exactitude de ses recherches expérimentales. A Or, dans ses études sur la maladie vénérienne, il avait peu d'occasions d'exercer ses moyens ordinaires d’invéstigation. Les expériences sur les animaux sont impossibles, puisque la maladie paraît être limitée à l'espèce humaine. Les dissections fournissent peu de renseignements, car le virus syphilitique échappe entièrement à notre vue, et ceux de ses effets qui ne sont pas trèsévidents sont pour la plupart si peu apparents, que l'œil ne peut point les distinguer. Comme la plus grande partie des symptômes syphilitiques se manifestent dans des parties superficielles et exposées à la vue, leur forme et leurs caractères généraux sont connus depuis

‘longtemps des chirurgiens ; mais les modifications morbides plus intimes ne sont point appréciables à la simple inspection, et ne sont pas faciles à démontrer aux sens. Les observations que l’on peut puiser dans la pratique quotidienne s’offraient à Hunter comme aux autres pathologistes; mais il devait rencontrer toutes les difficultés qui avaient arrêté les progrès de ses prédécesseurs, et il était exposé à être égaré par les mêmes causes d’erreur. Nous possédons, sur la maladie vénérienne, un grand nombre de faits qui sont bien établis. Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas d’un accroissément de matériaux , mais d’une appréciation plus exacte de ceux qui sont en notre pouvoir, qui nous mette à même de les mieux comprendre, et qui dissipe les incertitudes et les contradictions apparentes qu'ils nous offrent. Les faits signalés par John Hunter ne sont pas assez neufs et assez importants pour ajouter beaucoup, par euxmêmes , aux notions pathologiques que nous possédons sur la syphilis. Hunter s’est donc trouvé dans la nécessité de raisonner d'après l'expérience anciennement acquise, et de borner.ses efforts à la rectification des erreurs et au perfectionnement des connaissances de ses prédécesseurs, en soumettant les résultats de cette expérience à une induction plus parfaite. Dès lors, 1l n’est pas surprenant que ses travaux n'aient pas été aussi heureux ici que dans les autres branches de la pathologie, et qu'il ait souvent échoué dans ses tentatives pour dissiper l'obscurité qui enveloppe la maladie en question. On peut même se demander si son penchant naturel pour les généralisations ne l’a pas quelquefois égaré, et

si, dans le désir de déterminer une loi générale, il n'a

pas quelquefois perdu de vue l'ensemble des faits connus, et laissé cette loi plus incertaine encore qu’ auparavant.

Une voie qui aurait conduit à des résultats plus élevés, s’offrait aux investigations. Les symptômes de la maladie vénérienne, quoique très-apparents , sont en même temps si variés, que jusqu’à ce jour ils n’ont jamais été distingués avec un soin suffisant. Si Hunter avait employé toute la force et toute la pénétration de son esprit à décrire avec exactitude chaque symptôme isolé, puis à rechercher, pour chaque variété, quel est le tissu spécialement affecté et quelle est la nature particulière de l’altération morbide, il aurait établi un fondement solide à ses raisonnements, et il aurait certainement répandu des lumières sur l'affection syphilitique et sur plusieurs autres qui lui ressemblent. Il est probable qu'il aurait déterminé les lois qui régissent l’action propre du virus vénérien, de manière à empêcher qu’on ne puisse confondre les effets de cet agent morbide avec les maladies qui proviennent d'une autre source; qu'il aurait expliqué les contradictions apparentes que l’on observe dans l'effet des remèdes, et qu'en appropriant chacun de ces derniers à sa classe propre de symptômes, il aurait rendu le traitement certain et rationnel, de douteux et empirique qu'il est. Il est certain qu’il aurait ouvert, pour de nouvelles découvertes, une voie dont 6n ne peut calculer l'étendue, et cela non-seulement pour la maladie qui fait l’objet de cet ouvrage, mais encore pour d’autres maladies qui jusqu'ici ont été peu étudiées par les pathologistes, et surtout pour les POUR * les autres affections de la pri |

On ne peut révoquer en doute que Hunter ne füt parfaitement bien organisé pour remplir une semblable tâche. Les descriptions qu'il a données dans l'ouvrage qui est sous nos yeux, suffisent pour établir sa réputation. Elles n’ont jamais été surpassées en exactitude et en clarté, et elles constituent encore après un demi-siècle, les types qui ont servi de point de départ à tous les auteurs plus modernes. Mais le plan que je viens d’esquisser aurait été pénible et long à remplir; il aurait exigé le travail de toute une vie; le fruit qu'on pouvait en attendre était éloigné et incertain; ce fruit, l’auteur luimême ne l'aurait jamais recueilli, mais il, serait resté pour devenir le butin d’une autre génération. Hunter suivit son penchant naturel. Il préféra la route la plus décevante, celle qui paraît être la plus directe, et qui a séduit tant de philosophes. Il voulut parvenir tout d’une fois, conjecturalement, à la connaissance des lois générales de la nature, au lieu d’y arriver pas à pas, par une étude minutieuse de ses opérations les plus élémentaires, et par une induction lente et graduelle : « Altera (via) a sensu et particularibus advolat ad « axiomata maxime generalia, atque ex is principis eo- «rumque immotà veritate judicat et invenit axiomata « media ; altera a sensu et particularibus excitat axiomata, «ascendendo continenter et gradatim, ut ultimo loco « perveniatur ad maximè generalia (*). »

Mais quoique ce traité mérite, plus que tous les autres ouvrages de Hunter, le reproche de renfermer des géné-

ralisations prématurées , il est cependant rempli d’ob-

(*) Bâcon, dix-neuvième aphorisme.

servations pratiques de la plus grande valeur, et doit toujours former une partie essentielle des études de tout chirurgien qui désire se familiariser avec la maladie dont il traite. Dans cette édition, on a tâché de le rendre d’une utilité plus générale en ÿ associant les résultats des travaux des autres chirurgiens. Les opinions de Hunter ont été traitées avec le respect qui est dû à sa haute réputation; mais on a exposé tous les faits importants qui ont été mis en Jumiere par d'autres pathologistes, soit qu'ils confirment, soit qu'ils rectifient ses doctrines, afin que les lecteurs puissent embrasser d’un seul coup d’œil l’état actuel de la science, et qu’en comparant les idées des autres pathologistes avec celles de Hunter, ils puissent juger du degré de confiance qu’ils doivent avoir dans les |

opinions de ce dernier.

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