G. G. BABINGTON
Deux motifs m'ont conduit à publier le traité suivant : le premier, c’est que j'ai l’espoir que plusieurs faits nouveaux qui y sont consignés seront jugés dignes de l'attention publique; le second, c’est que je ne suis pas fâchéd’avoir une occasion de faire connaître la véritable source de quelques opinions qui ont cours actuellement dans le monde médical.
La plupart des idées théoriques sur lesquelles je m’appuie dans le cours de cet ouvrage m’étant personnelles, je crois devoir, avant d’entrer en matière, donner quelques explications à ce sujet, afin que mes lecteurs comprennent plus facilement les expressions que j'ai adoptées.
$ [°". De la sympathie.
Je divise la sympathie en sympathie générale et en sympathie locale.
La sympathie générale est une affection dans laquelle l’ensemble de l'économie sympathise avec une sensation ou une action quelconque. La sympathie locale est une affection dans laquelle une ou plusieurs parties distinctes sympathisent avec une sensation ou une action locale.
La sympathie générale varie dans les différentes maladies; mais, dans la maladie vénérienne, elle se présente sous deux formes principales, la Jièvre symptomatique et la fièvre hectique. La fièvre symptomatique est l'effet immédiat d’une lésion locale; elle se manifeste rarement à . un haut degré dans la maladie vénérienne, sous quelque forme que celle ci se présente, excepté lorsqu'il y a une orchite blennorragique, maladie qui est elle-même un exemple de sympathie locale; dans ce dernier cas, la fièvre symptomatique est une sympathie générale provenant d’une Sympathie locale. La fièvre hectique est une sympathie de l’ensemble de la constitution avec une maladie locale dont la constitution ne peut effectuer la guérison. On l’observe dans la syphilis constitutionnelle plus souvent et à un plus haut degré que dans toute autre forme de la maladie vénérienne.
Je divise la sympathie locale en trois espèces : la sympathie éloignée, la sympathie de contiguité, et la sympathie de continuité. La sympathie éloignée est celle qui a lieu entre dés parties qui n’ont aucune connexion visible au moyen de laquelle on puisse s’expliquer les effets sympathiques, comme dans les cas où l’épaule est le siége d’une douleur sympathique d’une inflammation du foie. La sympathie de contiguité s'exerce entre des par-
ties distinctes qui n’ont d’autres connexions que celles qui naissent de la proximité ou du contact; on en trouve un exemple dans la sympathie de l'estomac et des intestins avec les téguments de l’abdomen. La sympathie de continuité est celle dans laquelle il y a continuité des parties, et où l'affection sympathique gagne de proche en proche, à partir du point irrité comme d’un centre; elle est la plus commune de toutes : nous en avons un exemple dans la manière dont l’inflammation s'accroît en étendue.
$ II. De l’incompatibilité des actions morbides les unes avec les autres.
Non-seulement on soupçonne l'existence de la maladie vénérienne dans beaucoup.de cas où la nature des symptômes n’est pas bien caractérisée, mais même on suppose qu’elle peut se trouver combinée avec d’autres maladies , telles que la gale et le scorbut; ainsi, on parle de gale vénérienne, du mélange de la maladie vénérienne avec JE scorbut. Cette hypothèse me paraît être fondée sur une erreur. Je n’ai jamais vu aucun cas de cette nature, et ces faits me semblent incompatibles avec les lois qui président à la manifestation des actions morbides dans l’économie animale. Il est hors de doute, pour moi, que deux actions ne peuvent avoir lieu simultanément dans la même constitution ou dans la même partie. Deux fièvres différentes ne peuvent exister dans la même constitution, ni deux maladies locales dans la même partie, en même temps. Comme les symptômes de Ja maladie vénérienne, lorsqu’elle attaque la peau, offrent de la ressemblance avec les symptômes vulgairement appelés scorbutiques, on croit souvent que‘ces deux affections sont unies et qu’elles existent dans la même partie. |
Ce qu’on appelle une constitution scorbutique n’est autre chose qu'une constitution douée d’une très-grande susceptibilité pour une action qui détermine des éruptions à la peau, et qui se produit sous l'influence d’une ” cause immédiate. Parmi les diverses parties du corps, il en est qui sont plus susceptibles de cette action que les autres; aussi suffit-il d’une cause immédiate plus légère pour y exciter l’action. Mais, de ce qu’une constitution est très-susceptible d’une maladie, il n’en résulte pas que cette constitution ne soit pas également ss de contracter d’autres maladies. Un hommè peut avoir en même temps la syphilis et la petite vérole; c’està-dire que, certaines parties de son corps ayant été infectées par le poison vénérien, la petite vérole peut se manifester chez lui, et que les deux maladies peuvent se montrer ensemble; mais ce n’est point dans les mêmes parties. Si ces deux maladies étaient la conséquence d’une fièvre, et que chacune succédât à la fièvre qui la produit à peu près à la même distance du début, il serait impossible que les deux éruptions particulières se déve- Joppassent en même temps, même dans des parties différentes. Deux
fièvres, que l’on supposerait précéder ces deux maladies différentes, ne Dobrraient exister simultanément (*).
(*) Hunter ne croit pas à la possibilité de l'existence simultanée de deux actions morbides différentes: Mais la doctrine de Hunter, prise à la lettre; constituerait uno
D'après ce principe, je crois pouvoir poser les questions suivantes. S’il arrive souvent que l’inoculation n’est suivie d’aucun résultat, et que beaucoup de personnes bravent impunément différentes causes d'infection, cela ne peut-il pas quelquefois dépendre de ce que les sujets qui se trouvent soumis à ces influences sont déjà atteints de quelque autre maladie, et sont par conséquent incapables de contracter une nouvelle action morbide? Ne peut-on pas rattacher à la même loi, dans beaucoup de cas, les différences si nombreuses que l’on observe dans l’espace de temps qui s'écoule entre
Papplication de la cause et l'apparition de l'effet? Dans les cas où la piqûre faite au bras n’a donné des signes d’inflammation que quatorze jours après l'application du poison varioleux , n’existait-il pas une autre maladie dans la constitution au moment de l’inoculation? La guérison de quelques maladies ne repose-t-elle pas sur le même principe? La suspension ou la cure d’une gonorrhée déterminée par une fièvre peut offrir un exemple de cette dernière circonstance.
À l’appui de ces idées, je rapporterai le cas suivant que je choisis parmi les faits nombreux qui ont été soumis à mon observation. Le jeudi 16 mars 1775, j'inoculai un enfant, aux bras duquel je fis de larges piqûres. Le dimanche suivant, il se manifesta des symptômes qui étaient de nature à faire croire que l’enfant avait reçu l'infection : ainsi, un peu d’inflammation ou de rougeur entourait chaque piqüre, et l’on remarquait un peu de tuméfaction à la surface de la peau. Le 20 et le 21, l'enfant eut la fièvre; mais je déclarai que ce n’était point la fièvre variolique, car l'inflammation locale n’avait fait aucun progrès depuis le 19. Le 22, il se manifesta une éruption considérable, qui était évidemment la rougeole ; alors les plaies des bras parurent rétrograder et se montrèrent moins enflammées. Le 23, l'enfant était entièrement couvert par l’éruption rubéolique, et les piqûres des bras étaient dans le même état que le jour précédent. Le 25, la rougeole commença à disparaître. Le 26 et le 27, les piqûres redevinrent un peu rouges. Le 29, l’inflammation augmenta, et il se forma un peu de pus. Le 30, l'enfant fut pris de fièvre. La petite vérole parut à l’époque habituelle, suivit son cours ordinaire et se termina favorablement (*).
erreur fort grave. La pratique montre tous les jours des individus ayant en même
temps la gale et la syphilis primitive ou constitutionnelle, le scorbut et les scrofules
avec les mêmes accidents syphilitiques. Dans ces cas, il n'y a pas gale vénérienne
proprement dite ou scorbut syphilitique, mais complication de deux affections con
comitantes qui s’aggravent isolément ou à la fois, et qui fournissent alors des indications précises dans le traitement.
Si la doctrine de Hunter peut être soutenue dans les cas dette aigués et sure tout fébriles, où, par les lois de la révulsion, le mal le plus fort peut curayer ou suspendre le mal actuellement le plus faible, dans les maladies analogues à la syphilis elle est fausse. Il n’est pas de maladie qui empêche, d'une manière absolue, de contracter la syphilis; celle-ci, à son tour , ne saurait, pendant sa durée, garantir d'au cune autre. P. Ricorp.
$ ; 7 (*) J'ai pensé qu'il serait curieux de rapprocher de ce fuit l'observation suivante
On observe de mémè que la maladie vénérienne fait son apparition à différentes époques après l'infection; ne peut-on pas expliquer ce fait par la même loi pathologique ?
$ II. De la force relative des différentes parties du corps, suivant leur ‘situation et leur structure.
Ainsi que nous aurons occasion de l’observer , les parties affectées contractént les actions morbides plus facilement , et leur font parcourir leurs périodes plus rapidement lorsqu'elles sont situées près du centre de la circulation, que lorsqu'elles en sont éloignées; car le cœur exerce son influence sur les différentes parties du corps en proportion de la proximité où elles sont de lui, et plus les parties sont éloignées de cet organe, moins elles ont d’énergie vitale.
C’est un fait qui est mieux démontré par la maladie que par aucune des actions qui s’'accomplissent dans l’état de santé. En effet, dans l’état de santé nous ne pouvons faire d'épreuves comparatives, car deux parties de la machine animale, situées à des distancés inégales du cœur, ne peuvent être amenées à une action égale, et par conséquent on ne peut tirer aucune conclusion. Il est à remarquer que toutes les parties vitales sont situées dans le voisinage du cœur. |
Dans l’état morbide, on voit la faiblèsse produire la mortification aux extrémités plus souvent que dans les autres parties, surtout chez les sujets de haute taille, parce que le cœur ne pousse pas le sang vers ces parties éloignées avec autant de force que dans les autres. Lorsqué la constitution est affaiblie, les malades qui sont atteints d’hémiplégie
que je trouve dans Île journal allemand Zeitschrift für die gesammte Medicin (novembre 1836), et qui a été cousignée par le docteur Glehn dans les Transactions de la société de médecine de Saint-Pétersbourgz, sous le titre de Combat entre la scarlatine et la petite vérole.
Le 25 novembre 1834, dans un moment où la scarlatine et Ia petite vérole régnaïent épidémiquement, un jeune officier de marine fut pris de vomissements sans cause ‘apparente. I] se sentit mieux le 26; mais le 27 il éprouva de la céphalalgie, des vertiges et de l’accablement : son pouls était fréquent, sa langue était blanche et ses yeux étaient injectés, Il avait tantôt des frissons et tantôt des bouffées de chaleur. Ces symptômes s’élevèrent à une violence extrême le 28, et le 29 une éruption marbrée de scarlatine, d’une couleur rouge sombre, apparut sur le visage, le cou , la poitrine et les membres supérieurs, En même temps, on observait quelques pustules isalées sur le front et sur la face. Le voile du palais et la luette étaient enflammés, et la déglutition était très-difficile. Le lendemain , l’éruption scarlatineuse pâlit et disparut, tandis que, d’uu autre côté, les pustules devinrent de plus en plus nombreuses et nettement dessinées, et furent promptement reconnues comme appartenant à la forme de petite vérole désignée par le nom de varioloïde. L'éruption varioleuse s’étendit ensuite à tout le corps. Dès le moment où la scarlatine disparut, tous les symptômes alarmants se dissipèrent, et la maladie parcourut ses périodes avec une grande bénignité. Hufeland raconte un fait semblable dans ses Observations sur la petite wérole et la vaccine & Weimar en 1798. Dans ce cas, la petite vérole eut également le dessus. G. RIGHELOT.
INTRODUCTION. 159 finissent souvent par succomber à la. gangrène des extrémités du côté paralysé. Dans quelques-uns de ces cas, les artères se rompent, ce qui donne lieu à une extravasation du sang. On peut donc raisonnablement ” supposer que ces vaisseaux sont relativement plus faibles que les autres dans lPétat de santé. Nous voyons aussi que les extravasations de cette espèce commencent ordinairement dans les extrémités.
Cette loi devient évidente, non-seulement dans ces deux maladies, mais aussi dans toutes celles qui peuvent affecter le corps vivant. Elle est démontrée par la facilité avec laquelle les maladies se développent et s’accroissent dans les parties éloignées du centre de la circulation, ainsi . que par la manière dont elles marchent vers la guérison.
La force vitale des parties ne diffère pas seulement en raison de leur distance plus ou moins grande du cœur, mais encore en raison de leur structure particulière; ce qui fait que les actions morbides qui se manifestent dans les diverses parties du corps varient autant que les actions qui s’y accomplissent dans l’état de santé.
Le corps vivant se compose de tissus divers, comme les muscles, les tendons, le tissu cellulaire, les ligaments, les os, les nerfs, etc. Nous pouvons étudier comparativement la marche des maladies dans chacun de ces tissus, et par conséquent connaître leur force relative de restauration : or, cette étude nous apprend que ces diverses parties diffèrent beaucoup les unes des autres sous ce rapport. Je n'ai pas encore pu déterminer jusqu’à quel point ces différences se manifestent dans toutes les maladies; mais je suis porté à croire que pour les maladies spécifiques, comme les scrofules et le cancer, le mode d’action morbide ne diffère pas, en général , dans les divers tissus (*), et que ces maladies produisent les mêmes effets spécifiques dans toutes les parties qui sont susceptibles d’en. être affectées. Pour les maladies causées par des lésions intérieures, il n’en est plus ainsi; on observe une grande différence dans l'intensité de l'action, car les parties soumises à une telle influence agissent suivant leur nature spéciale; cette remarque s'applique également à la maladie vénérienne. Cette différence paraît consister principalement dans le degré plus ou moins grand de force de résistance à l’action morbide. Les tissus ont d'autant moins de force pour résister aux maladies, que leurs pouvoirs vitaux sont moins énergiques. C’est pour cette raison que les actions morbides ont une évolution beaucoup plus lente dans les os, dans les tendons, dans les ligaments et dans le tissu cellulaire, que dans les muscles ou la peau. Ce principe trouve son applis entière dans la maladie vénérienne (**).
(*) Il est bien entendu que je fais ici exception des parties qui ont plus de tendance que les autres pour certaines maladies spécifiques, comme les ganglions lymphatiques pour les serofules, la glande mammaire pour le cancer. J. Huxrer.
(**) Pour les maladies vénériennes, il faut cependant faire quelques exceptions : après les membranes muqueuses et la peau, le tissu cellulaire est incontestablement le plus propre aux évolutions des actions morbides syphilitiques, et, de tous les tissus, celui des muscles est celui qui leur résiste le plus. P. Ricorn.
$ IV. Des parties susceptibles de maladies période
Il est des parties qui se montrent beaucoup plus susceptibles que les autres de certaines maladies spécifiques. Les poisons ont un siége d’élection dans le corps vivant, comme si des tissus déterminés leur étaient assignés. Ainsi, la peau est le siége de ce que l’on appelle vulgairement des éruptions scorbutiques ; et de diverses autres maladies ; elle est aussi le siége de la petite vérole et de la rougeole. La gorge est le siége de l’hydrophobie et de la coqueluche. Les scrofules attaquent le système absorbant, et principalement les glandes. Les mamelles, les testicules et les glandes conglomérées sont le siége du cancer. La peau, la gorge et le nez sont plus suce NS d’être affectés par la syphilis constitutionnelle que les os et le périoste; et ces derniers en sont plus promptement atteints que plusieurs autres parties, notamment les parties vitales, qui, peut-être, ne sont pas du tout susceptibles de cette maladie (*).
$ V. De l’inflammation.
Je considère l’inflammation commune comme un accroissement d’action des capillaires, qui, en même temps, sont le siége d’un mode particulier d’action, sous Pinfluence duquel ils produisent les effets suivants : l’'adhérence des parties, la formation du pus, et la destruction d’une portion plus ou moins grande des solides. Ces effets ne dépendent pas d’un simple accroissement d’action ou d’une simple dilatation des vaisseaux, mais d’une action spéciale qui, jusqu’à présent, ne me paraît bag avoir été comprise.
J'ai envisagé ces trois effets de l’inflammation comme trois espèces distinctes, et j'ai appelé inflammation adhésive, celle qui détermine l’adhérence des parties ; inflammation suppurative, celle qui est caractérisée par la formation du pus, et inflammation ulcérative, celle qui s’accompagne d’une perte de substance.
Dans l'inflammation adhésive, les artères versent de la lymphe coagulable qui devient le moyen d'union. Cette lymphe n’est point simplement épanchée, mais elle a subi une modification avant d'abandonner la cavité des artères, car on en trouve dans les veines enflammées qui forme un coagulum étendu en couche à la surface interne de ces vaisseaux, ce qui ne pourrait avoir lieu si sa coagulation était l'effet de sa seule extravasation. Dans Pinflammation suppurative, le sang, avant d’être versé par les artères, subit une modification encore plus profonde, en vertu de iaquelle il est transformé en pus : ce changement est, sans doute, l'effet d'untravail semblable à celui des sécrétions. Dans l’inflammation ulcérative, ce ne sont point les artères qui emportent les tissus; cette fonction appartient aux vaisseaux absorbants, qui sont stimulés à entrer en action.
(*) J'ai montré à l’Académie royale de médecine des tubercules syphilitiques du cerveau, Coincidant avec des nodus (iubercules du tissu cellulaire), chez un individu affecté des symptômes tertiaires de la syphilis. Mon collègue, M. Cullerier, en présenta un rouvel exemple à la même société savante, peu de temps après.
P. Ricorn.
INTRODUCTION. 161 La disposition et le mode d’action des artères doivent étre différents dans les deux premières espèces d’inflammation. En effet, l’inflammation suppurative ne peut point être considérée comme un simple accroissement de l’action qui constitue l’inflammation adhésive, car ses effets diffèrent complétement de ceux de cette dernière. Mais dans la troisième “espèce, il est probable que l’action des artères reste telle qu’elle était dans la seconde espèce , et qu’à cette action s’ajoute seulement celle des vaisseaux absorbants, qui a pour effet la destruction des parties solides, et, par conséquent, des artères elles-mêmes.
$ VI. De la Gangréne.
La gangrène est de deux espèces, suivant qu’elle est précédée par l'inflammation ou qu’elle en est indépendante. Je ne m’occuperai ici que de la première, car c’est à cette espèce qu’appartiennent les cas de san” grène qui seront cités dans le cours de cet ouvrage.
L’inflammation est un accroissement de l’action qui s’accomplit sous . l'influence de la force vitale dont chaque partie est douée naturellement. Cet accroissement d’action, au moins dans les inflammations saines, s’accompagne probablement d’une augmentation de force; mais cette augmentation de force n’a pas lieu dans les inflammations qui se terminent par gangrène. Au contraire, il y a alors diminution de l'énergie vitale, et c’est cette diminution qui, unie à une action trop intense, devient la cause de la gangrène, en faisant cesser l’équilibre qui doit exister dans toute partie entre la force vitale et l’action.
Si cette manière d’envisager la gangrène est exacte, il ne sera pas difficile de poser les règles d’une pratique rationnelle. Examinons d’abord le traitement qui a été recommandé jusqu’à présent, et cherchons jusqu’à quel point il peut s’accorder avec la doctrine que je viens d’exposer.
Il est évident que, dans la pratique ordinaire, on a pris en considération la faiblesse; mais il est clair également qu’on n’a tenu aucun compte de l'accroissement d’action, de sorte qu’on s’est proposé pour but unique d’augmenter l'intensité de l’action, dans l'intention de faire disparaître la faiblesse. Le quinquina, la confection cardiaque, la serpentaire, etc., ont été administrés à aussi haute dose que le cas paraissait l'exiger, ou que la constitution pouvait le supporter. Par ces moyens, on a produit une apparence de force artificielle ou temporaire, qui n’était en réalité qu’un accroissement d’action. L'emploi des cordiaux et du vin, d’après les principes qui ont conduit à leur administration, est rationnel ;. mais il y à de fortes raisons pour en proscrire l’usage, et ces raisons sont fondées sur l'effet général de tous les cordiaux, qui est d'augmenter l’action sans donner un acçroissement réel de force; de sorte que les forces vitales s’'affaissent ensuite d’autant plus qu’elles ont été plus stimulées. Par une telle pratique, on ne peut rien gagner, et l’on peut perdre beaucoup; car, dans tous les cas, lorsqu’on a laissé les forces s’abaisser au-dessous d’une certaine limite, il n’est plus possible de les relever.