IL
tème absorbant pouvant être affecté aussi bien par l'irritation que par l'absorption du pus, on doit, dans tous les cas de maladies de « ce système qui dépendent d’une lésion locale accompagnée de suppuration, avoir toujours en vue ces deux causes, et s’efforcer de distinguer, s’il est possible, de laquelle des deux dérive la maladie actuelle. En effet, dans les affections du système lymphatique qui dépendent de lirritation d’une surface par l’action d’un poison, et principalement du poison vénérien, il est très-important de savoir quelle est celle de ces deux causes qui a agi, puisqu'il arrive quelquefois, quoique rarement, que les glandes de laine sont affectées dans la gonorrhée simple, de manière à présenter l’apparence d’un bubon commencant; mais je considère cette affection des glandes comme analogue au gonflement du testicule, c’est-à-dire, comme : étant purement sympathique. La douleur que produisent ces engorgements glandulaires est très-peu intense en comparaison de celle qui est perçue dans les tumeurs véritablement vénériennes causées par l’absorption du pus, etils suppurent très-rarement. Mais les glandeslymphatiques peuvent s’engorger par suite de l’absorption du pus, dans le cours de la gonorrhée, et par conséquent l’'engorgement est alors réellement syphilitique; ainsi, un tel cas étant possible, il faut toujours en soupçonner l’existence. Le gonflement des glandes de l’aine coïncidant quelquefois, de même que celui des testicules, avec la cessation de lirritation du canal de l’urètre:, on a supposé que dans ces cas le pus était repoussé, en quelque sorte, dansces glandes par un traitement mal dirigé. Nous savons, d’après les notions que nous possédons sur le système absorbant, que le pus peut suivre une‘telle Voie, mais nous savons aussi qu’il n’exiSte aucun moyen connu de l’y pousser ; et en supposant même que la chose nous fût possible, on ne voit pas pourquoi il cesserait alors de se former du .pus dans l’urètre. Cette hypothèse ne rend donc.point compte de la-cessation de la sécrétion du pus dans ce canal.
Il est difficile de dire quelle est la nature-de ces-affections sympathiques. Elles ne sont point vénériennes, puisqu'elles se dissipent sous l'influence du traitement ordinaire de l’inflammation, sans ‘qu’on ‘ait recours au mercure : j'ai vu, en effet, un cas où un gonflement testiculaire chez un malade atteint de gonorrhée vénérienne se teriina par suppuration ;
d'après mes conseils, cette affection fut traitée comme une suppuration ordinaire, et la guérison s’en effectua sans qu’on eût administré un seul grain de mercure. On ne peut pas non plus les considérer comme wérita- : blement inflammatoires, car elles présentent rarement les vrais caractères de l’inflammation, tels que l’épaississement des tissus, la.fièvre:symptomatique, l’état couenneux dusang, etc. Le gonflement du testicule présente plusieurs phénomènes qui lui sont propres : il est souvent très-rapide dans son accroissement, et comme il n’est pas lié à une disposition véritablement inflämmätoire, inflammation n’a pas besoin d’autant de temps qu’à l'ordinaire pour se dissiper; et lors même qu’il paraît plus lié à une véritable action inflammatoire, on remarque encore que la résolution de V'inflammation et du gonflement s'opère plus rapidement que quand ils
DE LA GONORRHÉE. 227 dérivent d’une autre cause. La résolution d’un testicule tuméfié consécutivement au traitement pour la eure radicale de l’hydrocèle exige plus de semaines, après que l’inflammation a cédé, qu’il ne faut de jours pour celle du gonflement sympathique de cet organe. Il est probable que c’est parce que l’affection est sympathique que la résolution en est si rapide, car une inflammation qui a pour cause une maladie idiopathique de la partie enflammée, ou unelésion extérieure, comme dans l’hydrocèle, doit persister jusqu’à ce que la maladie soit dissipée, ou que la lésion soit guérie. L’inflammation sympathique varie comme sa cause, et celle-ci peut se développer très-rapidement; aussi voit-on souvent un testicule se tuméfier dans l’espace de quelques minutes, et revenir à son volume primitif en aussi peu de temps; de même le gonflement passe subitement d’un testicule à l’autre. Ces sympathies dépendent souvent de la constitution; elles peuvent même dépendre d’une constitution temporaire, au point qu’elles se montrent quelquefois épidémiquement; l’atmosphère exerce souvent, en effet, sur le corps une influence qui le prédispose à cette espèce d’irritation, et alors, pour peu que la cause immédiate agisse, l'effet ne peut manquer d’être produit (*).
$ XIL. Des maladies des vaisseaux lymphatiques dans la gonorrhée.
Un autre symptôme que lon observe quelquefois dans la gonorrhée
(*) Sans entrer ici dans tous les détails relatifs aux bubons en général, et sur lesquels nous reviendrons plus tard, qu’il me soit permis de signaler ce Le l'expérience et l’'expérimentation m'ont appris. .
Relativement à la fréquence de la blennorrhagie, le bubon qui peut l'accompagner est très-rare.
Il se développe le plus souvent au début et pendant la période aiguë des écoulements, 5? | d
À moins qu'il n’arrive chez des personnes autrement disposées aux engorgements glandulaires, par le fait d’un tempérament lymphatique ou des scrofules, il a peu de tendance à suppurer, et sa résolution est ordinairement rapide.
Le plus ou moins d’inflammation et de douleur qui accompagnent le bubon que nous appellerions volontiers blennorrhagique, ne peut servir, comme semble le penser Hunter, à différencier le bubon d’ absorption du bubon sympathique. L'acuité de l’inflammation et de la douleur , la durée, le mode de terminaison et les influences du traitement tiennent à des causes accessoires, individuelles, et en dehors de la biennorrbagie, qui n’est point ici une cause spécifique.
Le bubon qui accompagne la blennorrhagie n’est jamais syphilitique , comme le croit Hunter, à moins qu'il n'existe actuellement un chancre dont il soit la conséquence.
Les engorgements glandulaires survenus pendant le cours d’une blennorrhagie , et qui se sont terminés par SR RRAAER: n’ont jamais fourni un pus inoculable; aussi dans ces circonstances on n’a jamais observé d'accidents généraux consécutifs. Nous verrons plus tard que les bubons, suite de absorption du pus du chancre, ou ce qu’ on appelle les bubons virulents, fournissent un pus qui peut toujours s’inoculer. © Dans les cas où on a eu un véritable bubon virulent, avec des symptômes de blennorrhagie pour antécédents, c’est qu’il y avait un chancre quelque part.
P, Ricorp.
Ts DE LA GONORRHÉE. ne consiste dans la présence d’un cordon dur qui, partant du prépuce, occupe la face postérieure de la verge et souvent se dirige vers l’une des deux régions inguinales , dont les glandes lymphatiques sont affectées. Le plus souvent le prépuce est tuméfié dans le point où ce cordon prend son origine. Ce symptôme existe quelquefois lorsque le prépuce ou le gland présente des excoriations, ou est le siége d’un écoulement qu’on peut appeler une gonorrhée vénérienne.de ces parties. Il y a tout lieu d'admettre que la tuméfaction de la région inguinale et le cordon dur dont il est question sont un effet de l'absorption du pus, et que c’est par conséquent le premier pas vers une infection générale. Mais comme la syphilis constitutionnelle survient rarement consécutivement à la gonorrhée, jene m'en occuperai pas davantage ici. Toutefois, je ferai remarquer qu il résulte de ce que la se constitutionnelle succède rarement à la gonorrhée, qu’une surface qui r’a point subi de perte de substance et qui n’est qu’enflammée, n’absorbe que difficilement le poison vénérien; de sorte que, bien que le pus vénérien reste pendant plusieurs semaines en contact avec le canal, ou avec la totalité de la surface du gland, il arrive rarement qu’il soit absorbé (*). J'ai vu le symptôme indiqué ci-dessus se produire dans un cas où il s'était écoulé beaucoup de sang par l'urètre. Je supposai d’abord que l'absorption s'était faite dans le point où le vaisseau s'était rompu; mais comme le symptôme en question se montre rarement, lors même qu’il y a eu des hémorragies abondantes , je suis porté à en conclure que les plaies sont aussi de mauvaises surfaces d'absorption, surtout quand je considère que peu de ci ut morbides sont absorbés par des plaies.
$ XIIT. Résumé des divers symptômes de la gonorrhee.
Il résulte de ce qui a été dit jusqu’à présent, que la variété des symptômes de la gonorrhée et les nuances qui les différencient dans les divers
(*) Ici se trouve le passage suivant dans l'édition de Home : « Un cas qui prouve que souvent ces cordons naissent d’une excoriation et d’une tuméfaction inflammatoires du prépuce, c’est celui d’un homme qui avait un chancre à droite, à la naissance du prépuce, près du corps de la verge, ct qui en outre était atteint d’une excoriation étendue à tout le pr épuce, avec tuméfaction de cette partie. Quoique le chancre fût du côté droit, il y avait cependant le long du côté gauche de la verge, un cordon dur qui conduisait à une glande tuméfiée de laine de ce côté; or, l'excoriation occupait principalement le côté gauche. »
Cette explication de Hunter pourrait être fausse, attendu que nous voyons tous les jours des chancres d’un côté, donner lieu à des bubons du côté opposé, ce qui prouve queles lymphatiques croisent la ligne médiane, ainsi que l'ont très-bien démontré du reste les recherches anatomiques, et plus particulièrement celles de M. Huguier (*).
Du reste, je suis tout à fait de l’avis de Hunter sous le rapport de la nature de ces
cordons qui se forment sur le dos de la verge : ce sont de véritables lymphites ou an-
géioleucites , et uon des phlébites dorsales dans tous les cas, comme on a semblé le
croire dans ces derniers temps. P, Rrconp
(*) Archives générales de médecine,
DE LA GONORRHÉE. 229 cas, sont presque infinies. Je vais maintenant faire la récapitulation de quelques-unes des variétés les plus importantes et les plus communes.
L'écoulement se montre souvent sans douleur, et la manifestation de celle-ci n’a point d'époque fixe et déterminée après l'apparition de l'écoulement. Quelquefois la douleur est tout à fait nulle bien que l’écoulement soit très-abondant et de mauvais caractère. Souvent la douleur se dissipe quoique l’écoulement persiste, puis quelquefois elle se reproduit. Dans quelques cas, le malade percoit pendant un temps très-long un prurit auquel la douleur succède quelquefois, mais qui souvent dure jusqu’à la fin de la maladie. D’un autre côté, la douleur est souvent trèspénible et extrêmement vive, lors même que l'écoulement est peu abondant où même nul. En général, l’inflammation n’occupe pas plus d’un ou deux pouces dans le canal de l’urètre à partir de son orifice externe ; quelquefois elle envahit la totalité du canal et s’étend jusqu’à la vessie, et même jusqu'aux reins; dans plusieurs cas elle se propage à la Obs taice des parois de l’urêtre, ce qui produit une cordée. Les glandes de l’urètre s’enflamment et suppurent souvent; je soupconne qu'il en est de même quelquefois pour les glandes de Cowper. Les parties voisines du siége de la maladie peuvent être affectées sympathiquement; tels sont les glandes de l’aine, les testicules, la région lombaire, le pubis, la partie supérieure des cuisses, et les muscles abdominaux. Tantôt la maladie se manifeste très-peu de temps après l'application du poison , par exemple, dans l’espace de quelques heures; tantôt elle n'apparaît qu’au bout de six semaines. Ii arrive souvent qu'on ne peut déterminer si la maladie est vénérienne, ou si elle n’est constituée que par un écoulement accidentel dépendant de quelque cause inconnue. |
Je crois devoir dire ici que j'ai vu un chancre situé sur le prépuce s’accompagner de douleur de l’urètre au moment de la sortie de lurine, ce qui dépendait très-probablement d’une sympathie semblable à celle en vertu de laquelle l'application du pus vénérien sur le gland produit un écoulement de l’urètre, ainsi qu’il a été dit ci-dessus. Si l'application du pus vénérien sur le gland peut déterminer un écoulement de l’urètre, le même effet peut être produit par toute matière âcre, quoique non vénérienne. L’écoulement que fournit le vagin, dans ce qu’on appelle les flueurs blanches, est quelquefois très-irritant, au point que les grandes lèvres et les cuisses en sont excoriées; le cas suivant prouve qu’il peut produire des effets semblables à ceux du pus vénérien.
M. et M°°*** sont mariés depuis plus de vingt ans. M"°*** a été affectée à différentes reprises, depuis plusieurs années, de flueurs blanches. Lorsque son mari a eu commerce avec elle pendant qu’elle était ainsi affectée, il en est résulté le plus souvent, mais pas toujours, une excoriation du gland et du prépuce, et un écoulement abondant de l’urètre accompagné d’une légère douleur. Ordinairement ces symptômes persistent très-longtemps, soit qu’on les traite comme une gonorrhée, soit qu’on les considère comme un effet de l’atonie du canal.
Est-ce là un nouveau poison? Ne limite-t-il ainsi ses effets que parce que
le commerce sexuel n’a lieu qu’entre ces deux personnes? Qu’adviendraitil si cette femme s’'unissait avec d’autres hommes, et si ces hommes voyaient ensuite d’autres femmes? Dans tous les cas de ce genre que j'ai eu occasion d'observer, la maladie s’est toujours présentée sous la forme : d’une gonorrhée; jamais elle n’a produit d’ulcérations aux parties génitales, et je ne sache pas qu’elle ait jamais donné naissance à une affection constitutionnelle.