‹ Traité de la syphilisChapitre 13 sur 70 · DE LA GONORRHÉE CHEZ LA FEMME · texte numérisé non relu

DE LA GONORRHÉE CHEZ LA FEMME

Lorsque la maladie vénérienne se présente sous forme de gonorrhée chez la femme, elle n’est pas aussi compliquée que chez l’homme; les parties affectées sont plus simples et moins nombreuses. Mais il n’est pas aussi facile de la diagnostiquer, parce que les parties qui en sont communément le siége chez la femme sont très-sujettes à une autre maladie qui ressemble à la gonorrhée et que l’on appelle flueurs blanches. Les signes distinctifs de ces deux maladies, s’il en existe, n’ont pas encore été complétement déterminés. Un simple écoulement des parties génitales chez la femme a moins de valeur comme preuve de l’existence d’une affection vénérienne que l’écoulement le moins douloureux chez l’homme; aussi les malades elles-mêmes n’accordent-elles que peu ou point d’attention à cesymptôme, et l’on voit souvent le virus syphilitique se former dans ces parties sans aucune augmentation de l’écoulement habituel. Les caractères du liquide n’aident en rien à distinguer les deux maladies l’une de Pautre, car il arrive souyent que la matière des flueurs blanches revêt toute l’apparence du pus vénérien; l’augmentation de l’écoulement n’est pas un meilleur signe distinctif; il en est de même de la douleur et de toute autre sensation particulière ayant son siége dans les parties affectées, qui ne sont point un symptôme nécessaire de la gonorrhée chez la femme.

L'aspect extérieur des parties ne fournit souvent que peu de renseignements; j'ai souvent examiné les parties génitales chez des femmes qui avouaient tous les symptômes de la maladie, tels que l’augmentation de l’écoulement, la douleur en urinant, la cuisson quand elles marchaient qu quand on les touchait, et je n’ai pu trouver aucune différence entre ces parties et les mêmes parties à l’état sain. Dans les cas où il n’existe aucun symptôme appréciable à la malade elle-même, et dans ceux où la malade a intérêt à nier qu’elle éprouve des symptômes inaccoutumés, je ne vois pas d’autre moyen, pour établir un jugement, que de prendre en considération les circonstances qui ont précédé ou accompagné l'apparition de l'écoulement, comme lorsque la malade a eu des connexions avec des hommes qu’on soupconne infectés, ou lorsqu'elle a pu communiquer l’infection; mais cette dernière circonstance étant fondée sur le témoignage d’une autre personne, on ne peut pas toujours y avoir confiance, pour des raisons très-évidentes. Ainsi une femme peut être atteinte de cette forme de la maladie vénérienne sans en avoir connaissance, et sans que le chirur-

gien puisse constater l'existence de cette maladie, même à l’examen des parties.

Il peut paraître très-extraordinaire qu’une maladie qui est si violente et si bién caractérisée chez l’homme soit si obscure chez la femme; mais on se rend compte jusqu’à un certain point de cette différence, quand on réfléchit que les effets du poison vénérien dépendent en Nr de la nature des parties affectées.

Lorsqu'on fait attention à la manière dont les femmes ch ÉAIEoNE cette maladie, on voit évidemment qu’elle doit attaquer principalement le vagin, partie qui est douée de peu de sensibilité et à laquelle il-a été départi peu d'action. Tant que la gonorrhée’est limitée au vagin, elle peut être assimilée à la même affection occupant le gland chez l’homme. Mais, dans beaucoup de cas, elle s’étend hors du vagin; alors elle donne naissance à des sensations pénibles, et produit une cuisson très-vive dans toutes les parties qui sont le siége d’une sensibilité spéciale, comme la partie interne des grandes lèvres, les nymphes, le clitoris, les caroncules myrtiformes, et l’orifice du canal de l’urètre qui est souvent affecté dans toute sa longueur. Quelquefois ces parties sont si douloureuses, qu’on ne peut pas même les toucher; la malade ne marche qu’avec peine; la douleur est trèsvive quand l'urine traverse le canal, de l’urètre et quand elle se met en contact avec les parties indiquées, ce qui ne peut guère être évité. Ces symptômes ne présentent pas beaucoup plus d'intensité à une époque qu’à une autre, si ce n’est au moment de la sortie de l'urine, surtout dans les cas où le canal de l’urètre participe à la maladie. En effet, les parties génitales de la femme ne sont point exposées aux mêmes changements que celles de l’homme, de sorte que l'accroissement d’irritation qui est déterminé par ces changements doit nécessairement être beaucoup moindre chez elle. Chez l’homme, au contraire, l’urètre, qui est ie siége le plus ordinaire de la gonorrhée, jouit d’une grande sensibilité, est susceptible d’une inflammation intense, est souvent distendu par un liquide irritant, et les tiraillements que subissent le corps de la verge, l’urètre et le gland dans les érections, déterminent toujours une exaspération des symptômes et surtout de la douleur.

Mais. la maladie qui nous occupe attaque fréquemment des parties plus sensibles et plus susceptibles d’inflammation que le vagin, ainsi que je l’ai fait remarquer, et alors il se développe chez la femme des symptômes à peu près semblables à ceux qu’on observe chez l’homme, tels sont : une. sensation de plénitude dans les parties génitales, AT à celle qui est produite par l’inflammation des amygdales, un écoulement fourni par l’urètre , une douleur vive en urinant, et un malaise très-pénible déterminé par la compression des parties affectées, dans l'attitude assise.

Quelquefois la vessie s’affecte sympathiquement , ce qui donne naissance aux mêmes symptômes que chez l’homme; et il est probable que lirritation peut se communiquer même jusqu aux reins. On a affirmé que les ovaires s’affectent quelquefois de la même manière que les testicules chez l’homme. Je n'ai jamais rien vu de semblable, et je doute fort que ce fait.

DE LA GONORRHÉE. 233 ait jamais été observé. On ne voit point , en effet, dans les autres maladies des mêmes organes, que les ovaires entrent en sympathie, ou du moins qu'ils manifestent des symptômes qui nous permettent de constater qu'ils sympathisent. Toutefois, le cas suivant prouve qu’on observe de temps en temps des symptômes extraordinaires.

Chez une dame qui présentait tous les signes d’une gonorrhée vénérienne, écoulement, douleur en urinant, envies fréquentes ou plutôt continuelles d’uriner, et pesanteur allant presque jusqu’à la douleur dans la région lombaire et dans les hanches, le symptôme extraordinaire consistait dans une disposition venteuse très-remarquable de l’estomac et des intestins. Ce dernier symptôme dépendait probablement d’une sympathie avec l'utérus; il est donc possible qu’il se manifeste des sympathies semblables avec les ovaires.

L’inflammation pénètre souvent plus loin que la surface des parties affectées; elle se propage fréquemment le long des conduits excréteurs des glandes, et envahit les glandes elles-mêmes de manière à produire, audessous de la membrane muqueuse qui tapisse la face interne des grandes lèvres, des tumeurs dures qui suppurent quelquefois , et forment de petits abcès qui s’ouvrent auprès de l’orifice du vagin. Ces inflammations et ces suppurations sont semblables à celles qui ont leur siége dans les glandes de l’urètre chez l’homme. La différence des surfaces ou des parties que la maladie attaque ne change point la nature de la maladie; sous ce rapport, il importe peu que la surface malade soit large ou peu étendue; mais les parties ont plus de susceptibilité pour cette espèce d’irritation dans un eas que dans l’autre, et la méthode de traitement peut être plus compliquée.

Il arrive quelquefois que le is vénérien sortant du vagin s'écoule le long du périnée et arrive jusqu’à l'anus, où il produit une gonorrhée ou des chancres.

Il m'est impossible de dire d’une manière DONS si la gonorrhée peut se guérir d'elle-même chez la femme comme chez l’homme; mais je suis porté à le croire, car j'ai connu plusieurs femmes qui ont été délivrées d'une violente gonorrhée sans avoir fait usage d’aucun moyen curatif. D'ailleurs, cette opinion est corroborée par le grand nombre de méthodes diverses que l’on emploie contre cette maladie, et qui ne peuvent être toutes également efficaces, bien que les malades guérissent sous leur influence. Une circonstance très-curieuse, c’est qu’il paraît que la maladie peut se continuer dans le vagin pendant des années; au moins, il ya tout lieu de le penser, si l’on peut s’en rapporter au témoignage des malades. Cette tendance de la gonorrhée à se continuer longtemps, sans s’épuiser comme elle le fait chez l’homme, dépend probablement de ce qu’elle est moins violente dans le vagin que dans l’urètre de l’homme (”).

(*) Le passage suivant se trouve ici dans l’édition de Home : « Le fait qu'on va lire et qui concerne une femme chez laquelle tous les symptômes de la gonorrhée se sont maänifestés immédiatement après le coït, montre avec quelle promptitude la maladie se développe dans certains cas. Cette observation, rédigée par le médecin ordinaire de Ja malade, m'a été envoyée de Bath, afin que je donnasse mon opinion.

Des moyens à l’aide desquels on peut s'assurer de l'existence de la DORE chez la femme.

On peut demander quelles sont les preuves de l’existence d’une gonorrhée chez une femme, quand cêtte femme n’a pas la conscience

« Madame ***, de constitution délicate, de sensibilité très-vive, ayant le système nerveux extrêmement irritable, a joui généralement d’une bonne santé jusqu'à sa maladie actuelle qui s’est manifestée de la manière suivante : le lendemain du jour de son ‘ mariage elle se plaignit d’une vive douleur et d’une grande tuméfaction aux parties

externes de la génération; l'émission de l'urine était difficile et douloureuse. On considéra ces symptômes comme la conséquence naturelle des premières relations sexuelles, et la malade voyagea toute la journée, bien qu’elle éprouvât de vives douleurs. Le matin suivant, tous les symptômes s'étaient aggravés et les parties génitales étaient le siége d'un écoulement abondant. Elle arriva dans cet état à Bath, au bout de quelques jours, et je fus consulté. Je la trouvai en proie à la plus vive anxiété, car son mari lui avait dit que des symptômes qu’il éprouvait lui-même lui faisaient craindre que cette affection ne fût vénérienne. Il m’apprit, en effet, que quelques mois auparavant il avait eu un écoulement de l’urètre accompagné de chaleur en urinant; qu'il s'était confié aux soins d’un chirurgien de la campagne, qui lui avait assuré que sa maladie n’était pas vénérienne ; que, se fiant à cette assurance, il s’était marié, ne doutant pas que sa santé ne fût intacte, à cela près d’une blennorrhée insignifiante qui durait encore. Il ajouta que dans ses rapports avec sa femme il n’avait pu pénétrer à cause de l’étroitesse naturelle des parties, et que dans les tentatives qu'il avait faites elle avait accusé beaucoup de douleur et qu’il s'était écoulé du sang. En examinant sa chemise, j’y trouvai quelques traces d'écoulement ; il éprouvait encore de la chaleur en urinant, Comme les femmes ne sont pas si facilement infectées que les hommes par le poison vénérien, je pensai d’abord: que tous les symptômes éprouvés par cette dame pouvaient bien r’être que le résultat d’une première connexion suivie d’un voyage long et rapide en voiture. C’est pourquoi je prescrivis une potion laxative et des fo= mentations sur les parties avec une décoction de têtes depavots dans un mélange d'eau et de lait, suivies de l’application d’un cataplasme de mie de pain et de lait, Voyant que l'emploi de ces moyens n’avait aucun bon résultat, j’explorai les parties malades, £t je reconnus un écoulement purulent très-abondant qui était fourni principalement par l’urètre, dont l’orifice était considérablement tuméfié et enflammé, aïnsi que les conduits des glandes de chaque côté de l’urètre. Il ne paraissait pas qu'aucun écoulement fût fourni par le vagin. On voyait encore la membrane hymen entière; elle était résistante et charnue. Les lacunes appartenant aux glandes de Cowper de chaque côté étaient très-enflammées, et il ÿ avait sur un des côtés de l’hymen une petite tumeur dure qui ensuite suppura. Il n’y avait aucune apparence de maladie sur toute la surface des grandes et des petites lèvres. L'affection fut considérée comme vénérienne, et je prescrivis un traitement mercuriel qui fut suivi pendant quelque temps. L'abcès indiqué ci-dessus s’ouvrit; la bouche devint un peu douloureuse. À cette époque, les : symptômes s'étaient tellement amendés, qu'on ne pouvait plus douter d’une prompté ét heureuse terminaison de la maladie, lorsque la jeune dame fut prise d’une diarrhée très-violente qui fut dissipée avec beaucoup de peine. On abandonna alors toute préparation mercurielle. Les premiers symptômes empirèrent; l’ardeur causée par l'urine augmenta et S’étendit jusqu’à la vessie, ainsi qu’on pouvait en juger à la persistance de la douleur pendant une ou deux heures après que la malade avait uriné. On fit alors des frictions avec une drachme d’onguent mereuriel sur les cuisses, les

, DE LA GONORRHÉE. É 235 d’un seul des symptômes de cette maladie, et qu'aucun signé matériel ñe se présente à l'exploration du chirurgien. Dans une telle occurrence , la seule base sur laquelle nous puissions asseoir notre jugement, c’est le témoignage des hommes que nous considérons comimé dignes de foi. Si un homme véridique affirme qu’il à contracté la maladie avec une femme qui se trouvé dans cette condition, et qu’il n’a eu Commerce avec äueune autre femme depuis plusieurs mois, il est raisonnable d'attribuer Son affection à la cause qu’il lui assigne; et la chôse est mise hors de doute si la même femme communique la maladie dé la même manière à plus d’un homme. Le cas où l’on voit une femme donner la maladie à deux hommes alternativement, à un intervalle d’une année chaque fois(*), ce qui fait supposer que la maladie a duré au moins deux ans, prouvé que la transmission de cette dernière est presque le seul moyen certain

grandes levres et là partie interne de la vulve. Dans ce temps, il se forma un second abcès à peu près dans le même endroit que le premier; ce sécond abcès fut ouvert avec la lancetté, ce qui produisit beaucoup de soulagement. L’ardeur de l'urine dis-

parut en grande partie, mais l'écoulement de l’urètré resta aussi abondant qu’aupara-

vant. Les frictions mercurielles furent continuées largement pendant la cicatrisation

de l’abcès, et la bouche s’étant affectée considérablement, on les suspendit pendant. quelque temps ; mais bientôt après, l’orifice de l’urètre se tuméfia et s’enflamma vivement, l'écoulement augmenta et le vagin er fournit un semblable. Je préscrivis deux

ou trois fois par jour une injection de mercure cru broyé avec du muücilage de

gomine arabique jusqu’à extinction et mêlé avec de l’eau: La malade avait toujours pris pour boisson habituelle une émulsion d'amandes avec de la gomme arabique;

doit elle faisait un usage abondant. Elle reprit comme précédemment les frictions,

qui dé temps en temps rendirent sa bouché extrémement malade.

« Maintenant la maladie dure depuis près de cinq mois. Les règles ont toujours paru régulièrement. A la dernière époque ménstruellé, la malade était délivrée de toute douleur, son écoulement était fnoins abondant qu’il n’avait jamais été jusqu'alors, et elle resta sans souffrañice pendant toute cétté époque; mäais.peu dé temps après la cessation des règles, l’ardeur de l’urine reparut avec ne nouvelle violence, se faisant ressentir pendant une heuré ou deux sañs aucune diminution ; l’orifice de l’urètre se tuméfia de nouveau comme auparavant. L'écoulement du vagin est resté le même; il sy est ajouté une douleur lancinanté qui se reproduit souvent däns la journée, et qui traverse ce canal et les parties adjacentes dans toutes les directions. Je ne rencontre aucune tuméfaction aussi loin que le doigt peut atteindre, et la pression ne cause de douleur dans aucune direction. Convaincu que le virus vénérien doit être maintenant complétement neutralisé, j'ai supprimé les préparations mercurielles; la malade fait seulement des injections avec de l’opium dissous dans une légère solution d’amidon, et de temps en temps elle se purge avec un peu d’huile de ricin. Chaque retour de l’ardeur d’urine est accompagné d’une série de phénomènes nerveux et hystériques trèspénibles, et d’un grand abattement moral; la douleur est, en général, plus violente la nuit que le jour, bien que la malade prenne une quañtité énorme de boissons délayantes avec de la gomme arabique, de la poudre de gomme adragant composée, etc. , ét qu'elle ait fait un fréquent usage des opiacés. Ces derniers médicaments ont certainement procuré du soülagement; mais comme ils augmentent toujours les phénomènes nerveux, elle est extrêmement fatiguée par leur emploi. »

© Voyez page 207.

d'en constater la présence. Le cas de la jeune femme de l’hôpital de la Madeleine confirme aussi cette opinion (*). Cependant cela ne constitue point une preuve absolue. En effet, il peut arriver qu’une femme saine s’unisse avec un homme atteint de gonorrhée ou de chancres, et que peu de temps après, c’est-à-dire, dans les vingt-quatre heures, elle ait commerce avec un homme bien portant. Il est très-possible, dans un tel cas, : que ce dernier recoive l'infection par le contact du pus qui a été déposé dans le vagin par l’homme infecté, et que pourtant la femme ne contracte pas la maladie, parce que le pus aura été emporté par le lavage avant d’avoir irrité le vagin; or, la femme pourra être soupçonnée, en apparence avec beaucoup de raison, d’être atteinte d’une gonorrhée. La répétition de cette circonstance peut faire qu’une femme paraisse atteinte de la maladie pendant des années, bien qu’en réalité elle ne l'ait point. D’un autre côté, j'ai vu un bubon survenir chez une femme qui jusque-là n'avait rien éprouvé qui pût lui faire croire qu’elle fût malade; on pourrait penser que c’est là une preuve absolue qu’il peut exister une gonorrhée sans que la malade en ait connaissance. Mais ce fait lui-même peut devenir une cause d’erreur; en effet, du pus vénérien déposé dans le vagin par un homme infecté, peut avoir été absorbé sans avoir produit aucune irritation locale (**).

(*) Voyez page 202.

(**) Les trois dernières phrases ont été omises dans l'édition de.Home.

Ainsi qu’on peut s’en assurer par ce qu'en ont dit les devanciers de Hunter, Hunter lui-même, et ceux qui ont suivi ce grand maître, l'étude dela blennorrhagie chez la femme avait dû rester incomplète et enveloppée de bien des mystères, jusqu’au moment où l’emploi du spéculum m’a permis de mieux apprécier une foule de circonstances importantes qui s’y rattachent.

* Du siège. La blennorrhagie peut affecter la vulve, l’urètre, le vagin, l'utérus, isolément ou bien toutes ces parties à la fois, ou encore donner lieu à différentes combinaisons, telles que la vulve et l’urètre en même temps, ou ces parties et le vagin seulement, etc., ce qui constitue autant de variétés.

2° Fréquence par rapport au siège. 1° Le vagin, 2° l’urètre, 3° la vulve, 4° l'utérus. Dans les cas de combinaisons : 1° la vulve, l’urètre et le vagin en même temps; 2° le vagin et l'utérus concurremment; 3° la vulve, l’urètre, le vagin et l’utérus à la fois.

3° Propagation. S'étend du vagin aux parties voisines. La maladie marche aussi des parties superficielles et extérieures aux parties profondes, qui s’affectent les dernières et qui sont les plus difficiles à guérir.

4°. Début. Difficile à bien apprécier chez les femmes, à cause d'écoulements.a antérieurs qui peuvent exister. 4

5° Altérations de tissu. Rougeurs simples, circonscrites ou générales; tuméfactions plus ou moins prononcées; érosions et ulcérations offrant les mêmes variétés que dans la balanite et l'urétrite chez l'homme. Les follicules du vagin sont souvent trèsdéveloppés et donnent un aspect granulé, boutonneux, qui m'avait fait donner a cette variété le noi de psor élytrie. Le col de l'utérus présente souvent au museau de tanche des ulcérations granulées. Ces granulations, qui ressemblent aux bourgeons charnus en général, et à celles qui se montrent sur certaines surfaces de vésicatoire, Ou aux granulations qu'on rencontre sur d'autres muqueuses euflammées, peuvent persister très-longtemps ; elles sont ordinairement mal circonscrites, et peuvent, quoi qu'on en ait dit, occuper indifféremment les deux lèvres de l'orifice du col utérin, ou filer même

dans la cavité de celui-ci. Il n’est pas très-rarè de voir passer ces granulations à l’état de véritables végétations.

Ces granulations ne sont pas forcément, comme l'ont présumé quelques observateurs superficiels, la conséquence de telle inflammation spécifique plutôt que de telle autre.

G° Symptômes. Tous ceux des inflammations catarrhales avec des différences seulement dues au siége : ainsi, pour l’urètre, douleur en urinant ; pour la vulve, douleur dans les frottements, dans la marche, tension, souvent prurit incommode , désirs vénériens quelquefois accrus ; pour la vulve et le vagin, douleur daus la copulation; pour l'utérus, quelquefois des symptômes de métrite, toujours ceux du catarrhe utérin,

— Écoulement. Muqueux au début, il devient bientôt purulent ; puis à l’état chronique, ou vers la fin, il est souvent lactescent ou crémeux. Sanguinolent, dans les circonstances analogues à celles que j'ai signalées chez l'homme; il faut tenir compte du mélange que peuvent lui fournir les menstrues. Liquide, sans adhérence, pour l’urètre, la vulve et le vagin, il est visqueux, en flocons, ou sous forme de glaires, comme des blancs d'œufs, lorsqu'il est fourni par l’utérus. Alcalin, pour la vulve, l’urètre et l'utérus, tandis qu’il est acide pour le vagin, il peut avoir une odeur plus ou moins

\prononcée et qui se rapproche de celle de certains poissons en état de décomposition putride, où prendre même dans les profondeurs du vagin celle RRpapHondée de Figrdrsgens sulfuré.

7° Complications. Inflammations phlegmoneuses voisines, se terminant fréquemment à a l’état aigu par des abcès dans l'épaisseur dés lèvres de la vulve. Des chancres extérieurs ou cachés dans le vagin, dans l’urètre, sur le col et dans la cavité du col, peuvent coexister , et c’est dans ces cas seulement que la matière, en apparence blennorrha-

- gique, peut propager des chancres, en coulant sur l'anus ou sur les parties voisines, ou bien encore en communiquer aux personnes qui s’exposeraient à l'infection.

Les ovaires peuvent s’affecter comme les épididymes chez l’homme. Ce que Hunter wose ni nier ni admettre d’une manière absolue, j'ai eu l’occasion de l’observer, et quand on voudra s’en donner la peine, on l’observera encore assez souvent pour s’en convaincre, ï

Je rappellerai les deux observations suivantes :

Une première malade, couchée au n° 4 de la seconde salle des femmes de mou service, âgée de trente-deux ans, affectée d’une blennorrhagie urétro-génitale trèsaiguë, fut prise tout à coup de tension dans la fosse iliaque du côté gauche. Le toucher, qui faisait bien sentir la tuméfaction, occasionnait beaucoup de douleur et permettait d’y apprécier une augmentation de température; il survint des nausées et un mouvement fébrile, avec plénitude du pouls.

La malade restait couchée sur le dos, et, de préférence, inclinée du côté gauche, les cuisses un peu fléchies sur le bassin. L’écoulement de l'urètre et des parties génitales avait presque entièrement disparu. En toucliant par le vagin, voici ce que je pus constater : la pression du col utérin par le doigt indicateur n’était pas douloureuse, tandis qu’on déterminait de la douleur lorsque le doigt, placé sur le côté gauche de la matrice, tendait à refouler l'organe vers la fosse iliaque droite, en faisant éprouver une sorte de tension au ligament large gauche ; la même manœuvre exercée de l’autre côté, afin de comparer, ne produisait presque pas de gêne; la défécation, l'émission de l'urine et en général tous les mouvements abdominaux, étaient pénibles. Ces symptômes, combattus par les antiphlogistiques, disparurent vers le douzième jour, et à mesure qu'ils perdaient de leur intensité, l'écoulement redevenait de plns / en plus abondant; quand tout à coup, l'écoulement diminuant de nouveau, la méme : série de phénomènes se manifesta, mais cette fois du côté droit.

Enfin , au n°2 de la première salle des femmes, les élèves qui suivent mes leçons cliniques ont pu constater un cas à peu près semblable à celui que je viens de rapporter ; toutefois, dans cette seconde observation, le côté gauche a seul été affecté.

Les bubons sont très-rares ; ils ne se montrent guère que lorsque l’urètre est affecté.

8° Marche. Aiguë au début, avec une grande tendance à l’état chronique, forme sous laquelle elle peut même débuter.

. 9° Durée. Raremént courte, souvent indéfinie.

ro° Terminaisons. Rarement spontanée, la guérison de la blennorrhagie est le plus souvent due à des médications convenables, Il est cependant des circonstances nombreuses dans lesquelles, peut-être à cause de l’insouciance des femmes, bien différentes en cela des hommes, on serait porté à croire à une véritable incurabilité, qui se dissimule alors sous le nom si commode et si banal de flueurs blanches.

11° Causes. De tout ce qui précède, peut-on conclure à l'existence d’une cause spéciale distincte ? Je ne reviendrai pas sur ce que j'ai dit autre part. Qu'on s'en souvienne et qu'on ajoute aux raisons déjà émises ce que dit encore Hunter dans ce ‘chapitre, et on restera convaincu que des causes différentes peuvent produire des effets analogues à ceux.qu’on a crus caractéristiques de l’action d’un virus particulier.

12° Diagnostic. Rien, si ce n’est la présence d’un chancre et de ses conséquences, me-peut-établir d'une manière absolue ce que Petronius appelait la femme gâtée.

Les signes de Gault, Charleton, Van Swieten, de Graff, quiplacentile siége de:la blennorrhagie aux environs du méat urinaire chez la femme, ne signifient rien,.comme nous l'avons prouvé.

La cessation de l’écoulement blennorrhagique pendant les règles, tandis que ia leucorrhée peut continuer,.comme le pensaient Jean Fernel, Liebault,Mercatus, etc., signe.que Baglivi regardait comme infaillible, est tout aussi illusoire (*).

La douleur qui n’accompagne pas la leucorrbée suivant Pinel, celle qu'on sent pendant l'émission de l’urine selon Charleton , n’ont pas plus de valeur que les taches blanchâtres et cuivreuses et la teinte rouge pâle indiquées par M. Richerand,

Nous savons encore à quoi nous en :tenir, d’après .ce que J'ai dit plus haut, sur‘la valeur des.altérations de tissu ,-pour lesquelles M. Lagneau .est complétement de mon avis. |

Quant à la contagion de l’écoulement chez la femme comme chez l'homme, elle dépend plutôt de sa nature äcre irritante que de toute autre chose, et me saurait conduire à aucune conclusion rigoureuse. } |

Enfin, si nous nous en rapportons à l'âge, aux présomptions morales et aux antécédents, comme le fait si bien remarquer M..Colombat,.nous restons dans l’incertitude -reprochée mal à propos à Cullerier; car, quelles que soient les causes, les ‘phénomènes produits sont identiques.

On ne peut donc constater, à l’aide des signes.qui précèdent, que les différentes variétés des inflammations réputées blennorrhagiques chez les femmes, sans aller plus loin quant à la connaissance de la,cause ; mais-dans.tous les cas on distinguera , comme je lai fait, la blennorrhagie du chancre à l’aide du spéculum ou de l’inocülation.

Un fait que je dois signaler, en ne lui.accordant que le degré d'importance qu'il mérite, c’est que dans tous les cas où j'ai rencontré une blennorrhagie urétrale, les femmes convenaient que l’écoulement leur avait été commuuiqué, ou qu’au moiàs elles s’y étaient exposées. | P. Rrcorp.

(*) Traité des maladies des femmes, par M. Colombat de l'Isère, 1838,

Page 1