DE QUELQUES AUTRES AFFECTIONS DU CANAL DE L'URÈTRE
Le tissu de l’urètre est musculaire, et par conséquent ce canal peut se contracter , de même que le tube intestinal, de manière à s’oblitérer complétement. L’urètre est donc sujet aux maladies qui sont propres aux muscles en général, et c’est même la seule preuve que nous ayons de sa muscularité (*).
$ I. Du rétrécissement spasmodique de l’urètre.
Dans l’état sain, le tissu musculaire de l’urètre n’est jamais excité à agir avec violence ; ; Son action est simplement celle des muscles sphincters. Mais sous l’influence d’une irritation, il peut agir avec énergie, ainsi qu’on le voit dans quelques cas où l’on fait des injections pour la première fois; souvent alors l’urètre repousse entièrement le liquide qu’on veut y injecter. Ce phénomène paraît être l’effet d’un mouvement salutaire qui a pour but d'empêcher les corps étrangers de pénétrer dans la vessie. Mais il arrive fréquemment que ce tissu musculaire se contracte dans différents points du canal, au point d’en amener l’oblitération et de faire obstacle à l’écoulement de l'urine, dont souvent il ne peut passer une seule goutte. Ce qui démontre que cette coarctation dépend d’un spasme des fibres musculaires de lurètre, c’est que dans quelques cas on peut faire passer une bougie d’un gros calibre, lors même que la contraction est au plus haut degré. Quand la contraction a son siége auprès de la vessie, on la désigne sous le nom de sérangurie. Dans l’état sain des parties, cette affection peut être produite par l'usage de certains médicaments irritants, tels que les cantharides , dont l’action s'exerce sur les organes génito-urinaires; mais quand j'urètre est dans un état d’irritabilité, les causes qui peuvent donner naissance à ce spasme sont très-nombreuses : tels sont l’usage des diverses espèces de poivre, celui des liqueurs fermentées, un exercice violent, etc.
Dans les cas de rétrécissement spasmodique, l’urètre est plus irritable que dans ceux où il y a un rétrécissement véritable, et c’est même cette
(*) La conséquence de structure que Hunter tire ici de l'observation pathologique est loin d’être rigoureuse. Pour que des affections spasmodiques s’observent dans l'urètre, il n’est pas besoin de tissus musculaires; la tonicité du tissu spongieux suffit pour cela. Cependant les prévisions de Hunter ont été réalisées en partie; car
anatomie a prouvé que la région dite membraneuse du canal est formée de fibres musculaires. P. Rico.
irritabilité qui est en grande partie la cause du spasme. Les rétrécissements spasmodiques présentent souvent une si grande analogie avec les crampes, qu'on est porté à les attribuer à la même cause qui produit cette dernière affection. En effet, ce spasme se dissipe en produisant un picotement dans la partie qui en a le siége, ainsi que cela à lieu quand une crampe disparaît.
Toutes les fois que l’urètre est très-irritable et que des spasmés s’y produisent très-facilement, le malade ne doit jamais retenir son urine quand il éprouve le besoin de la rendre ; j’ai vu des cas où cela a suffi pour faire naître le spasme. On voit même que dans l’état de santé parfaite, si l’urine est retenue trop longtemps dans la vessie, les organes urinaires déviennent le siége d’une affection spasmodique ; d’un autre côté, une certaine plénitude de la vessie, c’est-à-dire, une légère rétention de l’urine , provoque une contraction plus énergique de la vessie, et consécutivement l’urètre se dilate plus largement ; de sorte que dans les cas où il y a une tendance à la strangurie, il est rare qu’on éprouve quelque inconvénient à attendre un peu to que le besoin duriner s’est fait sentir.
Qu'il me soit permis ici de donner un conseil aux chirurgiens qui n’ont pas eu l’occasion de voir un grand nombre de ces cas : lorsqu'ils sont appelés à soigner des malades atteints de rétrécissements permanents très-pénibles, qui s’accompagnent de besoins fréquents d’uriner, et d’une difficulté dans l'émission de lurine qui va jusqu’à faire craindre une Strangurie, ils ne doivent jamais leur conseiller, ni même leur permettre, de faire de longs voyages à cheval ou en voiture, Surtout en hiver. J’ai connu plusieurs malades qui étaient dans ce cas.et qui, ayant été pris de symptômes graves au milieu d’un voyage, ont été obligés de Sarrêter en route plusieurs jours, et ont achevé leur voyage d’une manière douloureuse ; arrivés au lieu de leur destination, ils ont gardé le lit pendant des mois, et ont éprouvé la plupart des accidents qui ont été décrits plus haut (*).
$S II. Traitement du rétrécissement spasmodique de l'urètre.
Dans les maladies qui portent seulement sur les actions de l’urètre et de la vessie, qu’elles soient de nature spasmodique et qu’elles dépendent d’une trop grande irritabilité, ou qu’elles soient de nature paralÿtique, bien que ces deux ordres deflestions soient opposés l’un à l’autre, une irritation produite hors du siége de la maladie a des effets extraordi-
(*) Les rétrécissements spasmodiques, qu’il faut de nécessité admettre , offrent ceci de particulier, et quiles distingue des autres rétrécisséments : qu’ils ne restent pas défi-nitivement limités à un même point du canal; que chez un même sujet, et souvent à de courts intervalles, on les trouve à des profondeurs variables; qu’ils ne donnent pas d'empreintes répétées, régulières ét identiques; qu'ils disparaissent pour se reproduire à des époques variables; que leur durée aussi ne saurait être précisée, et qu’en . général, on les franchit mieux avec un instrument un peu volumineux.
P. RicoRD.
naires, aussi bien pour diminuer l’action dans un cas que pour l’augmenter dans l’autre. On en verra la preuve quand je traiterai de l’irritabilité et de la paralysie de l'urètre et de la vessie : dans ces deux affections de ces organes, les vésicatoires placés sur la partie inférieure de la. région lombaire ou sur le périnée , et plusieurs autres topiques appliqués sur cette dernière région, produisent souvent des effets très-marqués (*).
Un simple spasme n'étant point une altération de texture, mais seulement une action morbide ou anormale, on peut le faire cesser subitement. Quelle que soit la partie de l’urètre où le spasme a son siége, il faut, si l’on en a le temps, essayer des moyens internes et des applications externes pour le faire cesser. Les médicaments internes dont on peut dire que l’action est immédiate sont les opiacés et les térébenthines (**), administrés par la bouche ou par l'anus : leurs effets, et surtout ceux de l’opium, sont plus prompts quand ils sont donnés sous forme de lavements. Le quinquina est souvent employé dans les affections spasmodiques, et l’on croit qu’il est avantageux dans ces affections ; mais dans celles de l’urètre, je crois l’avoir vu souvent produire des effets nuisibles.
Les applications extérieures sont la vapeur de l’eau chaude mêlée avec l'alcool! , les pédiluves, le bain chaud, des vessies remplies d’eau chaude qu’on place sur le périnée, et autres applications semblables. On a procuré du soulagement en appliquant sur le périnée la mie d’un pain tout chaud et sortant du four. J’ai vu un vésicatoire placé sur la région lombaire dissiper en grande partie le spasme de l’urètre : le même moyen appliqué sur le périnée est également efficace. Mais dans la plupart des cas ces agents thérapeutiques sont trop lents dans leur action ; aussi, lorsque les accidents existent depuis quelque temps et qu’un soulagement immédiat est nécessaire, il faut avoir recours sans délai aux sondes d'argent ou aux bougies.
Si la contraction a son siége près de la vessie, une sonde d'argent convient mieux qu’une bougie; mais dans la plupart des cas une bougie suffit, et elle offre beaucoup plus de sécurité. Dans beaucoup de mains, en effet, la sonde d’argent est un instrument très-dangereux : son emploi exige une dextérité que l’on n’acquiert que par une connaissance précise du trajet de lurètre et par l'habitude de l’introduire. La bougie a aussi
(*) On admet généralement que les organes qui concourent à l'expulsion de l'urine, comme la vessie et l’urètre, sympathisent énergiquement avec la peau du périnée, . Car on fait souvent des applications sur cette région dans les cas de rétention d’urine. Un homme, qui n’avait aucune maladie de ces organes, était atteint d’une petite fistule située à côté du rectum, pour laquelle il s'était exposé souvent à la vapeur d'un mélange d’eau et de vinaigre. Cette fumigation, qui agissait sur le périnée, n'avait jamais manqué de provoquer la sortie de l’urine. Joan Hunrer. (**) Le docteur Home, dans ses expériences sur la térébenthine, a reconnu que ce médicament, donné à hautes doses, détermine la strangurie chez les femmes. L'usage de l'essence de térébenthine prolongé pendant quelque temps produit souvent la. strangurie. Jonx Hunrer.
cet avantage que, dans beaucoup de cas où le canal affecté de spasme n’en permet pas l'introduction, on peut la laisser en contact avec le rétrécissement, car il n’est pas toujours nécessaire que la bougie traverse la partie contractée. On a vu quelquefois une bougie qui n’avait été enfoncée qu’à une petite profondeur dans lurètre, devenir efficace lorsqu'on l’avait laissée en place jusqu’à ce que le besoin d’uriner se fût fait sentir.
Lors même que la bougie pénètre dans la vessie, il est nécessaire de la laisser séjourner dans l’urètre jusqu’à ce que le besoin d'uriner se fasse sentir. Si l’urine ne suit pas la bougie à une première tentative, il faut en faire une autre; si la bougie n’est suivie que d’une partie de Vurine, il est nécessaire de l’introduire une seconde fois. Cette circonstance, Savoir, que l'urine suit le retrait de la bougie plus sûrement lorsque la bougie est restée en piace jusqu’à ce que le malade éprouve le besoin ne, prouve que la disposition de la vessie à se contracter tend à dissiper dans l’urètre la disposition à la contraction.
L'emploi des bougies exige beaucoup d’attention dans les cas qui nous occupent, car l’urêtre étant plus irritable qu’à l'ordinaire s'oppose souvent à l'introduction de la bougie avant qu’elle ait atteint la partie qui est le véritable siége du spasme. Quand il en est ainsi, loin d’employer la force, il faut attendre avec patience, et faire ensuite une autre tentative pour faire passer la bougie. Quelquefois , l'immersion de l’extrémité de la verge dans de l’eau très-froide fait cesser le spasme , et
‘l'urine s'écoule immédiatement et avec facilité.
Dans la plupart des cas, le malade perçoit à l'extrémité de la verge une sensation désagréable qui le porte à exercer des frictions sur cette partie ; quelquefois, quoique rarement, l’urine s'écoule sous l'influence de ces frictions. Des injections légèrement irritantes, poussées seulement à une petite distance, produisent souvent du soulagement. On peut supposer que ces injections agissent à peu près comme une bougie qui ne traverse pas l'obstacle, et qu’elles produisent la relaxation d’une partie de l’urètre, en irritant une autre partie de ce canal. Dans quelques cas , elles agissent comme moyen prophylactique (*).
$ III. De la paralysie de l'urètre.
Une affection qui est opposée à la précédente, est celle qui consiste dans un défaut de puissance de contraction de l’urètre ; mais cette dernière est moins fréquente. Elle se manifeste par des symptômes qui sont contraires à ceux de la maladie qui vient d’être décrite : la vessie ne se remplissant point assez pour que le malade percçoive le stimulus de réplétion , l'urine s’écoule goutte à goutte et insensiblement à mesure qu’elle est sécrétée par les reins ; ou si la vessie se remplit assez pour recevoir le stimulus qui la porte à opérer l’expulsion de lurine, cette expulsion a lieu immédiatement, et l’urine s’écoule, si les muscles
(*) Vüir les notes des pages 292 et 320.
accélérateurs n’agissent pas ; or, quelquefois, dans ces cas, ces muscles eux-mêmes ont perdu leur puissance de contraction, et alors lurine est expulsée bon gré mal gré, car le malade n’a conservé que peu ou point de pouvoir pour la retenir. Cette maladie varie beaucoup quant à l'intensité. 7 | és
$ IV. Traitement de la paralysie de l’urètre.
Il faut traiter cette affection par l’emploi des stimulants, tels qu’un vésicatoire sur la région lombaire ou sur le périnée. Il peut être utile de plonger les pieds dans de l’eau froide. Dans quelques cas, on emploie avec beaucoup de succès la teinture de cantharides prise à l’intérieur, à la dose de quinze à vingt gouttes une ou deux fois par jour, suivant l'effet produit. ki
Un homme entra à l’hôpital Saint-Georges pour cette maladie. Je prescrivis la teinture de cantharides ; ce médicament produisit un tel effet, qu’il en résulta l'affection contraire à celle pour laquelle le malade était en traitement, c’est-à-dire, une affection spasmodique de l’urêtre, de sorte qu’il ne pouvait plus uriner quand il en éprouvait le besoin. Une injection opiacée dissipa cette nouvelle maladie, et tout alla bien. Dans ce cas, il est probable que si lon eût donné quelques gouttes de moins de la teinture cantharidée, on aurait déterminé la guérison sans causer aucun accident.
$ V. Des carnosilés ow excroissances de l'urètre.
Lés rétrécissements ne sont pas considérés comme les seules causes d’obstacle au passage de l’urine dans le canal de lurètre; les auteurs citent également les excroissances ou carnosités de ce canal comme des productions fréquentes. À la manière dont ils en parlent, comme de choses qui leur sont familières, et à la rareté des cas où ces excroissances existent réellement, on est tenté de croire que cette cause d’obstruction a été primitivement admise par théorie et non par. l’observation, et qu’ensuite cette manière de voir a été transmise comme l'expression d’un fait. Si ces carnosités avaient été décrites d’abord d’après lexamen même des faits, ce qu’on en a dit se trouverait d'accord avec les résultats de l'observation, et on les aurait considérées comme des causes rares d’obstruction en compareison des rétrécissements. Cependant, quoique rares , elles s’observent quelquefois : dans toutes mes autopsies cadavériques je n’en ai vu que deux fois, et c'était dans des cas de rétrécissements très-anciens où l’urètre avait souffert considérablement. C’étaient des corps qui naissaient de la surface de l’urètre comme des granulations, et qu’on aurait appelés des polypes dans d’autres parties du corps. Il est possible que ce soit une espèce de poireau interne, car j'ai vu des poireaux qui s’étendaient un peu dans le commencement du canal de l’urètre et qui avaient beaucoup de ressemblance avec les granulations. 11 est très-probable qu’il n’est pas possible de distinguer sur le vivant les carnosités où excroissances de l’urêtre, des
COMME UN EFFET DE LA GONORRHÉE. 367 rétrécissements; car on ne peut guère admettre que ces productions
puissent déterminer des symptômes nouveaux ou communiquer une sensation particulière à l'exploration des parties. -
$ VI. Traitement des excroissances ou carnosités.
Je ne pense pas que cette maladie doive être traitée par les bougies, au moins ne doit-on pas essayer la dilatation, car il n’existe aucune contraction du canal. Si donc les bougies sont de quelque utilité, c’est en déterminant par leur pression l’ulcération des carnosités; or, cet effet doit être obtenu par l’emploi d’une grosse bougie exerçant une pression extrêmement forte. Lorsque cette méthode ne produit point l’effet qu’on en attend , il ne faut point hésiter à recourir à la cautérisation si les carnosités sont situées de telle sorte que l'application du caustique soit possible, et je ne doute point que ce moyen n’amène la guérison. Mais la difficulté consiste à distinguer la maladie qui nous occupe du véri- “table rétrécissement ; car, bien que les auteurs parlent des carnosités de * Purèêtre comme d’une chose commune et qu’ils nous indiquent la manière de les traiter , ils ne nous ont point PRET comment on peut ré diagnostiquer
“ Je nai jamais rencontré ces carnosités chez les femmes (*).
(*) Les végétations de l’urètre sont plus communes chez la femme que chez
l'homme. Voir les notes des pages 292, 309, 320 et 524. P. Ricorn. ; |